يومية الجزائر
Édition du
20 October 2019

Les arguments surannés de Gaid Salah

Ait Benali Boubekeur

À chaque lecture du nouveau discours de Gaid Salah, plusieurs questions me taraudent l’esprit. Est-ce qu’il croit vraiment à ce qu’il dit et surtout parle-t-il de l’Algérie profonde ? Alors que le peuple algérien crie haut et fort son rejet du régime, responsable de toutes les dérives depuis l’indépendance, le chef des armées salue les composantes du régime « qui ont pu réaliser, en un laps de temps, des résultats notables, qui ont contribué à rassurer le peuple et à instaurer un climat de confiance mutuelle. »
Bien entendu, dans son esprit, le panel et le gouvernement Bedoui représentent les institutions du pays. Mais que valent ces institutions si le peuple –hormis la clientèle acquise au régime –veut s’en donner des nouvelles où, cette fois-ci, elles ne seront pas façonnées par les hommes forts du pays, mais elles devront incarner la volonté de la plus large majorité du peuple algérien. Hélas, pour discréditer les revendications légitimes du peuple algérien, il les assimile à des manœuvres de son clan rival, dont les têtes d’affiche sont emprisonnées à El Harrach.
Toutefois, en évoquant la lutte intestine au sein du régime, et notamment le différend opposant Gaid Salah au trio Saïd Bouteflika, Mohamed Mediene et Atmane Tartag, le conflit n’est pas aussi vieux que le suggère la teneur des discours du chef de l’état-major. Pour bien le situer, il remonte à fin mars 2019. Jusqu’à cette date, ils réunissaient ensemble leurs forces en vue d’empêcher toute tentative d’émancipation du peuple algérien. De la même manière, et c’est le moins que l’on puisse dire, leur différend ne concerne pas la meilleure gouvernance ou la protection des intérêts de l’Algérie, mais la préservation des intérêts privés étroits.
Cependant, comme depuis 1962, à chaque fois que le clan dominant établit sa domination sur les autres clans du pouvoir, il présente son action comme la victoire du peuple algérien. « Le peuple s’est, ainsi, rallié à son armée tel un seul homme. Cette position, marquée par la communion, la solidarité et la compréhension commune de ce qui se passe dans le pays, restera gravée dans l’histoire », peut-on lire dans le discours de Gaid Salah à la veille du 31e vendredi de contestation populaire.
De quel peuple parle-t-il ? De la minorité criante qui a servi de clientèle au régime ? C’est sans doute de celle-ci qu’il s’agit. Soutenant sans vergogne la feuille de route du chef de l’état-major –après avoir soutenu avec la même force et la même détermination le cinquième mandat –, elle se regroupe autour du panel et de sa commission « indépendante » de préparation des élections. Son but –et c’est le seul –est de perpétuer un régime suranné qui la gave à satiété.
Quant au peuple, le combat pour qu’il reprenne les rênes du pouvoir ne fait que commencer. Probablement, il est encore plus difficile qu’avant la démission de Bouteflika. Car, celui qui fixe les règles de jeu ne tolère même pas la critique. Et si quelqu’un s’aventure à le faire, il gagnera sa place d’office à la prison d’El Harrach et sera accusé de trahison et de démoralisation de l’armée. Dans le fond, nos militaires sont peut-être plus perturbés par un chef des armées qui fait de la politique que d’un politique qui fait de la politique. Mais, en dictature, le plus fort est celui qui a « raison » quand le peuple est divisé. Face à un peuple uni et pacifique, la dictature mourra un jour de ses contradictions. D’où l’intérêt de multiplier la vigilance jusqu’au départ de tous les symboles du régime et la reprise en main du processus politique par le peuple algérien souverain.


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Un commentaire

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  • Wahid
    27 septembre 2019 at 11:14 - Reply

    Pour quoi les militaires veulent le plutôt des élections présidentielles?

    Reconstruire la façade de la maison qui s’est effondré suite au séisme du 22 Février, et par ce que les manifestations ont étaient sages, prudents et unis, les militaires à défaut de réprimer les contestations pacifiques et sans raisons, le chef de l’armé était obligé de prendre le pouvoir par la force et la ruse, en revanche le pouvoir politique et l’économie rentière, fait de l’Algérie un pays fragile qui risque de basculer vers le chaos très vite et les militaires ne veulent pas assumer cette responsabilité, alors ils passe la patates chaudes à candidats civile qui sera el kabch el aid avec la crise économique qui va terrasser des millions d’Algériens ( idéalement un candidat maîtrisable, qui n’a rien a perdre, ou bien devenir BRISIDANE ou la BRISON ) ils veulent que les civiles aillent vers l’échec pour qu’ils reviennent en sauveurs.

    Trouver un canasson est un sport national en Algérie, cela dure depuis que l’indépendance. Les militaires ne quitterons jamais le pouvoir aussi longtemps le gaz et le pétrole coule à flot.

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