يومية الجزائر
Édition du
6 April 2020

ALGÉRIE : ENTRE LE POLITIQUE ET LE MILITAIRE

« Cette conjonction d’une immense institution est nouvelle dans l’expérience Américaine. Son influence totale, économique, politique, spirituelle même, est ressentie dans chaque ville, dans chaque Parlement d’Etat, dans chaque bureau du Gouvernement fédéral.

Nous reconnaissons le besoin impératif de ce développement. Mais nous ne devons pas manquer de comprendre ses graves implications.

Notre labeur, nos ressources, nos gagne-pain… tous sont impliqués ; ainsi en va-t-il de la structure même de notre société. »

Dwight D. Eisenhower, 34éme Président américain – Discours d’Adieu.

Mr. Mouloud Hamrouche a résumé en une phrase clé la situation de l’économie de l’Algérie : Le bien-être matériel du pays dépend de deux facteurs : Le prix du baril et le taux de pluviométrie.

Cette problématique est technique et sa solution demeure technique en comparaison à une autre équivoque qui tarde à trouver la juste approche à sa résolution : l’éternelle dialectique entre le politique et le militaire.

Quand même bien et selon certains, dans le contexte algérien, elle a eu sa conclusion dans le fameux principe de Abbane Ramdane qui stipule : la primauté du politique sur le militaire, il reste toutefois toute une réflexion à oser pour élaborer les outils nécessaires à même d’implémenter ce principe.

A l’indépendance de l’Algérie ; si la terre fut libérée, en droit, cette victoire en définitive, consacra et entretenus le couronnement des uns et la soumission des autres dans une mainmise du militaire sur le politique ; situation qui perdure jusqu’à aujourd’hui.

Le pouvoir est d’abord une relation, et qui n’existe qu’en acte et détermine les éléments sur lesquels il porte. Il est l’exercice d’une domination fondée sur des procédures concrètes produisant leurs propres effets de vérité.

Forte d’une légitimité révolutionnaire, et de sa primauté, le nouveau pouvoir en Algérie, musela toute tentative de contestation à sa doxa officielle (effets de vérité)

Ce fut la fabrication de sujets plutôt que la genèse de citoyens libres.

L’Eveil National pose cette problématique aujourd’hui avec acuité et ses représentants espèrent dans un bras de fer débuté le 22 Février, engager l’autre partie à des concessions structurelles sur le pouvoir dans sa configuration actuel.

Dans cet exercice, quelles sont les chances de réussite de l’Eveil National ? Est-il capable de questionner certaines « certitudes historiques » ; là où la tentative du FIS a échoué auparavant avec toutes conséquences connues.

Répondre à cette terrible question c’est d’abord réfléchir à la genèse anthropologique et social de la configuration du pouvoir en Algérie depuis au moins la moitie du siècle dernier.

La ligne directrice de cette réflexion serait que si « L’histoire normalisée de l’Algérie » de tout temps a été le déploiement d’un champ conflictuel qui oppose, d’une part, une histoire codée et intégrée à la pratique de la domination et, d’autre part, une histoire comme « conscience des sujets en lutte », inhérente à la pratique de la résistance à cette domination, alors après l’indépendance et sous la houlette de la libre parole, ce champ conflictuel se devait de faire sa mutation pour devenir un paradigme de négociation où moyennement l’existence de cadres institutionnels, la configuration du pouvoir est revue d’un commun accord à la lumière de l’impératif moral du vivre-ensemble.

Simplement dit, dans cette Algérie qui se cherche et en ce rendez-vous que l’Eveil National nous a donné, le politique et le militaire ont cette unique chance de surplomber l’histoire, d’échapper à la guerre et à leur position de bataille afin de ménager un espace pour une éventuelle réconciliation avec le savoir (des faits historiques et des approches) comme seul argument indispensable dans cet engagement faisant ainsi entrer l’Algérie dans les temps des modérés.

Dans toutes les sociétés apaisées, le politique et le militaire ne sont jamais exclus mutuellement, mais évoluent dans un Modus Vivendi, gage de l’impératif moral du vivre-ensemble.

Khaled Boulaziz


Nombre de lectures : 3534
Pas de commentaires

Laisser un commentaire

*

*

Lire aussi