يومية الجزائر
Édition du
17 November 2019

L’option de l’élection ressemble à l’aventure-pari du cinquième mandat

GS09/09/2019
https://www.huffpostmaghreb.com

  • Nouri Dris*
Algerian demonstrators take to the streets in the capital to protest against the government, in Algeria,...
Algerian demonstrators take to the streets in the capital to protest against the government, in Algeria, Friday, Sept. 6, 2019. Tens of thousands of protesters piled into the streets of the Algerian capital and other cities Friday, the 29th straight week of demonstrations, with many saying “no” to the powerful army chief’s call for presidential elections before the end of the year. (AP Photo/Fateh Guidoum)

Tout comme la démocratie ne se réduit pas à la tenue d’élections formelle, les revendications du Hirak  pour le changement ne peuvent être réduites à l’organisation rapide des élections ou à leur report. De même, des élections dans le contexte actuel ne peuvent sauver un régime frappé d’obsolescence qui a perdu tout les instruments de contact et de communication avec la société. 

En pratique, le régime est en état de mort clinique depuis le quatrième mandat car il a bafoué toute l’éthique des pratiques politiques et de l’exercice du pouvoir.

Nous sommes entrés, le 22 février, dans la phase de changement de régime par des moyens pacifiques qui préservent la  continuité de l’Etat algérien. 

Les deux parties de l’équation sont convaincues de  la nécessité de préserver l’entité étatique. Le peuple a préservé le caractère pacifique des manifestations et des protestations sans porter atteinte aux institutions. 

L’armée de son côté s’est engagée à ne pas recourir à la violence face aux manifestations. Le peuple veut changer le système pacifiquement, l’armée veut préserver son contrôle sur le pouvoir pacifiquement aussi. C’est un grand acquis pour cette génération que le choix du recours à la violence pour changer le pouvoir ou s’y maintenir ne soit plus posé. 

Aucun pouvoir ne renonce volontairement. Nous sommes donc aujourd’hui devant la résistance du pouvoir à une pression qui s’exerce sur lui pour le contraindre à se soumettre davantage au contrôle populaire. 

Avant le 22 février, la marge de manoeuvre du pouvoir était grande, la rue était sous son contrôle. Il n’avait pas besoin de ce fait d’imposer des restrictions aux médias telles que nous les voyons aujourd’hui. 

Après le 22 février, le pouvoir a perdu le contrôle de la rue et des réseaux sociaux. Il n’est plus capable de supporter la moindre critique en raison de la perte de légitimité morale et populaire après son propre aveu qu’il était une 3issaba (gang) ou qu’une partie du pouvoir l’était. 

Un pouvoir qui se replie sur lui-même

Un pouvoir dans cette situation, soumis à une telle pression, se replie naturellement sur lui-même et ferme tous les espaces qu’il peut et utilise de manière instinctive les moyens de propagande disponibles. 

Plus le fossé entre la société et le pouvoir s’élargit et plus ce dernier se replie sur lui-même et a recours aux outils de propagandes périmés qui aggravent son isolement à moyen terme.

Le choix d’aller aux élections dans les conditions actuelles est tout ce qui reste à ce pouvoir pour se sauver. C’est un choix suicidaire à moyen terme. Il peut lui permettre de gagner quelques années et donner, peut-être, à certaines personnes, le temps de s’organiser une sortie sécurisée.. Mais en même temps, cela peut être un coup fatal pouvant  accélérer la fin plus rapidement qu’il ne l’imagine en raison de sa perte d’hégémonie sur la rue et de l’incapacité de son discours à convaincre même ses clientèles du fait de la raréfaction des moyens financiers qu’il avait l’habitude d’utiliser de manière absurde à la veille de chaque rendez-vous électoral. 

Les élections cette fois-ci ressemblent à l’aventure/pari du cinquième mandat.

Je parie que Bouteflika dans une situation pareille (une révolution populaire pacifique) n’aurait pas été candidat, il n’aurait même pas appelé à la tenue d’élections. De fait, il a essayé de les reporter car il s’est rendu compte que la grande rupture a effectivement eu lieu et qu’il n’est pas possible de passer en force.

Le pouvoir connaît toutes ces données mais l’instinct de survie est ce qui le fait bouger. Et celui qui agit par pur instinct peut aller vers la destruction. Si tout le monde continue à rester dans la Silmiya (pacifisme), le pouvoir sera le perdant dans la tenue d’élections de ce genre.

Ne disions-nous pas que le cinquième mandat mènera le pays vers l’abîme alors qu’il a été le catalyseur qui a poussé les Algériens  s’intéresser aux affaires publiques et à bouger pour sauver leur État?

Traduit de l’arabe par le HuffPost Algérie – Article original

* Nouri Dris est professeur de sociologie


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Un commentaire

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  • Bettache Mohamed
    10 septembre 2019 at 11:42 - Reply

    Je préfère avouer avant toute chose que je partage plutôt les idées de l’Alternance démocratique, je partage son fond politique, c’est ma sensibilité politique partisane, çà c’est fait … mais, car il y a un mais, il y a un gros, gros, gros problème sur le choix de la Constituante.

    Avant toute chose, il serait utile que tous les partisans de la Constituante restent un tant soit peu modestes, réalistes et ne clament pas que cette option est une question vitale pour le pays si on n’y recourt pas. Il ne faut tout de même pas ignorer que dans notre pays la Constituante est une option qui comporte des risques, des dangers, vu les ruptures politiques, idéologiques,linguistiques, cultuelles et culturelles qui traversent notre société. Le danger peut venir de ces réelles fractures, de luttes intestines liés à ces aspects et qui sont encore vivaces, combien même le hirak les a mis fort heureusement de côté …. pour l’instant ! Il n’est donc pas exclu que ces ruptures vont resurgir lors des réunions de l’Assemblée Constituante. Dans une situation pareille, l’accord sur une nouvelle Constitution ne serait pas évident et prendra nécessairement beaucoup de temps. Tout sociologue, tout analyste, tout politologue sensé et qui connaît bien notre pays sait qu’il est difficile de réunir par exemple à la même table un islamiste et un laïc, et même je dirai de trouver facilement un consensus entre des partis politiques qui ont leur propre vision égoïste partisane, leur programme et leur idéologie politique propre qu’ils défendent jalousement. Ils oublient souvent que les combats partisans ne sont justifiés que lors des élections et donc qu’ils doivent laisser leur programme politique pour plus tard lors des joutes électorales pour convaincre les citoyens de leur propre projet.

    Avant de faire ma proposition, il y a une chose importante que les citoyens et lecteurs algériens doivent savoir : la Constituante n’est, en gros, rien d’autre qu’une réunion en Assemblée de représentants de la société civile en générale (associations, syndicats, corporations, organisations) et bien sûr aussi de ceux des partis politiques qui vont chercher à y siéger. Le but de cette Constituante est essentiellement d’écrire une nouvelle Constitution qui sera soumise au bout du processus constituant au référendum populaire ! Mais il y a une réalité politique actuelle : une bonne majorité de citoyens (y compris donc ceux proches de l’Alternatives démocratique) refusent d’aller à une présidentielle avec la Constitution de 2016 car ils savent que le pays court le risque de se retrouver dans la situation du règne de Bouteflika. Tout le monde en connaît les insuffisances, les défauts, tout le monde connait son caractère hyper présidentiel avec les pouvoirs exorbitants de l’exécutif, l’absence de garantie d’une vraie séparation des pouvoirs, l’absence d’une indépendance de la justice et d’une réelle consécration réelle des libertés individuelles et collectives. Et donc, après ce constat, doit-on attendre les résultats de la Constituante, qui va demander du temps, pour enfin aller vers la présidentielle ? Cela n’est pas raisonnable tout çà, à mon sens. Le changement du contenu de la Constitution est l’un des nœuds gordiens du processus de transition. La feuille de route dans notre cas et en ce moment précis n’est pas un “projet de société” mais un projet pour le changement du système politique et de gouvernance, un projet de fonctionnement institutionnel et politique du pays avec des règles démocratiques modernes qui consacre les libertés individuelles et collectives, il faut qu’on en prenne conscience.

    C’est pour toutes ces questions là qu’à mon avis, il faut juste opter pour des amendement de certains articles dangereux, pathogènes et préjudiciables de la Constitution de Bouteflika, pour les modifier, les amender, comme d’ailleurs il faux changer la loi électorale. La réécriture de ces textes fondamentaux doit être confié à des juristes, des constitutionnalistes , des représentants de ligues de droits de l”homme avec l’obligation morale et politique de les adapter aux revendications du hirak. Eh oui je parle d’obligation sinon cela n’aura aucun sens et ira à l’encontre de millions de citoyens qui exigent chaque Vendredi et Mardi un changement de système politique, de gouvernance et un Etat de droit civil et non militaire. Ce sont ces deux textes qui , au final, seront soumis au référendum populaire, le peuple étant le seul apte à valider et légitimer ces nouveaux textes conformément aux articles 7 et 8 de la Constitution actuelle qui donnent les vrais pouvoirs Constituants à ce peuple. Ce référendum peut s’organiser en deux ou trois mois maximum. Cela s’accompagnera en parallèle d’une désignation d’un gouvernement de transition et d’une vraie instance indépendante de l’organisation et de contrôle des élections qui se chargera de s’assurer de l’actualisation du fichier électoral, du dispositif de surveillance des bureaux de vote et de la proclamation des résultats. C’est ainsi qu’on peut aller plus tranquillement à l’élection présidentielle dans des délais raisonnables. Et quand le pays sera plus ou moins stabilisé on pourra alors penser à une Constituante pour une profonde refondation de l’Etat , si on y arrive ! Pourquoi donc cette tendance de l’Alternative démocratique tarde à mettre noir sur blanc , sur une feuille blanche, ce type de “feuille de route” au moins pour qu’elle existe et reste sous le coude pour la porter dans son combat politique quotidien ? Cette tendance démocratique républicaine n’a pas à attendre les Forces du Changement pour écrire noir sur blanc sa vision quitte à la discutée avec elle au moment voulu ! Il faut apprendre à être transparent et précis politiquement parlant avec les citoyens, les sympathisants et les militants et si les citoyens nous disent on fait fausse route , il faut avoir le courage de revoir sa copie ! C’est çà le devoir des chaque partis politiques en cette phase cruciale et dangereuse que le pays traverse. On devrait dire la “patrie avant tout”, et non “mon parti avant tout” !

    Est-ce que les militants encartés au sein de l’Alternative démocratique peuvent intervenir sur la Toile ou ici sur LQA pour nous expliquer pourquoi je me trompe et pourquoi ma proposition n’a aucun sens et ne tient pas la route ! Merci à vous et bon chance à l’Algérie, ce pays désormais écartelé et divisé par des combats partisans, arrières pensées de pouvoir alors que pour l’instant l’Algérie n’a besoin que d’une Nouvelle République qui fonctionne démocratiquement avec des règles claires et transparentes.

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