يومية الجزائر
Édition du
13 December 2019

Alger : Récit d’une nuit de défiance liquide

ALGÉRIE22/11/2019 12h:41 CET
https://www.huffpostmaghreb.com/

Malgré la répression, la rue algéroise amorce une intensification du mouvement populaire contre la présidentielle du 12 décembre.

Comme de l’eau insaisissable avec une poignée, des centaines de manifestants ont marché jeudi 21 novembre à Alger contre l’élection du 12 décembre, défiant les arrestations, la répression de la part d’un étouffant dispositif policier. Déterminés à imiter Sétif, Béjaïa, Jijel et d’autres villes où le mouvement populaire du 22 février a intensifié la contestation avec des rassemblements quotidiens, les Algérois se sont déversés dans la soirée, dans les ruelles comme entre les véhicules coincés dans les bouchons sur la rue Didouche Mourad.

Pas que jeudi soir mais depuis son début, le mouvement est devenu comme l’eau. Son horizontalité, son pacifisme, son refus de confronter la police malgré la répression et les provocations. La contestation a changé de cours de nombreuses fois, elle a stagné parfois pour éroder patiemment les barrages du pouvoir avec son pacifisme. Et depuis mercredi, à l’approche de la présidentielle contestée, les manifestants tentent de submerger Alger chaque jour pour faire annuler le scrutin, leurs mouvements comparables à ceux d’un corps liquide.

18 heures. La nuit commence à tomber et la police boucle déjà le périmètre entre la place Maurice Audin et la Grande Poste. Après la manifestation réprimée la veille et l’interpellation de plus de 150 personnes, les autorités s’attendent à une nouvelle marche. D’autant plus que la soirée du jeudi est devenue depuis plus d’un mois le rendez-vous « Mehress » (mortier et pilon) : faire du bruit en solidarité avec les détenus d’opinion.

«Un policier en civil m’a arrêté hier. On m’a relâché du commissariat à 2 heures du matin», me raconte un jeune homme. « Il a l’air jeune alors il se la joue étudiant. Sac à dos et tout. Et là ils sont partout », ajoute-t-il en face du dispositif autour de la place Audin.

Il faut attendre 20 heures pour voir le premier rassemblement. La police occupe complètement la place Audin et interpelle plusieurs personnes. « Ils provoquent les passants pour les embarquer », me dit un collègue sur place. « J’étais à Bab El Oued tout à l’heure, c’est quadrillé », ajoute-t-il pour expliquer que les habitants du plus symbolique quartier populaire d’Alger ont été empêchés de venir manifester au centre.

Plus loin, un premier rassemblement commence à se former près de la Grande Poste. Le lourd dispositif policier près du monument pousse les manifestants à se tenir à distance. « Doula madaniya, machi aâskariya » (un État civil et non militaire ), entonnent-ils, le slogan ponctué de coups de « Mehress ».


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