يومية الجزائر
Édition du
20 October 2019

L’Algérie se dirige-t-elle vers le plus mauvais des scénarios?

People view the covers of national and foreign newspapers, with the announced Algerian presidential election...
People view the covers of national and foreign newspapers, with the announced Algerian presidential election date dominating headlines, at a stand in Algeria’s capital Algiers on September 16, 2019. – Algeria is to hold presidential elections on December 12, five months into a political vacuum since longtime leader Abdelaziz Bouteflika resigned in the face of mass protests, his interim successor announced on September 15. The announcement comes after army chief General Ahmed Gaid Salah, seen as Algeria’s strongman since the fall of the ailing Bouteflika, insisted that polls be held by the end of 2019, despite ongoing protests demanding the creation of new institutions ahead of any elections. (Photo by RYAD KRAMDI / AFP) (Photo credit should read RYAD KRAMDI/AFP/Getty Images)

L’Algérie connaît ces derniers jours une polarisation politique aiguë qui risque de déboucher sur de graves conséquences à court terme si les tendances lourdes actuelles se maintiennent après l’annonce par le chef d’état-major de la tenue des élections présidentielles rapidement et envers et contre tous.  Il a également menacé de faire subir toutes les foudres contre ceux qui osent parler de transition politique. 

La polarisation risque de prendre la voie de l’escalade après l’annonce de la convocation du corps électoral alors que de nombreux Algériens et des forces politiques organisées sont totalement réfractaires à une élection présidentielle dont les conditions politiques et organisationnelles ne sont pas réunies. 

Une position exprimée avec force par le mouvement populaire durant ses manifestations hebdomadaires depuis près de 7 mois. Cela s’est exprimé pleinement lors du dernier vendredi marqué par une très forte mobilisation, semblable à celle vécue en mars-avril. 

Les Algériens, dans différentes régions du pays et non pas en seule Kabylie, ont exprimé leur solidarité avec le militant politique Karim Tabbou, incarcéré sous l’accusation d’atteinte au moral de l’armée. Une incarcération survenue alors que la scène politique attendait la libération de jeunes arrêtés lors des précédentes manifestations. 

Ce même vendredi, jour férié, le Conseil de la nation a approuvé la révision de loi électorale et la création de l’autorité électorale nationale indépendante qui est censée remplacer l’administration dans la supervision des élections. Une instance dans laquelle figurent quelques personnalités connues pour leur opposition au régime du président déchu, à l’image de Mohamed Charfi, ancien ministre de la justice, désigné à sa tête. 

Cette Autorité avait été réclamée par l’opposition depuis au moins 2014 et revendiquée par le Hirak populaire pour éviter les maux de la fraude endémiques au sein de l’administration. La question de son indépendance reste cependant posée au sein d’un système politique qui a constamment rejeté toute velléité d’indépendance. Cela  a été clairement perceptible avec la composition et le fonctionnement de l’Instance du dialogue.

Sans le moindre respect des formes

L’accélération des événements est palpable du côté des autorités officielles qui n’ont même pas fait l’effort de respecter les “formes” élémentaires pour aller vers des élections présidentielles qu’elles traitent comme une question existentielle et refusent d’y échouer une troisième fois. Le pouvoir a en effet échoué à deux reprises à organiser des élections, la première fois (19 avril) avec la sortie des citoyens dans la rue, le 22 février 2019, pour s’opposer à un cinquième du président déchu, la seconde fois (4 juillet) en raison de l’absence de candidats à cette étrange élection. Le pouvoir va-t-il échouer une fois de plus à organiser les élections pour cause d’absence d’électeurs en cas de boycott populaire? C’est une situation grave qui habilite l’Algérie à entrer en un temps court dans le Guinness des records en matière d’échec à organiser des élections.

Verrouillage médiatique et répression

Cette convocation aux élections par le Commandement militaire intervient alors que le paysage médiatique est effectivement fermé pour toutes les voix qui ne marchent dans le sens voulu des élections dans les plus brefs délais. L’interdit s’est étendu aux activités quotidiennes des partis qui ne vont pas dans le même sens. Cela été le cas des partis de l’Alternative démocratique empêchés la semaine dernière de tenir leur rencontre dans un lieu public. Outre le verrouillage du champ médiatique et politique, une campagne d’arrestations a touché des figures connues, comme Karim Tabbou. Cela à un moment où les citoyens attendaient des assurances et des signaux d’ouverture de la part du pouvoir afin de faciliter l’opération électorale, comme il l’avait promis avant le début de ce qu’il a appelé le dialogue politique.  

Un paradoxe qui a conduit certaines analyses – qui paraissent étranges jusqu’à présent – à suggérer que le pouvoir réel, et contrairement aux apparences, ne veut pas aller à des élections présidentielles dans un temps proche, mais cherche l’escalade.  Et donc parvenir à une situation où l’échec de l’organisation des élections devient justifié et accepté à l’intérieur comme à l’extérieur. D’autant que l’intérêt international et régional pour la situation en Algérie s’accroît avec l’apparition de signes d’absence de consensus politique et de nombreux signaux d’une polarisation pouvant emprunter une direction dangereuse dans les prochaines semaines dans le cas où les même tendances lourdes perdurent.  

L’impossibilité d’un processus électoral paisible

Une projection qui s’appuie sur des données objectives montre que la situation politique actuelle est totalement réfractaire à un processus électoral paisible, même avec les critères les plus modestes. L’Algérie pourrait se retrouver, en cas de persistance à les organiser, dans la situation de pays africains troublés et non pas dans celle de la Tunisie voisine. 

Tout le monde sait en effet qu’une campagne électorale normale dans la situation algérienne actuelle est quasiment impossible. L’organisation d’un scrutin en un seul jour dans un pays-continent  n’est pas une opération aisée dans ce climat politiquement tendu. Ce sera encore plus prononcé dans les régions connues pour leurs positions réservées et rétives à l’égard des opérations électorales, comme c’est le cas pour la Kabylie et les villes, grandes et moyennes, et même dans l’émigration. Des régions au poids démographiques certains auquel s’ajouteront, sans le moindre doute, les jeunes qui ont constamment exprimé leur rejet des élections telles qu’elles ont été organisées jusque-là.  

Ce sont ces jeunes que l’on retrouve au sein du hirak à la tête de ceux qui rejettent les élections dans les conditions proposées par le pouvoir.  Mais l’absence des citoyens-électeurs peut être facilement compensée par la présence de candidats, même de second rang, pour cette échéance électorale. On peut également penser que les dirigeants de premier rang et les personnalités nationales connues ne prendront pas le risque d’aller à une opération électorale aux conséquences imprévisibles. A plus forte raison pour ces figures qui ont attendu longtemps une opportunité – qui peut être la dernière dans leur parcours politique – et un nouvel élan dans l’histoire politique pour une Algérie qui aura énormément besoin de ses sages. 

Traduit par le HuffPost Algérie- Article paru dans Al Quds Al Arabi


Nombre de lectures : 1987
Pas de commentaires

Laisser un commentaire

*

*

Lire aussi