يومية الجزائر
Édition du
20 October 2019

Algérie : comment le pouvoir tente d’étouffer la contestation

Alors que les Algériens sont une fois de plus descendus dans la rue pour le 32e vendredi consécutif, les militants les plus en vue sont désormais arrêtés.

 Alger (Algérie), le 27 septembre 2019. Les manifestants ont de nouveau protesté contre le pouvoir.
Alger (Algérie), le 27 septembre 2019. Les manifestants ont de nouveau protesté contre le pouvoir. AFP/Yad Kramdi

Par Philippe MartinatLe 27 septembre 2019 à 19h01
http://www.leparisien.fr

Refermer à tout prix le couvercle sur le mouvement populaire. Telle est désormais la stratégie ouvertement assumée de l’homme fort d’Alger, le chef d’état-major et vice-ministre de la Défense, Ahmed Gaïd Salah.

Jeudi, à la veille du 32e vendredi de mobilisation contre le pouvoir pour exiger un passage à une véritable démocratie, le général a encore durci le ton en avertissant ceux qui « font obstacle, sous quelque forme que ce soit » aux élections présidentielles prévues pour le 12 décembre qu’ils s’exposent à une « sanction juste et rigoureuse, voire dissuasive ».

La semaine précédente, il avait interdit aux Algériens résidant à l’extérieur d’Alger de venir manifester dans la capitale, provoquant de gros embouteillages à l’entrée de la ville. « Même des ambulances avec leurs malades sont restées coincées pendant des heures et sous le soleil brûlant », témoigne un manifestant.

Des dizaines de militants emprisonnés

Malgré ces mesures dissuasives, des centaines de milliers d’Algériens ont défilé dans les rues ce vendredi comme il y a une semaine, très remontés notamment par la mise en place par Gaïd Salah d’un calendrier électoral devant conduire à des élections présidentielles le 12 décembre. Sur les pancartes brandies par les opposants on pouvait lire : « Pas d’élections avec la mafia ».

LIRE AUSSI > Pourquoi la sortie de l’ère Bouteflika est difficile

Gaïd Salah, qui a reçu le soutien de Moscou, accentue aussi la répression, appuyé par une justice visiblement aux ordres. Un à un les militants les plus en vue sont arrêtés dans la rue ou à leur domicile par des policiers en civil.

Karim Boutata et Ahcene Kadi, deux dirigeants du RAJ (Rassemblement Action Jeunesse), une association très active dans le mouvement, ont ainsi été appréhendés jeudi par des hommes en civil se présentant comme policiers. Nul ne sait à ce jour où ils se trouvent.

Arrêté le 16 septembre, Samir Benlarbi, une des figures du mouvement, est accusé d’« atteinte à corps constitué » et d’« atteinte à l’institution militaire ». Il a été maintenu en détention par la chambre d’accusation de la Cour d’Alger sans que ses avocats n’aient été avertis de l’audience, indique le site ObservAlgerie.Newsletter – L’essentiel de l’actuChaque matin, l’actualité vue par Le ParisienJE M’INSCRISVotre adresse mail est collectée par Le Parisien pour vous permettre de recevoir nos actualités et offres commerciales. En savoir plus

Karim Tabbou, ancien premier secrétaire du Front des forces socialistes (FFS) et fondateur de l’UDS (Union démocratique et sociale, non autorisé), incarcéré pour « atteinte au moral de l’armée » a été brièvement remis en liberté conditionnelle jeudi avant d’être à nouveau arrêté à son domicile. Des dizaines d’autres militants sont emprisonnés, parfois dans des conditions dramatiques. C’est le cas de Bilal Ziane qui s’est vu refuser par le juge de Sidi M’hamed une remise en liberté alors qu’il doit suivre une chimiothérapie.

La presse internationale tenue à distance

C’est devant le tribunal militaire de Blida, et à huis clos, que Gaïd Salah a fait juger et condamner cette semaine à d es peines de prison de 15 à 20 ans Saïd Bouteflika, le frère de l’ancien président écarté en février, et les deux anciens responsables du renseignement. « C’est une manière pour Gaïd Salah de montrer sa force tout en mettant hors d’état de nuire des gens avec lesquels il a partagé le pouvoir pendant vingt ans », commente Hakim Addad, fondateur du RAJ.

Le chef d’état-major algérien prend également soin de tenir à distance la presse internationale. Plus aucune demande de visa n’est actuellement accordée à la presse française. Même les communications avec les correspondants locaux sont parfois subitement interrompues par un message qui signale que « le numéro n’est pas attribué »…

Nul ne sait pour l’instant jusqu’où le pouvoir algérien a l’intention d’aller pour museler le mouvement de résistance populaire qui reste, lui, pacifique.


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2 Commentaires sur cet articles

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  • Tre
    6 octobre 2019 at 5:54 - Reply

    Monsieur les journaliste parlez nous de la signature badoui avec total de la regle 59/41 cela v dire q notre pétrole ne nous appartient pas voila la gravité c votre rôle d informé les gens

    • Dria
      7 octobre 2019 at 4:38 - Reply

      C’est à nous de lui dire … A quand notre grève nationale, a quand la grève nationale pour la fin de la dictature militaire qu’on veut nous imposer de force , a quand la grève nationale d’une journée qu’on pourra reconduire jusqu’à la chute du gang des généraux , et la fin de leur système pourri . Accordons nos violons pour choisir une date de débrayage , un dimanche par exemple. Ils nous ont un peu désorienté avec leurs arrestations arbitraires et illégales continuons le combat de Bouragaa Tabou Boumala Laribi …et tous ces anonymes qui continue de mener le combat même incarcerer ….il est temps de choisir une date un dimanche 13 ou 20 , 27 octobre ou 03 novembre …il faut en faire une date répète comme l’es le 22 février.pourquoi la fin du Hirak . On reste tous chez nous, pas de marches, pas de rassemblements , pas de Sit-in , aucun contact avec les force de l’ordre ou des services de sécurité On fera des villes mortes et un Pays en arrêt ..Seules les services minimum seront assurer pour la santé (urgence, pharmacie.. ) les transports (minimum) et les approvisionnement ( boulangerie, superette…). Tous les secteurs doivent prendre part au débrayage de 24h pourquoi ce n’est pas réalisable y a pas de plus PACIFIQUE et il aura des retombées nationales et internationales préparons juste le débrayage avant et soyons solidaires ….Chacun de nous reste chez soi ou est le risque pourquoi diaboliser cette action pacifique ..pas de travail , pas d’études , pas de sortie en ce jour OU EST OE RISQUE ??? ET AUCUNE RÉCUPÉRATION POSSIBLE PAR LE POUVOIR …
      ENTENDANT- NOUS JUSTE SUR LA DATE ET DIFFUSONS L’INFORMATION BEAUCOUP D’ALGÉRIENS ATTENDENT CE JOUR POUR EXPRIMER LEUR RAS LE BOL

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