Ravalement de façade par phagocytose ‘bouliticienne’

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Rachid Ziani-Cherif

Combien de fois n’avons-nous pas entendu ces cris qui interpellent, ces voix bienveillantes et tant soucieuses de l’avenir de la patrie, nous disserter au nom de la real politik, du pragmatisme et de l’abnégation, de cesse nous ‘conjurer’ de la nécessité de répondre favorablement et positivement aux invitations de la main tendue du Pouvoir, pour adhérer à ses entreprises nationalistes et salutaires, pour faire front commun, et sauver le pays des différents ennemis qui le guettent et du péril dévastateur de la main étrangère, tout cela pour un objectif ô combien noble : bâtir un état fort, de l’intérieur même du système (de ses rouages en place depuis 62) et d’accepter que le changement se fasse par petits pas, évitant toute velléité de jusque-boutisme, d’absolutisme, de dégagisme et de radicalisme.

Beau discours assurément, charitable et vertueux même, excepté qu’à force d’en user et abuser, il est devenu synonyme d’opportunisme endémique, avec les sombres résultats qu’on connait, et ses vils desseins qu’on connait encore plus. Cette entreprise est d’autant plus dévoyée, émanant de ‘personnalités’ dont on connait le parcours, le positionnement, le revirement incessant, et la consécration finale, tout ce parterre d’hyper-nationalistes qui ont enfourché ce cheval du changement de l’intérieur et se sont fait les portes étendard de cette realpolitik des petits pas, qui s’est toujours soldée par leur changement à eux et non du système qu’ils prétendaient vouloir changer ‘paisiblement’ par doses homéopathiques.

Il est fort intéressant de remarquer que ces voix se taisent un temps (quelques années), bien calfeutrées dans les salons douillets de la zone verte, puis tout à coup, ou plutôt en exécution aux sommations de ceux aux commandes, et à certains moments critiques, suite à certaines crises que rencontre l’establishment et mettent en danger la cohésion et la pérennité de la nomenklatura, reprennent du service, se remettent « aux fourneaux » dans leur fonction de « médiateurs de bon offices » pour nous ressasser la même rengaine, à l’image de leurs appel dans le cadre de la loi dite Rahma, ou celle de la réconciliation ou encore la concorde civile, et dernièrement, au lendemain de l’élan civique et pacifique du 22 février 2019, pour vendre au peuple à nouveau, le devoir salvateur de rentrer chez lui et de «participer» de manière réaliste à l’édification d’une «Algérie nouvelle», cette Algérie qu’on voit au jour le jour se construire derrière les murs des prisons, broyant des centaines de familles, et des campagnes d’intimidations, n’épargnant ni femmes ni vieillards ni enfants, usant de ces mêmes éléments bourreaux, reconduits dans leurs sales besognes, ceux-là mêmes qui ont plongé le pays dans cette situation délétère, avec un Peuple Otage d’une mafia au Pouvoir.

Quant au changement tant claironné et promis par ces bonnes âmes charitables, force est de reconnaître, qu’après s’être longtemps agglutinés au portes de ce système, ces voix ont toutes été ‘phagocytées’ sans que ce dernier n’ai changé d’un iota. Mais avant de poursuivre, il est nécessaire d’expliquer le phénomène de la phagocytose, puisque c’est de cela qu’il s’agit.

«La phagocytose, en biologie, est le processus cellulaire par lequel certaines cellules peuvent ingérer des particules étrangères solides d’échelle micrométrique ». Ces cellules (appelées phagocytes) qui ont cette aptitude de phagocytose opèrent selon 4 étapes :

1 – L’Adhésion. 2 – L’Ingestion. 3 – La Digestion. 4 – Le Rejet des déchets.

Le système en place agit exactement en tant que cellule phagocytaire (phagocyte), émulant au détail près, ces cellules dans son entreprise de fixation des partis, personnalités, associations, etc… (ce qui correspond à la phase dite d’adhésion); puis leur enrôlement (ingestion), liquéfaction (digestion) et enfin d’excrétion (rejet des déchets) de tous les éléments qui lui sont extérieurs et qui s’y frottent à son protoplasme (système de gestion), pour les neutraliser, soit en les dénaturant, mettant fin à leur hypothétique danger et crédibilité, soit en les englobant/broyant dans son appareil, sans que ce système ne fasse la moindre concession quant à sa nature, ni à sa structure de base fondamentale.

Est-il nécessaire de rappeler à cet effet, que quiconque s’étant aventuré à s’introduire ( de bonne foi ou par opportunisme) dans ce système (tout au long de ses 60 ans de ‘gouvernance’ et particulièrement depuis Janvier 1992), n’ait pu échapper à ses 4 mécanismes phagocytaires, pour ne devenir en fin de compte qu’un vulgaire élément en dérive, certains poussant parfois le ridicule jusqu’à la surenchère, dans leurs louanges du Système qu’ils étaient sensés et prétendus changer, à l’image des ‘ultra’ du RCD (Said Saadi, Khalida Toumi, Amara Benyounes, passés d’une opposition farouche au système ‘totalitaire ‘ à de fervents ministres au cabinet de ce même système), ou les adeptes du parti ‘l’Islam est la solution’ *, incarnés par l’invétéré Bouguerra Soltani ou bien « l’homme d’état » ** proclamé par le Ministre de l’auto route Est Ouest, Amar Ghoul, ou encore cette trotskiste qui au lieu de changer ce système qu’elle n’a de cesse accusé de toutes les dérives, s’est convertie paisiblement et fermement en une fervente et virulente porte-parole et soutien indéfectible du sinistre DRS et de son chef, sans oublier ceux qui prétendaient œuvrer à bâtir Etat islamique, l’un reconnaissant même avoir tué de leur propres mains des jeunes du Service nationale et qui, se sont transformés par un Deux ex machina en personnalités politiques accueillies avec les honneurs par des chefs de gouvernements, pour ne citer que ces quelques exemples phagocytés par ce système qu’ils prétendaient combattre et reformer, sans oublier bien sur cette ribambelle de politiciens, journalistes, écrivains, analystes, qui une fois gobés par ce système phagocytaire sont devenu ses outils de propagandes les plus zélés. Il serait toutefois injuste de ne pas mentionner les quelques cas (il en existe heureusement, même s’ils sont rares) qui après s’être rendu compte de l’impossibilité de changer l’inchangeable, ont refusé d’y faire part, s’exposant ainsi à l’ire foudroyant du système et leur exclusion, la plupart d’une manière violente, soit par diffamation avant leur incarcération pour ‘crimes’ présumés, soit lynchés médiatiquement, les offrant à la vindicte populaire, ou bien par règlement de compte ‘et d’épuration’, quand il s’agit des hommes de ce même système, des ‘fauteurs de troubles’ qui se rendant compte de l’impossibilité de réformer le système lui ont claqué la porte, défiant sa mainmise, à l’image du fameux coup d’état scientifique fomenté pat le triste et sinistre Hajjar, contre feu Abdelhamid Mehri.

Est-il nécessaire de rappeler également que ces âmes charitables, maintenant confortablement installés (phagocytés à proprement parler) par le protoplasme du système de cette Algérie renouvelée dans sa constance, tant sur le plan des réflexes que des mécanismes, ceux qui avaient répondu aux appels de bâtissage et de front contre les perpétuels ennemis aux aguets, sont tous devenus sans exception, partie intégrale du système qu’ils ont rejoint pour changer, que si changement il y a eu, c’est bien le leur, dans leurs objectifs, leurs parcours, leurs évaluation de la situation, leurs priorités, bref changé en tout, en sus d’un changement conséquent dans leur statut social et financier, un changement loin d’être ‘négligeable’.

Est-il nécessaire aussi de rappeler à ces ‘pragmatiques’ qui refusent ce qu’ils appellent « la politique de la chaise vide », que ‘la participation’ aux yeux du Pouvoir, signifie le gavage à son ‘buffet’ exclusivement, et que le couloir de manœuvre qui leur est consenti, se résume au quota attribué aux ‘participants’ dans les différentes assemblées et autres postes pourvoyeurs de prébendes, en sus des avantages juteux tels que le passeport diplomatique et d’allocation en devises, et que mis à part cela, il est interdit, au risque fatal, à quiconque de remettre en question la nature du pouvoir et de ses mécanismes, en un mot toutes les prérogatives régaliennes restent la chasse gardée des gardiens du temple, ceux qui font et défont les vitrines politiques de la république démocratique et populaire, ceux à qui revient le DROIT sans partage de prendre les décisions et les seuls à même de maintenir en place les organes fondateurs du système.

Voyons de plus près ce que veut dire débat, main tendue, et travail ensemble, dans le lexique du Système: libre à chacun de créer des partis, des organisations, des associations, sans limite, et sous quelque bannière que ce soit, de l’extrême gauche à l’extrême droite, laïque ou islamique, communiste ou libérale (Bouteflika ne s’est-il pas vanté un jour de rassembler dans son gouvernement, la chechia de Nahnah et la minijupe de Khalida!), tout cela n’a aucune importance ni de conséquences, tant que ces acteurs sachent faire preuve de « réalisme, pragmatisme et objectivité», comprendre ne pas toucher aux fondements du système, et qu’il ne faut absolument pas remettre en question, ou de mette sur la table du débat la question de la mainmise de la police militaire, son OPA sur tous les champs d’actions majeures; il n’est pas question également de contrôle politique civil à travers les élus des chambres parlementaires, du fonctionnement, du financement et des ‘marchés’ des institutions militaires et du renseignement. Il faut que tous les participants dans les rouages du Système s’imprègnent profondément du sacro-saint contrôle total et exclusif par cette police militaire, et de la règle non écrite qi stipule que ‘l’opposition’ doit se constituer, activer et « s’opposer », sous le haut patronage et directives de la police militaire. Cette règle en encre invisible est connue, acceptée, voire âprement défendue par les éléments et partis répondant aux appels de ce système et faisant partie de ses assemblées, et tous ceux qui ont la malheureuse idée d’essayer de s’en affranchir, se voient appliquer la sentence implacable, qu’on connait.

A ces gens-là, je leur rappelle enfin que ceux qui ont refusé cette participation qu’ils considèrent pure compromission, et une trahison contre la volonté du peuple, que ces ‘refuseniks’ ne sont ni utopistes, ni jusque-boutistes, ni extrémistes, et encore moins ennemis de la nation ou de son ANP, il suffit pour cela, de faire un bref flash-back, et se rendre compte de toutes leurs propositions, initiatives, chartes présentées, tout au long de ces années de feu et de sang et à ce jour, allant des appels à l’arrêt de l’effusion de sang et bâtir une Algérie pour tous et par tous, telles que prônées dès 1992, au lendemain du coup d’état, émis par d’authentiques patriotes de la trempe de Ben khedda, Bouregaa, Ait Ahmed, Ali Yahia et bien d’autres, suivis de la plateforme de Rome en 95, pour une solution politique sans exclusion, jusqu’aux dizaines d’initiatives aux lendemain du 22 février du Hirak, hélas toutes ces mains tendues, connues pour la sagesse et le réalisme sans reproche de leurs auteurs, sans naïveté cependant, ont reçu pour toute réponse un ‘niet’ dans le fond et la forme, pire encore, furent accusés de haute trahison et d’intelligence avec des forces étrangères!

En conclusion, au vu de l’aboutissement de ces phagocytoses successives, étalées sur prés e 60 ans de règne « démocratique et populaire », connues de tous, on est en droit de nous se poser la question simple mais o combien cruciale : dans ce processus phagocytaire « qui a changé qui?» !

الإسلام هم الحل*

أنا رجل دولة**

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