LE 11 DÉCEMBRE 1960, LE POINT DU NON-RETOUR DE L’ALGERIE SOUVERAINE

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Dans toute l’histoire de la guerre de Libération nationale, la première fois que la population civile algérienne a exprimé au monde entier, haut et fort, son unité derrière le FLN, l’ALN et le GPRA, c’était le 11 Décembre 1960. Le reste relève des livres de l’histoire!

Cette semaine, l’Algérie célèbre le 62ème anniversaire des manifestations du 11 Décembre. Beaucoup a été écrit sur cet épisode de la guerre de Libération nationale au fil des ans. Chaque écrit apparaît, cependant, comme une répétition du précédent. (1) Mais le rappel est un devoir sacré.

D’abord le contexte de l’époque. La lutte de Libération nationale déclenchée le 1er Novembre 1954 venait de boucler sa sixième année. Six ans au cours desquels la propagande colonialiste s’évertuait à présenter cette lutte comme étant l’œuvre de groupes de rebelles, de fellagas sans ancrage populaire.

Toujours selon cette même propagande, l’armée française ne faisait que des opérations de maintien de l’ordre au bénéfice de toute la population. Pas de guerre. De novembre 1954 à novembre 1960, l’aide de la population aux moudjahidine fut réelle et décisive.

Si décisive que l’armée colonialiste rasait les villages au napalm et créait pour les survivants des camps de regroupement pour couper la logistique dont bénéficiaient les maquisards. Ce qui était valable à l’intérieur du pays, l’était aussi dans les villes. Pour les refuges, la collecte de fonds, le renseignement et d’une manière plus large, tout ce qui avait trait à la logistique des combattants.

Mais si la population apportait son plein concours et était pleinement engagée dans le combat pour sa liberté aux côtés du FLN, de l’ALN et du gouvernement provisoire (GPRA) qui a été créé par la suite, la France faisait tout pour cacher cette vérité à la communauté internationale.

Avant le 11 décembre 1960, il y a eu deux événements majeurs qui ont donné l’occasion au peuple de s’exprimer. Il y a eu le soulèvement populaire du 20 Août 1955 à Skikda qu’on appelait alors Philippeville qui fut réprimé dans le sang par l’armée d’occupation et les milices des colons. Bilan: 12 000 Algériens morts. Il faudra attendre près de deux années pour assister à une autre manifestation populaire.

C’était à Alger, entre le 28 janvier et le 4 février 1957. Le FLN avait organisé à Alger une grève de huit jours unanimement suivie par la population.

Résultat, l’armée dirigée par Massu reçoit les pleins pouvoirs dont elle se servit pour engager la célèbre bataille d’Alger. Dans le cas de Skikda, la propagande présenta la révolte comme étant composée de bandes de fellagas sans rapport avec la population.

Pour la grève des huit jours, les spécialistes de l’action psychologique se sont évertués à faire croire que le FLN avait imposé la grève à la population par la terreur. De plus, il ne s’agissait que de la population active.

Et c’est là précisément que les manifestations du 11 Décembre 1960 se distinguent. De Gaulle qui arriva au pouvoir en 1958 fera plusieurs déplacements en Algérie. Celui qu’il fit en décembre 1960 sera le plus déterminant dans sa conviction de l’indépendance de l’Algérie comme seule issue possible.

Et pour cause. S’il s’était prononcé pour l’autodétermination dans son discours du 16 septembre 1959, le général manœuvrait pour une autre fin de la guerre. Il avait essayé «la paix des braves» en octobre 1958 qui n’était qu’une demande de reddition faite à l’ALN, fut un échec total.

En janvier 1959, il renouvelle l’offre. Deuxième échec. Troisième offre télévisée le 14 juin 1960. Troisième échec. Le général semblait avoir compris la détermination du FLN et accepte de négocier. Il envoie une première délégation, le 25 juin 1960, à Melun, rencontrer secrètement les représentants du FLN.

Échec des négociations, mais confirmation de la seule voie qui reste à De Gaulle. Le 5 décembre 1960 s’ouvre à l’ONU le débat sur l’Algérie. Quatre jours plus tard, soit le 9 décembre 1960, De Gaulle entreprend un voyage en Algérie pour y «vendre» son plan d’une «Algérie algérienne».

Un fumeux concept qui consistait à placer neuf millions d’Algériens sous la coupe d’une minorité de colons estimée à un million de personnes. C’est pour contrer cette tentative contre l’indépendance que le peuple algérien est sorti, le 11 Décembre 1960.

Si plusieurs villes du pays ont été le théâtre de ces manifestations, celle de la capitale aura été évidemment, par la concentration des journalistes internationaux, la plus visible aux Nations unies. A la différence du 20 août 1955 et de janvier 1957, le 11 Décembre 1960 marque la première expression populaire (des hommes, des femmes, des vieux, des enfants) pour l’Indépendance de l’Algérie sous la bannière du FLN, de l’ALN et du GPRA.

Aucune entourloupe possible pour les diplomates français à l’ONU. Huit jours après, soit le 20 décembre 1960, l’ONU avait entendu le cri de la population civile algérienne. Le droit à la libre détermination du peuple algérien est adopté à l’ONU par 63 voix pour et 8 voix contre.

Dans toute l’histoire de la guerre de Libération nationale, la première fois que la population civile algérienne a exprimé au monde entier, haut et fort, son unité derrière le FLN, l’ALN et le GPRA, c’était le 11 Décembre 1960. Le reste relève de l’histoire!

Khaled Boulaziz
Kaerdin Zerrouati

(1) Z. Mebarki

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