UN PAYS À L’ABANDON

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         Abdellah CHEBBAH.                                                     Déc. 2020

Il n’y a plus personne, ni à bord, ni aux commandes. L’ Algérie semble s’enfoncer dans un trou noir. Le peuple est voué à lui-même, ne pensant qu’à se jeter à la mer pour rejoindre l’inconnu et les dirigeants cherchent à imputer leurs maux à des ennemis invisibles pour éviter d’assumer leurs propres échecs. Rien ne va. Aucune lueur, aucun signal à l’horizon. Le pays s’engouffre de plus en plus. Tout ou presque, est à l’arrêt. Un président porté disparu. Un gouvernement présent par son absence. Personne ne tient le gouvernail. Voilà le décor final du dernier acte d’une comédie dramatique qui a duré six décennies. C’est dommage que ça finisse ainsi par un naufrage collectif. Autant de sacrifices et de patience pour finalement laisser un rafiot emporté par des eaux usées sur une vague amertume et laisser derrière soi un si beau pays, abandonné, mourir entre les mains de divers prédateurs.

Le un million et demi de martyrs doivent souffrir dans leurs tombes. Comment ont-ils laissé ce pays, se disent-ils, entre les mains de brigands, de bandits, de psychopathes, de voyous qui ont incarnés l’intolérance, l’ignorance, l’inculte, la rapine et le mensonge, comme fondements d’un état?

En 1962, le premier acte de gouvernance a été de s’en prendre au peuple. On confisqua les bijoux des femmes, on emprisonna des têtes pensantes, on élimina la petite bourgeoisie ancestrale créatrice de richesses et on créa un ennemi frontalier pour une diversion fictive, au nom de la révolution.

En 1965, on continua le travail par des assassinats de la classe intellectuelle. On essaya de se rapprocher du peuple par des projets et des promesses mensongers de grande envergure qui n’ont jamais vu le jour ou alors voué à l’échec dès le départ par manque de vision profonde au nom du peuple et pour le peuple.

En 1980, un semblant de libertés et d’ouverture s’est terminé par un bain de sang national où toutes sortes de démences et de barbaries ont dicté leurs lois, au nom de dieu.

En 1992, un assassinat d’un président, ancien bâtisseur de la révolution Algérienne, à laisser encore une fois le peuple dans un questionnement, au nom de la rapine.

En 1999, un ancien ministre des affaires étrangères des années 70 a été parachuté, encore une fois comme président, venu par sa formule de réconciliation nationale et de concorde civile pour déposséder le peuple de ce qu’il lui restait de patriotisme au nom de la revanche.

En 2019 enfin, le peuple est sorti en masse dans la rue pour dire, ça suffit, revenons aux choses sérieuses qui concerne l’avenir d’un pays au nom du bon sens et de la raison. Une génération spontanée consciente des enjeux s’inquiète de son avenir. Elle est décidée à effacer un passé dont il n’a pas pris part.

Ce bref résumé montre les étapes par lesquelles un système de gouvernance s’est petit à petit installée au détriment d’un peuple naïf et observateur.

Aujourd’hui en cette fin d’année 2020, le peuple constate qu’après six décennies, on ne fait pas de politique en Algérie mais du banditisme d’état. Rien ne va au sommet. Une guerre des clans est ouvertement déclarée, se donnant en spectacle, alors que le peuple et surtout les générations montantes ignorent tout cela et ne pensent qu’à démanteler un système de gouvernance qui n’a que trop duré, sans résultats probants.

Il s’agit de mettre en place un autre mode de fonctionnement plus moderne pour gouverner ce pays et loin des règlements de compte partisans au détriment de tout un peuple. Ce peuple veut vivre libre et indépendant dans son pays d’une façon moderne où nul n’est supposé ignoré et être au-dessus des lois. Il entend imposer une politique qui ne se résume pas à une question de pouvoir ou de prises de position, mais c’est avant tout une affaire de communauté, de liens entre les gens.

Ce peuple ne veut plus d’une Algérie divisée. Il ne veut plus d’une Algérie militaire, ni d’une Algérie islamiste, ni d’une Algérie Arabe, ni d’une Algérie Amazigh, ni d’une Algérie Mzab, ni d’une Algérie chaoui, ni d’une Algérie de bandits, mais d’une Algérie Algérienne unie et solidaire, diverse et non adverse.

Le message de ce peuple est assez sage, simple et clair. Bon sang de bon dieu.

1 COMMENTAIRE

  1. Absolument d’accord à 10.000.000 pour cent avec cet article de Abdellah CHEBBAH.

    NB : mais pour qu’on arrive à ce que nous propose Abdellah CHEBBAH, 1/-pour que Algérie ne soit plus ce qu’elle est depuis 1962, il faut que l’ANP rejoigne les casernes et s’occupe de ces fonctions constitutionnelles propres , 2/- pour que l’Algérie ne soit plus islamiste mais musulmane tout simplement (et pas seulement car il y a des algériens athées, chrétiens ou agnostiques) il faut supprimer l’article 2 de la Constitution qui ruisselle négativement et automatiquement sur les autres articles relatifs à la liberté de pensée, de conscience, d’opinion, 3/- pour que l’Algérie ne soit pas seulement Arabe ou seulement Amazigh, ou seulement Mozabite, ou seulement Chaoui, ou seulement targui, il faut que les questions d’identité , d’histoire et de mémoire de notre pays à TOUS ne fassent pas l’objet d’articles séparés, compétitifs et hiérarchisés entre eux mais que ces notions soient intégrées dans le préambule même de la Constitution qui fait partie intégrante de ce texte fondamental , les juristes constitutionnalistes peuvent nous le confirmer ! Des historiens intègres, des anthropologues intègres, des juristes intègres peuvent très bien nous rédiger un bon préambule consensuel. Ne m’en voulais pas si j’ajoute que l’article 2 (l’islam est la religion de l’Etat ce qui est un blasphème et une aberration) est une guillotine des libertés en général (notamment de conscience , d’opinion, de pensée etc..) et on l’a vu avec toutes les condamnations à de lourdes peines de certains opposants pour offense à l’islam, au prophète et à Dieu lors de certains procès ! De même que les articles relatifs aux langues (tamazigh et arabe) ne doivent pas faire l’objet d’article séparé car cela provoquait des compétitions et une hiérarchisation qui peuvent être néfaste à la paix civile, la tolérance et le vivre ensemble.

    A côté de la revendication « une Algérie civil et non militaire », il faut donc ajouter celle « d’une Algérie non intégriste et non islamiste » et de considéré l’islam en tant que religion ou spiritualité et qui a toute sa place dans notre pays, qui n’est nullement en danger ou mise à l’écart et loin de là ! Donc il faut bien sûr penser à la séparation du politique et du militaire,mais aussi à la séparation du politique et du religieux sinon on aura fait le travail à moitié ! Merci à vous tous et vive l’Algérie algérienne, démocratique, libre et moderne !

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