يومية الجزائر
Édition du
22 January 2020

Quelles alternatives aux élections illégitimes du 12 décembre ?

Le vendredi 42 restera gravé dans les annales de la révolution. Il aura été un véritable référendum populaire contre des élections illégitimes et vides de sens. Jamais la distance entre le régime et le peuple n’aura été aussi grande, aussi franche. Car à moins de deux semaines du rendez-vous du 12 décembre, les Algériens sont plus que jamais prêts à monter la cadence de la mobilisation par l’appel à la grève et les marches de nuit.

Le régime, quant à lui, vit dans une sphère étrangère au peuple. Il organise un simulacre de débat entre ses figurants politiques, ronronne un discours honteux à l’égard des manifestants, et suggère que les Algériens seraient « divisés » entre les « pro » et les « anti»-élections, tentant de mettre les citoyens les uns contre les autres. Heureusement, les Algériens sont lucides et savent parfaitement déjouer les manœuvres du régime.

En disant cela, il est important aussi de ne pas nier une réalité. Une minorité de concitoyens qui approuve le besoin de changement n’entrevoit pas de sortie crise en dehors du cadre des élections présidentielles.

Peut-on encore les convaincre que le 12 décembre est une mascarade électorale ? Il semble pourtant difficile de ne pas réaliser que les conditions politiques, juridiques, médiatiques et administratives pour organiser un tel rendez-vous politique ne sont pas réunies.

L’emprisonnement des citoyens engagés dans le Hirak, la répression et l’arbitraire qui frappent toutes les voix discordantes au régime, l’unanimisme des médias publics et privés, les profils des candidats qui participent aux élections du régime, la préparation et la validation de l’instance de surveillance des élections et des lois qui s’y réfèrent, la mainmise sur les appareils judiciaires et policiers sont des faits évidents qui confortent le choix du rejet.

Le vendredi 42 a confirmé que c’est la majorité des Algériens, autrefois contestataire par le silence abstentionniste, qui écrit l’Histoire. Elle sait qu’elle ne sera pas en mesure de recouvrer sa souveraineté en déposant un bulletin de vote dans l’urne.

Le régime veut duper les Algériens par les faux clivages « pro »-« anti » élections, car sa première inquiétude, c’est l’amenuisement de sa clientèle d’électeurs. Les fameux 10 à 15% de votants qui, à chaque processus électoral, « blanchissent » et régénèrent la domination du régime depuis au moins deux décennies.

Reste que cela ne justifie pas tout. Certains Algériens qui hésitent par rapport à la participation ou non au processus électoral posent des questions légitimes. Ils nous disent : quelle « alternative » proposez-vous aux élections du 12 décembre ? Comment un changement politique peut se mettre en œuvre sans aller voter ? Pourquoi n’avez-vous pas encore clairement formulé une alternative aux élections ?

Depuis 10 mois, le peuple algérien s’est engagé dans un formidable mouvement populaire pour exiger une nouvelle « indépendance » qui consacre la souveraineté populaire, l’État de droit et la démocratie.

La seule alternative à la mascarade du 12 décembre, c’est le départ dans les plus brefs délais du régime au pouvoir. La seule voie vertueuse à prendre, c’est l’engagement d’un processus politique de transformation démocratique qui remplace le régime actuel par un nouveau régime politique, à même de réaliser les exigences du Hirak.

Ce processus n’est rien d’autre que la transition démocratique.

La transition démocratique est un processus d’ajustement politique, régulé par la loi et limité dans le temps, qui permet l’assainissement et la mise en place des institutions, des lois et des règles nécessaires à l’émergence d’une vie politique démocratique.

La transition peut prendre plusieurs formes. Les institutions et les mécanismes sont multiples, néanmoins l’objectif final demeure le même : jeter les bases de l’État de droit et permettre aux citoyens, à la fin de la période de transition, d’élire leurs gouvernants de manière démocratique.

La réflexion sur le contenu de la transition doit se faire de manière collégiale, entre les citoyens et les forces du Hirak. Celle-ci est déjà entamée au sein de la société civile. Mais pour paraphraser Mostefa Bouchachi, les Algériens ont besoin de temps pour s’organiser et échanger sur ce qu’ils veulent comme institutions. Cette phase de la révolution populaire viendra au moment opportun, lorsque le régime sera définitivement vaincu.

Certains concitoyens se questionnent sur la faisabilité de la passation de pouvoir, si le régime venait à être vaincu. Ici aussi, les voies sont multiples, mais la finalité est la même. Le régime pourrait annoncer dans un message télévisé par un représentant officiel (chef de l’État) sa propre fin, et surtout, sa volonté d’ouvrir une nouvelle page de l’histoire de l’Algérie.

Ce qui est le plus important, c’est d’organiser le départ du régime d’une manière ordonnée et pacifique. Pour donner du crédit à la démarche, il doit acter la libération immédiate des détenus d’opinion comme condition sine qua none à toute volonté d’engager un dialogue sérieux avec les forces du Hirak.

Concomitamment, ces forces vives doivent se réunir lors d’une rencontre historique pour travailler sur le contenu de la transition démocratique, notamment le déroulement du départ du régime, et la concertation sur les institutions, les mécanismes et les règles qui régulent la transition. Ce programme doit être le fruit de larges consultations et accessible à tous les Algériens. La préparation de la transition de manière collégiale va enrichir, dès son lancement, la culture du dialogue et de la cohabitation politique. Ce travail de préparation peut prendre à peine quelques mois, beaucoup moins que le temps perdu à cause du régime.

Aussi, la transition démocratique n’ouvre pas la voie à une période d’extra-légalité, car la mise en place d’une « Petite constitution », un texte juridique qui fait office de Loi suprême durant la transition, va réguler la distribution des pouvoirs publics. Ce texte peut être écrit dans un temps très court.

L’intelligence et la maturité politique du mouvement populaire ont montré que, loin de tous les fantasmes sur le manque d’alternative ou le « vide » de la transition, de riches perspectives s’ouvriront au peuple algérien dès lors qu’il aura gagné son bras de fer contre le régime. Cette dynamique vertueuse est déjà en cours. Elle émergera lorsque le régime cessera de faire perdre un temps précieux au pays et aux Algériens dans une bataille perdue d’avance.

Raouf Farrah
– vendredi 6 décembre


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7 Commentaires sur cet articles

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  • wahid
    7 décembre 2019 at 2:44 - Reply

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    .. L’alternative que demande le Hirak avant le coup de force des militaires par l’application de l’article 102. Les militaires à leur tête le Gaid, et de surcroit ….. exécute fidèlement et intégralement la feuille de route de l’ex président elmakhlou3, el maroki oueld 3abri, façade par excellence de la junte militaire (les janissaires du l’Algérie post coloniale, El Ghoula qui a confisqué le droit de l’autodétermination du peuple Algérien et qui a dilapidé des milliard de dollars de recette de Gaz et Pétrole depuis sa découverte en 1956 par les Français).

    Phase 1
    La feuille de route avant le coup d’État soft des militaires,

    https://algeriepart.com/2019/03/14/crise-en-algerie-la-feuille-de-route-de-bouteflika-analysee-par-deux-experts-du-washington-post/

    https://www.letemps.ch/monde/algerie-larmee-tente-dimposer-feuille-route

    Phase 2
    Le coup d’État de militaire (L’article 102)
    https://www.youtube.com/watch?v=6ZCLRpYr0ng

    Phase 3
    Incarcérations folkloriques des corrompus militaires et civiles ( je doute de la véracité de l’opération mains propres venant du général le plus corrompu des militaires Algériens selon les service de renseignement américains et européens)

    https://www.youtube.com/watch?v=b_wf6D0qv2k

    Phase 3
    Arrestation, intimidation, chantage, répression des leaders du HIRAK

    https://www.youtube.com/watch?v=DAoywj5yiRc

    Phase 4
    Élections pipées

    https://www.youtube.com/watch?v=fca8SfxQGI8
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    La seule alternative à la mascarade du 12 décembre serait incha allah.

    الفترة الإنتقالية

    https://www.youtube.com/watch?v=dQY1YiXKjRE

    https://www.youtube.com/watch?v=ZXKY8kyzNAM

    Les risques d’Échec ( la contre révolution )

    https://www.youtube.com/watch?v=oxJ2wDit8Q8

  • AHMED
    7 décembre 2019 at 4:06 - Reply

    L’ALTERNATIVE EST SIMPLE LAISSER LES PERSONNES INTELECTUELES EDUQUE TECHNOCRATES NON AFFILIE AU PARTI FLN OU DU POUVOIR ETRE CANDIDATS AUX ELECTIONS ET QUI AURA LE MEILLEUR PROGRAM GAGNE. COME TOUT LES PAYS DU MONDE

  • mokhnache
    8 décembre 2019 at 9:57 - Reply

    Amar Mokhnache
    1 min ·
    La transition est une option serieuse si elle est apprehendée pour construire le pays!
    la transition ne devrait pas depasser une annee elle devrait se faire vite et bien !
    elle devrait consister principalement a construire un eddifice institutionnel qui soit un barrage a la dictature et a son corrolaire l impunité et la fraude electorale!
    Des le premier trimestre il y a lieu de convoquer le corps electoral pour l election simultanement des APC/APW/APN !
    une feuille de route breve et claire devrait etre prealablement etablit et qui consiste a faire adopter des lois qui devraient faire emanciper la justice, la presse, les entreprises publiques et les institutions de l intervention politique!
    il faut supprimer le senat et les institutions bidons telles que les commissariats aux machins chouettes qui n ont pas produit une feuille de choux depuis leurs creations!
    il y a lieu aussi de faire de l evaluation des politiques et des projets et programmes une culture et un reflexe a la portée des competences et surtout d en rendre publique les contenus!
    l université ne devrait pas etre en marge des reformes et de l emancipation des idees elle devrait avoir ses poles d excellences et mobiliser les hautes competences de la diasporat a l etranger pour former l elite de demain et encadrer les promoteurs des technologies dont le pays a besoin…ce sont des choses possibles et realisables pour peu que la determination y soit!

  • Hamid
    8 décembre 2019 at 1:51 - Reply

    Article 7 : « Le peuple est la source de tout pouvoir. La souveraineté nationale appartient exclusivement au peuple. »

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    Article 7 : « Le peuple est la source de tout pouvoir. La souveraineté nationale appartient exclusivement au peuple. »

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    SILMYA SILMYA SILMYA du 8 décembre au 13 décembre 2019 = la chute de la issaba + l’indépendance du peuple Algérien inchallah

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    1) *** GRÉVE GENERALE + MARCHES + RASSEMBLEMENTS ***

    2) *** IL FAUT PORTER LES REVENDICATIONS SUR DES PANCARTES ET AFFICHES ***

    3) *** LE 12 DÉCEMBRE … RASSEMBLEMENTS PACIFIQUE SILMYA AUTOURS DE TOUS LES BURREAUX DE VOTES

    *** NE JAMAIS ENTRER EN CONFLIT AVEC LES FORCES DE L’ORDRE

    *** SURVEILLER LES BALTADJIA, PERTURBATEURS, LES NEUTRALISER ET LES REMETTRE À LA POLICE.

    *** RASSEMBLEMENT PACIFIQUE DEVANT L’ENTV TÉLÉVISION NATIONALE, POURQUOI L’ENTV N’EST PAS AU SERVICE DU PEUPLE ALGÉRIEN, DU HIRAK ? !!

    *** RASSEMBLEMENT PACIFIQUE DEVANT LE CONSEIL CONSTITUTIONNEL

    *** RASSEMBLEMENT PACIFIQUE DEVANT LA PRÉSIDENCE SILMYA SILMYA

    POUR DIRE DÉGAGE SYSTEME…DÉGAGE GAID SALAH …DÉGAGE BOUAZZA OUASSINI

    POUR DIRE Article 7 : « Le peuple est la source de tout pouvoir. La souveraineté nationale appartient exclusivement au peuple. »

    ——————————————————
    AVEC UNE SEMAINE DE PRESSION, LA POLICE, LES GENDARMES, LES HAUTS GRADÉS VONT SE RALLIER CERTAINEMENT À LA RAISON, AU PEUPLE….

    LA ISSABA VA TOMBER….

    LE PEUPLE ALGÉRIEN ACCÉDERA À SON INDÉPENDANCE

    INCHAALLAH

    ****************************************

    Article 7 : « Le peuple est la source de tout pouvoir. La souveraineté nationale appartient exclusivement au peuple. »

    Article 7 : « Le peuple est la source de tout pouvoir. La souveraineté nationale appartient exclusivement au peuple. »

  • Si Tchad
    9 décembre 2019 at 2:00 - Reply

    Hey toi, Gaïd, une jeune femme de 34 ans, qui pourrait être largement ta petite fille, va être premier ministre de la Finlande. Alors, te demande le chef d’état-major de ce pays arriéré, que lui conseilles-tu de faire?

    Sortir les chars, réponse A

    Aller pleurnicher chez Poutine, réponse B

    Faire 60 discours débilo-pathologiques à partir des casernes, réponse C

    Mourir de honte, réponse D

  • Mon sentiment à moi
    12 décembre 2019 at 3:25 - Reply

    Au risque de blesser et décourager les hirakistes, ce n’est pas mon intention et je leur souhaite d’ailleurs bon courage pour l’après 12 décembre, mais en ce qui me concerne et çà n’engage que moi, je peux dire que les forces du vrais changement, y compris les partis politiques surtout du camp dit démocratiques, ont perdu la partie et ce par leur attitudes envers le hirak qu’ils ont laisser orphelin, seul dans la rue (10 mois) ! Elles ont été incapables de s’organiser, de s’unir, d’élaborer une plate-forme (feuille de route) consensuelle sur la manière de conduire la transition. Une feuille de route, contrairement à ce que voulaient faire croire certains, n’est pas un programme politique ou idéologique et n’est pas une sorte de chemin pour faire du hirak un parti politique. Loin de là.

    Chacun nous chantait sa chanson à sa façon : les uns ne voulaient en aucun cas un encadrement du hirak ni des poret parole, d’autres proposaient une élection présidentielle sans changer la Constitution mais avec le respects de certains préalables seulement (on y est presque aujourd’hui dans la situation), d’autres voulaient un amendement de certains articles la Constitution et de son préambule pour garantir la séparation des pouvoirs et l’exercice des libertés, modification à soumettre au scrutin populaire (article 7), d’autres voulaient une Constituante et rien d’autre, d’autres ne voulaient rien décider et disaient qu’il faut attendre la transition pour prendre des décisions, d’autres ne voulaient pas parler de la séparation du politique et du religieux et se contentent seulement d’un Etat Civil et non militaire, d’autres ne tentent même pas de définir la même manière les notions de démocratie et des libertés individuelles et collectives etc… etc..

    Au final un vrai coup de poignard dans le dos du hirak et le pouvoir en a profiter pour faire son chemin en disant qu’il n’y a aucune proposition en face, ce qui est juste !A mon avis, le pouvoir prendra tellement de temps pour essayer de faire quelques concessions que le hirak va s’affaiblir au fil du temps et adieu cette merveilleuse perle qu’est ce hirak qu’on n’est pas sûr de retrouver, j’ai bien peur ! En laissant du temps au temps, l’essoufflement et l’épuisement aidant, c’est le plus fort c’est à dire le système et son armée qui gagne au final .

  • sofiane
    14 décembre 2019 at 9:08 - Reply

    « L’Etat, ce n’est que la forme du « nous » dans la société ». Pierre Rosanvallon

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