يومية الجزائر
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30 March 2020

NOMINATIONS, JUSTICE, MÉDIAS: L’ANP SUR L’ÉLAN AGS FACE À UN TEBBOUNE FAIBLE

10 Janvier, 2020 5:37

Ihsane El Kadi
https://maghrebemergent.info/

Abdelmadjid Tebboune.

La disparition soudaine de Ahmed Gaïd Salah, pouvait laisser penser qu’une inflexion de l’ANP allait laisser au président désigné un espace pour exister politiquement face au Hirak. Il faudra déchanter.

Près d’un mois après « l’élection » du 12 décembre dernier, le 47e vendredi du Hirak populaire a dû se confronter, aujourd’hui, à une situation tendue à Alger et dans les villes de l’intérieur ressemblant à celle de la période de feu le chef d’Etat-major, Ahmed Gaïd Salah où tous les moyens étaient déployés pour réduire cette l’expression populaire, notamment dans la capitale. La police a utilisé la force brutale contre les premiers attroupements de manifestants en fin de matinée dans le quartier de Messonnier, et en haut de la rue Didouche, un des trois points de départ habituel des marches du vendredi.  

La police a chargé, frappé dans le tas, et procédé à des interpellations. Deux journalistes de Radio M. Post,  le site online de la webradio, Ghada Hamrouche, directrice de publication et Latifa Abada ont été retenues pendant plus d’une heure au 6e arrondissement non loin de place Audin, alors que leur identité de journaliste en couverture a été immédiatement établie lors de l’interpellation.

Les signes d’énervement se sont multipliés dans le camp  sécuritaire de ceux qui pensaient résoudre la crise politique en nommant un pensionnaire au palais d’El Mouradia, le 12 décembre dernier. Le dispositif pour empêcher l’accès à Alger le vendredi est toujours aussi hermétique sur l’ensemble des grands axes qui y conduisent de l’intérieur du pays.

Pour les citoyens qui échangeaient dans le différents forums spontanés sous une fine pluie cette après-midi au centre d’Alger, « rien, absolument rien n’a changé sous Tebboune dans le traitement du Hirak . Nous sommes toujours l’ennemi qu’il faut mater ».  « En ce moment nous avons les deux en un. C’est à la fois l’ambiance délétère du 4e mandat de Bouteflika et la tension sécuritaire, après sa chute, de l’intérim dirigé de fait  par Gaïd Salah », commente un des intervenants.

Le diagnostic est finalement simple. Pour les hirakistes, l’ANP continue sur la lancée d’avril-décembre 2019. Elle dirige tout. Ne renonce quasiment à aucune parcelle de pouvoir à sa nouvelle façade civile.

L’affaire Drareni symptôme d’époque

Trois indicateurs montrent le poids de l’omnipotence de l’armée dans la gouvernance politique du pays près d’un mois après la désignation d’un « président de la république » supposé rétablir un semblant de fonctionnement institutionnel.  Les nominations dans le gouvernement et les principales institutions de la république, le fonctionnement de l’appareil de la justice, et la gestion des médias. Ces trois volets de l’actualité brûlante de ces dernières semaines recèlent une grande faiblesse du point de vue politique de la présidence, conforme aux conditions de « l’élection » du 12 décembre dernier.

Dans un tel contexte, l’armée qui avait pris goût à nommer ( Zermati, panel, commission ect …) et décider (jusqu’à la date de la convocation du corps électoral),  ne s’est pas privée de continuer sur sa lancée. La part des 39 membres du gouvernement de Abdelaziz Djerrad, fruit d’une recommandation ou d’un parrainage de l’Etat-major, est la plus importante dans la répartition des postes influents. Les deux  « hirakistes » débauchés se sont avérés être traités dans la filière classique de l’ex DRS.

Les nominations à la tête des médias et régies publics (télévision, radio, APS, ANEP) ont révélé un mini bug, dans le réseau entre le civil et le militaire. L’affaire du journaliste Khaled Drareni est sans doute celle qui dénote le mieux le peu de cas que font les détenteurs du pouvoir réel des nouveaux arrivants dans la vitrine politique civil du système qu’ils encadrent.  Notre collègue a subi ce jeudi un quatrième séjour à la caserne Antar de la DCSI, service du contre espionnage de l’armée en charge direct de la surveillance et de la répression interne (activistes, médias, ect…).  Les menaces sont les mêmes qu’avant le 12 décembre 2019. Renoncer à faire son travail de journaliste, reporter de terrain, témoin du Hirak, au risque de se retrouver en prison.  

Khaled Drareni parle dans son post la nuit dernière après avoir recouvert la liberté de ses mouvements, d’un « dernier avertissement ». La démarche autoritaire, brutale, fait-elle suite à une plainte d’une quelconque partie incriminée par les publications du journaliste ? A-t-elle l’assentiment du cabinet de Abdelmadjid Tebboune  et de son ministre conseiller en charge de la communication ? Les sécuritaires tiennent toujours le pays et le font savoir aux « politiques » qui se prendraient au sérieux, en pensant être de vrais dirigeants. Plusieurs sources d’avocats ont corroboré d’Oran, de Constantine, et des différents tribunaux d’Alger le mécanisme par lequel des détenus politiques ont été élargis depuis le 02 janvier et d’autres pas. « Ce sont des officiers des services qui dans la plupart des cas ont communiqué les instructions aux juges. Même Zeghmati (ministre de la justice) a été court-circuité  sur la vague de libération ». La prédominance du militaire sur le politique fonctionne dans le deux sens.

Saïd Chengriha, point d’inflexion ?

Il est difficile d’imaginer, devant une telle situation, un président Tebboune prendre le leadership d’une véritable feuille de route de sortie de crise politique, par le dialogue avec le Hirak qu’il a pourtant appelé de ses vœux le 13 décembre et qu’il s’est abstenu d’évoquer depuis cette date.  

Abdelaziz Rahabi, qu’il a reçu quelques semaines après Ahmed Benbitour, lui a désigné,  tout comme l’ancien Premier ministre, le chemin du salut : « répondre aux revendications du Hirak ».  Tebboune n’a en réalité rien pu engager d’audible pour espérer changer le climat particulièrement tendu depuis juin 2019. Ni la libération de tous les détenus d’opinion, ni la levée de l’Etat de siège sur la capitale, ni la cessation des interpellations et intimidations, ni le rejet du recours à la violence, ni l’ouverture des champs médiatique et politique, ni le rétablissement des droits de réunions et d’associations. Tout indique de plus en plus, que le début de la carrière présidentielle de Abdelmadjid Tebboune est prisonnier de la vision autoritaire brutale du chef d’Etat-major disparu. Sans mise à jour possible. 

 Il y a de fortes raisons de penser qu’il en sera ainsi durant encore plusieurs semaines. Au moins tant que la haute hiérarchie de l’ANP nommée par Ahmed Gaïd Salah jugera qu’il est de son premier devoir de manifester sa fidélité à sa mémoire en rejetant toute ouverture politique, suggérée en pointillé par le nouveau pensionnaire, faible et isolé, du palais d’El Mouradia.

Le général Said Chengriha a été , lui, nommé à la tête des forces terrestres, par Abdelaziz Bouteflika, et à la tête de l’Etat-major par intérim, par Abdelmadjid Tebboune. S’il a une autre vision de la solution de la crise politique que celle léguée par son prédécesseur – et qui a échoué à stopper le mouvement au bout de bientôt une année – il est temps qu’elle s’exprime.  Des journalistes détenus dans des casernes, c’est bien la caricature même de ce que rejettent une majorité d’Algériens (c’était le cas le 1er novembre dernier) en scandant « Etat civil. Pas militaire ».


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2 Commentaires sur cet articles

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  • mokhnache
    11 janvier 2020 at 8:55 - Reply

    Le systeme va se decouvrir aux premieres decisions!
    les algeriens ne proviennent pas tous des “organisations de masses” et la majorité de l elite n a pas defilé avec le cadre ni de boutef ni du pere noel !
    des 40 MINISTRES il y a quelques cadres de haut niveaux qui ont enseigné et qui connaissent la methodologie de chaque profession et c est a partir du ton que la sociéte connaitra la musique!

  • Hamdane
    11 janvier 2020 at 3:26 - Reply

    1) – Les avocats dénoncent les nouvelles hausses d’impôts
    19% de TVA, 26% IRG, 2% de TAP, 15% CASNOS : total taxe : 62 %

    !!!!! CELA S’APPEL POUSSER LES AVOCATS VERS LA FRAUDE ET CORRUPTION !!!

    2) – Smail Lalmas : «» L’Algérie ne peut pas être gérée sans son peuple »

    »IL EST TEMPS DE PASSER DE LA DÉMOCRATIE SANS PEUPLE VERS LA DÉMOCRATIE AVEC LE PEUPLE.»

    https://www.youtube.com/watch?time_continue=170&v=IRIMounZ_6o&feature=emb_title

    ///Prions pour que Smail Lalmas ne sera pas lui aussi arrêté, comme ce fut le cas des autres nationalistes qui défendent les intérêts du peuple algérien tel Bouregaa, Tabou, Boumala, Belarbi…///

    ————————————————————————————

    LE PEUPLE DOIT SE FOCALISER SUR UN SEUL OBJECTIF …. LE SYSTÈME POLITIQUE….ET PAS NÉCESSAIREMENT LES HOMMES QUI LE DÉFENDENT TOUT EN PROFITANT.

    ISSUE DE SORTIE DE CRISE : ON PEUT TOLÉRER DE MAINTENIR POUR 12 MOIS TEBBOUNE PRÉSIDENT….MAIS QU’ON DÉMANTÈLE LE SYSTÈME POLITIQUE ACTUEL QUI A PERMIS À LA ISSABA DE DÉTRUIRE L’ALGÉRIE.

    DÉMANTÈLEMENT DU SYSTÈME POLITIQUE SIGNIFIE :
    ——————————————-

    0 – LIBÉRATION DE TOUS LES DÉTENUS POLITIQUES ET DU HIRAK

    1 – SUPPRESSION DE LA POLICE POLITIQUE & DRS

    2 – OUVERTURE DES MÉDIAS : TÉLÉVISION, JOURNAUX, RADIO : PUBLIC ET PRIVÉ : PAS DE DRS

    3 – OUVERTURE DES VOIX D’ACCÈS A LA CAPITALE LES VENDREDIS

    4 – PERMETTRE AUX ALGÉRIENS DE MANIFESTER PACIFIQUEMENT, DE S’ASSOCIER , CRÉATION DE SYNDICATS, PARTIE POLITIQUES, REGROUPEMENT CULTUREL…ECT..EN TOUTE LIBERTÉ ET EN RESPECT DES LOIS.

    5 – INDÉPENDANCE TOTALE DE LA JUSTICE

    6 – LA POLICE, GENDARMERIE DOIVENT RESPECTER LES LOIS ET DÉPENDANT DU MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR, LUI MÊME DÉPENDANT DU GOUVERNEMENT, LUI MÊME DÉPENDANT DU PRÉSIDENT, LUI MÊME DÉPENDANT DU PEUPLE ALGÉRIEN ET SEULEMENT LE PEUPLE ALGÉRIEN.

    7 – L’ARMÉE, LE HAUT COMMANDEMENT MILITAIRE AURONT POUR SEUL TACHE DE DÉFENDRE LE TERRITOIRE, SE PERFECTIONNER ET MODERNISER.

    8 – INTERDICTION FORMELLE DE TOUS MILITAIRES OU SERVICE DE SÉCURITÉ DE SE MÊLER DES AFFAIRES POLITIQUES, SYNDICALES….

    9 – RENVOYER TOUS LES MILITAIRES ET AUTRES FONCTIONNAIRES EN AGE DE RETRAITE , À LA RETRAITE.

    10 – PERMETTRE AUX ALGÉRIENS DE PARTICIPER LIBREMENT AUX DIFFÉRENTES ACTIVITÉS POLITIQUES ET DÉVELOPPEMENT DU PAYS DANS TOUS LES DOMAINES…

    ECT ET CE NE SONT QUE QUELQUES LIGNES DIRECTIVES, ÉVENTUELLEMENT À MODIFIER ET ENRICHIR…

    —————————————————————————-

    MARDI LE MORALE DES ALGÉRIENS EST À 80% HAUT , VENDREDI À 99 % HAUT….

    FAISANT QUE LE MORAL SOIT HAUT LES SAMEDI, DIMANCHE,LUNDI, MERCREDI ET JEUDI….TOUS LES JOURS DE SEMAINES….JUSQU’À LA CHUTE ET LE DÉMANTÈLEMENT DU SYSTÈME.

    LUNDI LA GRÉVE ET MARCHE DES ENSEIGNANTS ET FONCTIONNAIRES…ET DU PEUPLE

    MERCREDI GRÉVE ET MARCHE DES AVOCATS ET JUGES…ET DU PEUPLE

    JEUDI GRÉVE ET MARCHES DES MÉDECINS ET TOUS LES SERVICES DE SANTÉ…ET DU PEUPLE

    ————————————————————————————-

    – CEUX QUI S’ACCROCHENT AU SYSTÈME OBSOLÈTE , RESPONSABLE DE LA GANGRÈNE ISSABA QUI A DÉTRUIT L’ALGÉRIE ONT INTRONISÉ TEBBOUNE PRÉSIDENT MALGRÉ LUI, POUR PERPÉTUER LE SYSTÈME ET PROTÉGER LEUR INTÉRÊTS.

    – UNE INTRONISATION FAITE À COUP DE FORCE ET CONTRE NATURE ET INTÉRÊT DU PEUPLE ET DE L’ALGÉRIE

    —————————————————————————————
    EN POLITIQUE FAUT SAVOIR ÊTRE MALIN ET TACTICIEN…

    IL SERAI PLUS JUDICIEUX DE MAINTENIR TEBBOUNE PRÉSIDENT POUR 12 MOIS….TOUT EN ALLANT VERS LE DÉMANTÈLEMENT DU SYSTÈME POLITIQUE RESPONSABLES DU MALHEUR DES ALGÉRIENS….ET COMME GAGE DE RÉUSSITE IL FAUT MAINTENIR LE HIRAK CHAQUE VENDREDI ET MARDI.

    ET SE PRÉPARER POUR UNE ASSEMBLÉ CONSTITUANTE, OU ÉLECTIONS OU TOUS CE QUE DÉCIDERA LE PEUPLE….INCHALLAH

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