يومية الجزائر
Édition du
20 October 2019

Le panel de Karim Younes : un appendice du régime

Aït Benali Boubekeur

Le panel, présidé par le fils du régime honni, Karim Younes, peut se vanter de tout sauf de comprendre les revendications du hirak. En effet, après 57 ans de règne sans partage d’un régime obnubilé par ses propres intérêts, le peuple algérien réclame un nouveau départ où les responsables de la crise ne jouent aucun rôle.

Bien qu’ils se disent purs –Karim Younes parle même d’un passé honorable des dirigeants –, il n’en reste pas moins que sans les pratiques antidémocratiques et antinationales des dirigeants, l’Algérie n’en serait pas là. Qu’ils le veuillent ou non, cette crise est celle du régime. À ce titre, ils sont collectivement responsables.

En tout cas, à l’examen de la composition du panel, on peut dire que le régime sait recycler les siens. Ainsi, tous les soutiens au cinquième mandat de la honte se convertissent, sans fard ni acrimonie, à la nouvelle feuille de route du chef des armées. Pour rappel, Gaid Salah était, lui aussi, un soutien indéfectible à Abdelaziz Bouteflika jusqu’à fin mars 2019. Ce rappel est nécessaire aux amnésiques, car dans l’histoire du régime, les retournements de veste sont légion.

Dans le fond, est-ce que nos responsables ont la mémoire courte ? Ce n’est pas sûr. Ces gens-là peuvent défendre une thèse et son contraire en y mettant la même conviction et sans qu’ils aient la moindre gêne. Sur l’échelle des valeurs, ils sont à la ramasse, et ce, bien qu’ils élèvent la voix quand ils parlent. Mais, là où le bât blesse, c’est quand ils accusent les citoyens pacifiques, dont la seule préoccupation est d’œuvrer pour bâtir une nouvelle Algérie, de vouloir incendier le pays.

Dans la réalité, ceux qui veulent achever la destruction du pays, ce sont ceux qui essaient d’imposer les échéances sans le consentement du peuple. En tout état de cause, en dépit du refus du peuple algérien de cautionner les pratiques du régime, le panel reprendra, dans ses conclusions, les mêmes propositions que le chef de l’état-major. Encore une fois, au nom des intérêts du clan régnant, ils diront que « l’élection présidentielle est le meilleur moyen de sortir le pays de la crise. » Pour tromper l’opinion, ils pourraient sacrifier leur candidat en promettant une présidence de transition.

Mais, comment refuser une transition qui permettrait au pays de redémarrer sur des nouvelles bases et proposer un président de transition ? Malin est celui qui parviendra à expliquer les intentions du régime. À vrai dire, tout ce que l’on sait du régime, c’est qu’il est inconcevable pour lui de céder les rênes du pouvoir. Leur maintien au sommet de l’État leur procure sans doute des avantages incommensurables.

Il faut dire que le contrôle de la rente pétrolière a permis et permis à certains de construire une vie en or. Sinon, comment expliquer qu’à 80 ans, ils s’accrochent encore au pouvoir ? Alors que les gens qui s’approchent de la cinquantaine estiment que l’avenir de ce pays appartient à la jeunesse, cette vieille génération fait tout pour perpétuer le statu quo qui n’arrange que leur proche entourage. Dans ces conditions, le panel peut-il revendiquer une quelconque autonomie ? Bien qu’il puisse émettre quelques avis, les grandes décisions appartiennent aux propriétaires illégitimes du pouvoir.

Avant même la formation du panel, les décisions étaient déjà prises : organiser l’élection présidentielle dans les plus brefs délais. Quant au hirak –chaque vendredi, il fait la démonstration qu’il représente largement le peuple –, il doit poursuivre son chemin sans tenir compte des intermédiaires partiaux, voire issus du régime.

L’Algérie mérite mieux que ces faux responsables et ces intermédiaires irresponsables.


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Un commentaire

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  • Mouloud
    27 août 2019 at 10:18 - Reply

    Chadli Bendjedid disait ” l’homme qui faut, à la place qui faut”, et le peuple l’a transformé à juste titre en l’homme qui fouh à à la place qui fouh. Le peuple longtemps considéré juste comme un GHACHI a plus de sagesse et, de lucidité que ces nabots devenus des boulimiques du pouvoir.

    Ce panel formé de figurants de la politique décidée par le généralissime et Bensalah, ne peut ni organiser une élection qui serait mortelle pour notre pays, ni organiser la transition puisque ses donneurs d’ordres sont contre.

    Ce panel, quelle que soit sa bonne volonté, ne tient pas compte de la véritable société civile qui crie son ras le bol tous les jours de la semaine.
    Mais, il n’y a de sourds que celui qui ne veut rien entendre; chez nous tous ceux qui ont un semblant de pouvoir sont sourds et, surtout décérébrés.

    Si ce panel, en accord avec les partis opportunistes pensent organiser les élections présidentielle sans électeurs, il réaliserait un miracle divin ou, une fraude miraculeusement exceptionnelle.

    Que Mr BENFLIS et ses acolytes voient à travers ces élections une simple et unique opportunité d’être présidentiable, les effets seront dévastateurs tant sur le plan social, économique et même politique.

    Veulent-ils reconstruire la Maison Algérie avec des matériaux défectueux? Ils ne veulent pas comprendre que le PEUPLE veut du sang neuf pour repartir sur des bases solides, lui reconnaissant sa propre identité ALGÉRIENNE, son droit de vivre , de s’exprimer et d’entreprendre librement dans le cadre des lois respectées par tous les citoyens et citoyennes quelque soit le grade, la fonction, la richesse – acquise par le travail honorable- ou tout autre critère.

    Pour finir, nos chers dirigeant actuels et Gaid Salah en premier s’imaginent qu’après eux ce sera le déluge, ils n’ont pas encore compris qu’ils sont la cause essentielle de tous les malheurs de ce merveilleux pays et de ce peuple si courageux. Ils peuvent se raconter toutes les salades, cela n’intéresse personne.

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