Algérie : sortir de l’impasse après deux années de révolte.

1
268

ÉDITORIAL

lemonde.fr

Depuis février 2019, le Hirak exprime l’exaspération d’une population qui étouffe dans un système politique opaque et toujours tenu par les militaires. L’urgence est désormais à l’ouverture d’un véritable dialogue.

Publié le 23 février 2021  

Les anniversaires fournissent l’occasion de bilans, mais permettent aussi de se projeter dans l’avenir. Deux années après son déclenchement, le 22 février 2019, le Hirak, mouvement de protestation spontané et pacifique contre les dirigeants et le système politiques algériens, a un premier mérite : il reste vivant. En témoigne la mobilisation, lundi 22 février, malgré la répression et le Covid, de milliers de manifestants aux cris de « Les généraux à la poubelle » ou « Le peuple réclame l’indépendance », dans plusieurs villes du pays. Mais surtout, le Hirak exprime avec ténacité l’exaspération d’une population qui étouffe dans un système politique opaque aux institutions démocratiques factices, dont les militaires continuent de tirer les ficelles.

Pourtant, après un an de manifestations tous les vendredis et une autre année de protestations sporadiques, Covid oblige, force est de constater que le bilan est mitigé. Certes, les Algériens ont obtenu le départ du président Bouteflika après vingt ans de règne. Certes, ils ont ridiculisé, en s’abstenant massivement, la prétention de son successeur, Abdelmadjid Tebboune, candidat des militaires élu lors d’une présidentielle truquée, à se religitimer grâce au référendum constitutionnel du 1er novembre 2020. Certes, les protestataires viennent d’obtenir, jeudi 18 février, la libération d’une quarantaine de militants emprisonnés, dont le journaliste Khaled Drareni, et la promesse, par M. Tebboune, de nouvelles élections « détachées de l’argent et de la corruption » et débouchant sur de « nouvelles institutions ».

Mais les vains engagements du même type maintes fois brandis dans le passé, la succession de phases de répression et d’apaisement, que le pays a enchaînées depuis la fin de la décennie sanglante des années 1990, ont amené le pays bien au-delà de la lassitude, à une colère sourde qu’exacerbe l’inertie du régime. Le Hirak, mouvement « dégagiste » qui réclame un changement de régime mais n’a ni programme clair ni leadership, n’a pas réussi à contraindre à la négociation le petit groupe d’hommes issus de l’appareil sécuritaire et de l’armée qui tient les rênes du pays. Souvent dénoncée, l’impasse paraît totale.

Chute de la rente pétrolière

Or les dirigeants algériens ne peuvent plus éternellement jouer la montre. La crise sanitaire et la chute brutale des prix des hydrocarbures sapent le principal fondement du régime : sa capacité à acheter la paix sociale grâce à la rente pétrolière qui fournit 60 % des recettes de l’Etat. Les investissements publics, principal moteur de la croissance, faiblissent. L’inflation enfle et le taux de chômage officiel a atteint 15 %, sans parler de l’impact de la crise sur l’emploi informel, vital pour beaucoup.

Cette fois, des réformes cosmétiques ne suffiront pas. L’urgence est à l’ouverture d’un véritable dialogue entre le pouvoir et les oppositions, incluant des représentants du Hirak et de la société civile. A l’approche du soixantième anniversaire de son indépendance, le 5 juillet 2022, on voit mal comment l’Algérie, pays potentiellement riche, pourrait faire l’économie d’une remise à plat de ses institutions et d’une conférence nationale. Plus tardera l’engagement sincère d’un tel processus vers un Etat de droit digne de ce nom, vers un véritable contrôle parlementaire et une justice indépendante, plus s’aggraveront les tensions et plus le prix à payer pour le peuple algérien risque d’être lourd.

Le Monde

1 COMMENTAIRE

  1. Dialoguer pour dire quoi?
    les attentes du hirak sont simples ! la mise en oeuvre d un cadre legislatif qui puisse mettre un terme a l impunité!
    Le socle de l impunite C EST LA JUSTICE QUI EST TOUJOURS SOUS TUTELLE une situation qui permet au pouvoir politique de dessaisir les juges et ( ou) de les muter…..ZEGHMATI EN EST L IMAGE EXPRESSIVE IL N Y A PAS LONGTEMPS….
    La structure du conseil constitutionnel et sa configuration demeure aussi discutable …c est lui qui doit etre la tour de controle institutionnel du pays…c est une institution importante dont les membres doivent etre representatifs des elites de haut niveau….
    les institutions se doivent d etre autonomes et de reagir au rythme des evenements elles doivent savoir reagir et avoir une ame …
    la separation du pouvoir est necessaire pour mobiliser la contradiction des interets…..c est cet eddifice institutionnel qui empeche le despotismes et les clans de prendre le pays en otage et de regner sur l avenir de cette grande nation malmenée par une culture rentiere qui ne laisse rien aux citoyens…il n y a pas d autres alternatives et il ne faut surtout pas s attendre a ce que le systeme scie la branche sur laquelle il est assis….la democratie c est sa perte et pour toujours….

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici