Peut-on aller vers un véritable changement avec des «élites» intellectuelles et politiques «affamées» (dji’ana) ?

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Salah-Eddine SIDHOUM.

Une interrogation provocatrice mais nécessaire au vu des tristes réalités que nous vivons.

Certes il existe quelques individualités politiques de valeur, des électrons libres, mais en aucun cas, on ne peut parler de classe politique à proprement dite. À cela, il existe des raisons objectives et historiques. Nos élites ont toujours brillé par leur trahison, du moins en grande partie. Regardons un peu ce qui s’est passé durant la guerre de libération : seule une minorité avait rejoint d’emblée le combat libérateur et beaucoup ont été tués par leurs propres frères – le malheureux Abane Ramdane en est un exemple frappant. Quant aux autres, ils avaient campé au carrefour des vents pour rejoindre tardivement Tunis ou les intrigants des frontières. C’est cette lâche « désertion » qui a permis à des bravaches et autres aventuriers de prendre en main la révolution, puis le pouvoir en 1962, avec les graves dérives que nous connaissons et dont le pays paie les conséquences aujourd’hui.

Après 1962, le pouvoir a su phagocyter très tôt la majeure partie de notre « élite », tant intellectuelle que politique. Cette dernière a bradé el mebda (le principe) pour la khobza. C’est ce que certains historiens ont appelé la « socialisation des élites ». Il faut avoir l’honnêteté de dire que l’Algérie n’est pas seulement malade de ses dirigeants corrompus et ignares, mais aussi et surtout de ses élites lâches !

Le constat est déplorable. Les valeurs et les idéaux qui avaient fait la force de notre Nation durant la nuit coloniale ont pratiquement disparu, laissant place à la kfaza (aptitude à magouiller), à l’opportunisme, à la médiocrité affligeante et au trabendo politico-intellectuel.

Le régime ne veut certes pas de classe politique réelle. Il a totalement perverti l’action politique en façonnant des partis et des pantins politiques de service (et contrôlés par les « services »). Et la servilité d’une certaine « élite » que nous qualifions « d’affamée » (dji’ana), l’a grandement aidé dans son « œuvre ». De véritables troubadours politiques qu’on agite à l’occasion des mascarades électorales et référendaires. Malek Bennabi disait à ce sujet : « La politique est une réflexion sur la manière de servir le peuple. La boulitique est une somme de hurlements et de gesticulations pour se servir du peuple. » C’est ce à quoi nous assistons depuis la supercherie démocratique de 1988.

Le verrouillage des champs politique et médiatique par le régime illégitime ne suffit pas à lui seul pour expliquer cette anesthésie générale dans laquelle baigne la société et ses supposées « élites ».

Le début de ce verrouillage remonte à l’indépendance et à la prise sanglante du pouvoir par les imposteurs d’Oujda et de Ghardimaou. Il ne date pas du coup d’État de janvier 1992. Il fait partie de la stratégie de gestion politique du pays pour empêcher toute velléité politique autonome de s’organiser et de s’exprimer. Cela est un fait indéniable. Il y a aussi ce laminage par la violence, l’intrigue et l’infiltration des très rares partis politiques représentatifs du début des années 90 et leur remplacement par des partis maison corvéables et malléables à merci.

Mais cela est de bonne guerre de la part du régime immoral dont on connaît la nature totalitaire et qui s’agrippe par tous les moyens au pouvoir. À quoi devons-nous nous attendre d’un système aussi délinquant ? Mais à nos yeux, la lâcheté de nos « élites » intellectuelles et politiques est en grande partie, responsable de cette anesthésie politique. C’est ce vide sidéral qui permet à ce pouvoir de se mouvoir avec une aisance déconcertante. En réalité, la force du régime réside en notre faiblesse criarde à nous entendre sur des principes démocratiques communs et à nous organiser. Et le dernier drame national l’a éloquemment montré. Nous avons été sidérés par le comportement de nombreux « intellectuels » et « politiques » devant la tragédie de notre peuple. Beaucoup se sont trompés de cible et certains…de société !

Nous citons souvent le cas de la résistance des intellectuels tchécoslovaques, avec à leur tête Vaclav Havel, qui avaient à affronter non seulement la redoutable police politique de leur pays, mais aussi la tristement célèbre machine répressive soviétique. Ces consciences libres et incorruptibles n’ont pas eu peur de faire de la prison et de perdre leurs privilèges sociaux pour défendre leurs idéaux et servir leur peuple. Ils ont été ces minces lueurs qui ont éclairé leur société plongée dans les ténèbres du totalitarisme communiste, qui se sont transformées en une lumière éblouissante au lendemain de la chute du mur de Berlin, pour la guider sur la voie de la « révolution de velours ». Nous entendons déjà des « intellectuels » nous dire : « Oui, mais la conjoncture internationale était différente ! » Tous les prétextes sont bons pour se débiner et se soustraire à la lutte politique !

Avons-nous une élite de cette trempe pour sortir la Nation algérienne des ténèbres de l’imposture politique ? Avons-nous une élite prête à se sacrifier pour son peuple et le rétablir dans ses droits usurpés un certain été 62 ?

La question reste posée…

Salah-Eddine SIDHOUM

4 Commentaires

  1. Certes le constat est déplorable. En réponse à votre dernière question Dr Sidhoum, je répondrais volontiers par un « Oui ». Cette élite existe et elle est entrains de se sacrifier si l’emprisonnement et harcèlement dont sont victimes des Boumala, Bourraoui, Benmohammed …entre autre; Je sais que vous vous adresser reste c’est-à-dire cette majorité silencieuse qu’on plaint pour leur immobilisme,
    Donc d’après mon humble avis, l’engagement et le sacrifice y sont, et c’est plutôt le problème de structuration qui refait surface comme c’est le cas pour le Hirak, il est temps de s’organiser et de se rassembler pour faire le poids. Notre élite mène le combat en rang dispersé.
    A mon humble avis la critique positive qu’on peut émettre envers notre élite engagé, c’est de creer des espaces federateurs et catalyseur qui feront émérger un nouveau sang et un nouveau souffle, afin de prendre la parole collectivement pour faire le poids et mettre en cavale la fausse élite ou armée de douctours et Brouffissours que le gang des généraux utilise a bon escient. Mais qui va le faire et comment s’y prendre pour y arriver

  2. Bonsoir : l’élite intellectuelles dites-vous! mais..où sont l’élite intellectuelles? pratiquement ont tous quittés le pays pour d’autres destinations, leurs offrant des centres de recherches scientifique et autres à l’instar de ce CRNS, l’algérie a beaucoup changé , les hommes très respectable de votre génération « 70-80″sont tous partis car sont surement arrivés a la même conclusion que moi, si sont restés en Algérie, ils sont Walis et chef de daira c’est le maximum que ce pays pourra leurs offrir, le peu qui sont encore en Algérie » ouled familia » se sont tous retirés de la vie « d’élite algérien » voilà donc le constat est alarmant, l’algérie a été achevé durant la période Bouteflika, ohhhhhh pour reprendre a zéro maintenant ça sera une autre génération qui n’existe pas malheureusement pour multiples raisons « délinquaence de la société algérienne, niveau universitaire très très bas etc… « qui sème le vent; récolte la tempête!

  3. Mokhnache

    Le theme est d une brulante actualité l avenement de bouteflika a eu le merite de nous devoiler au grand jour que nous n avons malheureusement ni une classe politique qui a de vraies convictions et qui veillent sur elle ni une elite en mesure de denoncer les forfaitures et les dictatures….
    Bouteflika , des sa prise du pouvoir a commencer a titurer la constitution pour fermer le jeu politique …il a utilisé les methodes les plus viles pour » corrompre » la repesentation populaire, n’ a t il pas « acheté » une partie du mandat que le peuple a delégue a ses representants contre une augmentation de leur traitements et privileges?
    N ‘a t il pas liquidé le conseil sur la monnaie et le credit et oté l autonomie de la banque d algerie pour mettre en veilleuses les rapports contre son amis khalifa? NI POLITICIENS NI INTELLECTUELS N ONT OSE S Y OPPOSER…..
    IL A MIS EN VEILLEUSES LE CNES SANS QUE PERSONNE NE BOUGE..
    OUI ON DOIT S INTERROGER ET DEBATTRE SUR LES CAUSES A L ORIGINE DE LA LACHETE voire de la trahison de nos elites et de la classe politique…a constantine lors d une affaire opposant un intellectuel condamné a mort a un general un juge avait repondu « el khobza »….
    il ne faut pas avoir peur ni de s embarrasser a affronter ce probleme et ale mettre a la table de tous les plateaux de tv et de toutes les tribunes pour remuer le sujet et analyser les causes completes a l origine de cette honteuses ‘pathologie » car le probleme est grave! SAID BOUTEFLIKA A PRIS LE PAYS EN OTAGE DURANT 7ANS DE 2013 A 2019 ET PESONNE N A OSE DEFENDRE LE PAYS OU SES INSTITUTIONS….ILS ONT LIVRE TOUTE LA NATION A UNE OLYGARCHIE SANS SCRUPULES …A UNE VERITABLE ASSOCIATION DE MALFAITEURS…
    BENYOUCEF MELLOUK NON PLUS N A TROUV2 PERSONNE NI PARMIS LA FAMILLE REVOLUTIONNAIRE NI PARMIS LES POLITICIENS OU L ELITE POUR LE DEFENDRE ET POURSUIVRE LES FRAUDEURS QUI ONT ABUSE DE LA MEMOIRE DES CHOUHADAS….
    L AFFAIRE EST IMPORTANTE ET MERITE D ETRE SERIEUSEMENT DEBATTUE!

  4. Compter sur une élite politique ou intellectuelle pour venir à bout de ce système, c’est se leurrer. L’Algérie a besoin d’un leader autour duquel la base populaire se reconnait. Une personne qui sait parler au peuple et qui sait démystifier le pouvoir en place. Un visionnaire qui sait répondre à l’expectative. Cette élite s’appelle Abane Ramdane, Ait Ahmed, Ben m’hidi, Colonel Lotfi, Mandela, Gandhi, Vaclav Havel et tant d’autres. Cette race d’élite n’existe plus. Ceux que nous avons aujourd’hui sont une élite de mangeoire.

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