يومية الجزائر
Édition du
13 December 2019

Faut-il avoir peur de l’image de Hachani?

Ghania Mouffok

Le FIS comme son nom l’indique était un front mais dans l’ensemble, il était en effet pour l’instauration d’une dawla islamiya et il ne s’en est jamais caché. Aussi le débat est mal posé, dire que Hachani était “un honnête homme” qui ne méritait pas son exécution après des années de prison car il refusait d’adhérer à un “accord ” entre l’armée et “les groupes armés islamistes” auquel il préférait un accord politique, ce n’est pas adhérer à son idéologie.

Ceux qui, à chaque fois, nous replacent dans un débat idéologique qui, en définitive, justifie l’annulation des élections, oublient que 3,5 millions d’algériens avaient voté pour le Fis, soit la majorité de l’électorat, et qu’ils ne s’agissait pas de s’en lamenter mais de trouver des solutions politiques autres que les solutions militaires que cette séquence horrible de notre histoire à imposé à tous les algériens, islamistes et non islamistes, entraînant des décennies d’une guerre intérieure destructrice qui a installé par la terreur la ‘Issaba que nous combattons aujourd’hui et qui, à moins d’être aveugle, n’aurait jamais pu se saisir de ce pays comme elle l’a fait sans la guerre civile et après la guerre civile.

Ceux qui aujourd’hui s’étonnent, s’indignent que Hachani soit considéré 20 ans plus tard, comme “un martyr” par une partie de l’opinion algérienne qui s’exprime dans les marches, vu les conditions de son exécution, se refusent en fait à reconnaître que le courant islamiste est un courant politique avec lequel il faudra faire parce que les idéologies ne se dissolvent pas dans la guerre mais par les armes de la politique.

Penser aujourd’hui l’alternative à ce “système” sans repenser ces 40 ans d’histoire comme une globalité tragique en découpant les séquences qui condamnent un seul courant, l’islamisme, sans questionner la responsabilité du système et de ceux qui ont soutenu sa solution militaire contre une solution politique qui s’était incarnée deux ans après l’annulation des élections par le Contrat de Rome qui, faut-il le rappeler, était soutenu par l’écrasante majorité de la classe politique qui existait encore et qui aujourd’hui est complètement défaite, nous aurait peut-être épargné ce que nous vivons aujourd’hui entre deuils impossibles, destruction de l’économie et destruction de toutes formes d’opposition.

C’est se préparer à s’installer dans la répétition sous des formes nouvelles au fratricide et s’interdire de réfléchir à ce que les mots liberté et démocratie veulent dire. La démocratie ne se découpe pas entre ceux qu’on aime et ceux que l’on déteste mais c’est l’art de vivre ensemble (en dépit des détestations, et elles sont nombreuses en Algérie), de préférence sans s’entretuer


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3 Commentaires sur cet articles

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  • mokhnache
    23 novembre 2019 at 3:36 - Reply

    Amar Mokhnache
    27 min ·
    Oui effectivement l islam est une composante naturelle de la configuration sociopolitique de l algerie le renier serait de la malhonneteté ou de l aveuglement cependant dans notre cas ce n est ni de l aveuglement ni de la malhonnete c est un acte pensé et deliberé !
    deux arguments explique le comportement du pouvoir algerien:
    -d une part il y a la france qui ne l a pas caché et qui declarait souvent dans les debats qu elle “refusait” de laisser emerger un pouvoir de talibans a ses portes et la de nombreuses raisons de croire a travers des enquetes et des debats que ce sont les services de securité francais qui ont soutenu materiellement et mediatiquement les services de securité algeriens pour engager des actions destinées a faire detester le mouvement islamique par la societe ca consistait surtout a tuer femmes et enfants les couts etaient enormes et la france a “du sacrifier” les 8 moines pour appuyer ses theses..
    -d autres parts il s agissait du REFUS ET DU rejet inconditionnel du transfert du pouvoir vers la societe ! si c etait le RCD qui a gagné les elections il subirait le meme sort et la nous avons vu avec quelle intensité de brutalité le DRS et les forces de securite ont reprimé les manifestations des jeunes du 5octobre 88…
    -HACHANI A fait les frais de la position des decideurs qui voyait en lui une alternative islamiste moderée qui pourrait compliquer la situation et leur faire perdre le pouvoir d autant qu’en prison il a passé des jours avec Boumarafi qui pourait lui avoir donné des eclaircissements sur le systeme sur son mode operatoir comment il a tue boudief dont le discours declarait frontalement les hostilites
    -Enfin il y a lieu de citer l assassinat de benhamouda qui a ose creer un parti le RND et s improviser comme leader en contrepoids au fln ! souvenons nous que le RND etait le part de l administration et qu il etait une veritable plateforme d acces a la decision supreme…
    Nous vivons actuellement les memes effets des memes causes qui menent le pays vers la ruine………..

  • teniz
    24 novembre 2019 at 8:14 - Reply

    L’ampleur du thème coranique et sa variété sont uniques. Selon la lettre même du Coran, « Rien n’est omis ». Il relate depuis « l’atome d’existence scellé au sein d’une pierre gisant au fond des mers » jusqu’à l’astre qui bondit « sur son orbite vers son but assigné ». Il scrute les moindres recoins du cœur humain, plonge dans l’âme du croyant et du mécréant un regard qui saisit les plus imperceptibles mouvements de cette âme. Il se tourne vers le passé lointain de l’humanité et vers son avenir pour lui enseigner les devoirs du présent.

    Il brosse un tableau saisissant du drame perpétuel des civilisations sur lequel il nous invite à nous pencher nous-mêmes pour nous « préserver de l’erreur ». Son enseignement moral est une conclusion d’un examen psychologique approfondi de la nature humaine dont il nous signale les faiblesses qu’il stigmatise, les vertus qu’il nous invite à admirer à travers la vie des prophètes, ces héros et ces martyrs de l’épopée céleste. Sur ces données, il encourage le repentir sincère du croyant par la promesse du pardon, base de la morale rémunératrice des religions révélées.

    Devant un tel gigantesque panorama, un philosophe comme Thomas Carlyle ne peut pas contenir son émotion et un cri d’admiration part du profond de son être : « C’est un écho, s’écrie-t-il en parlant du Coran, jailli du cœur même de la nature. » Dans ce cri du philosophe, il y a, plus que la sèche pensée de l’historien, quelque chose comme la confession spontanée d’une haute conscience humaine saisie de vertige devant la grandeur du phénomène coranique.
    La fameuse apostrophe du khalife Omar au gouverneur de l’Égypte illustre d’une façon frappante l’esprit nouveau. Le khalife rappelait à Amr Ibn El-Ass, son subordonné trop enclin à l’intérêt matériel, que l’Islam ne venait pas dans les pays pour collecter des impôts, mais pour éclairer les âmes. Malek Bennabi

  • rachida
    11 décembre 2019 at 7:29 - Reply

    Du 11 décembre 1960 au 11 décembre 2007 : D’un Peuple Révolutionnaire à un Peuple victime
    par AW • Publié décembre 13, 2009 • Mis à jour juin 5, 2018
    Du 11 décembre 1960 au 11 décembre 2007 : D’un Peuple Révolutionnaire à un Peuple victime
    Megdouda, 16 décembre 2008
    11 décembre 1960 : ce jour-là, nous déjeunons dans la petite cuisine familiale. Alloula, mon frère est présent . De son ton autoritaire, il demande :
    – « Il est midi ! Il y a une nervosité chez les gens, ces jours-ci : écoutons les informations, à la radio ! »
    Justement, la speakerine est sur le point de terminer son commentaire, en langue française : « Des manifestations se déroulent dans le quartier de Belcourt, depuis ce matin… Les forces de sécurité ont encerclé le quartier. »
    Nous écoutons dans un silence fiévreux. Elle termine par une phrase qui pousse mon frère à réagir : « Du moment que la casbah est calme, on peut considérer que l’ordre va aisément être rétabli. »
    Entendant ces mots « la casbah est calme», il s’emporte comme s’il venait d’être défié personnellement, :
    – « Et alors, la Casbah… la Casbah… Est-ce que nous ne sommes pas des hommes, nous ? »
    Nous nous tournons vers lui : il a raison. Il ajoute, donnant des ordres aux femmes, à notre mère, à nos sœurs :
    « Le grand drapeau que vous avez cousu, repassé, rangé et caché dans un tiroir, allez le chercher… C’est son jour ! »
    Le narrateur du roman « Disparition de la langue française » de Assia Djebbar se remémore un fragment d’une mémoire éclatée, la journée du 11 décembre 1960, telle qu’elle nous fut racontée par nos aînés.
    Le 11 décembre 60 est un symbole du peupla algérien, un peuple révolutionnaire comme le souligne une des figures emblématiques de la guerre de libération : « un seul héros, le peuple » a dit Abane Ramdane. Lors d’une journée commémorative Rédha Malek a déclaré que « Le passé révolutionnaire de l’Algérie est indissociable de la personnalité des Algériens ». Il a rappelé également que le 11 décembre 1960 fut « qualifié par un officier de l’état- major français de nouveau Dien Bien Phu psycholigique »
    Daniel Naudin, militant du parti communiste français qui a fait la guerre d’Algérie, juge qu’il faut « être capable de mettre dans les livres d’histoire la réalité, que ce soit en Algérie ou en France… La réalité, c’est qu’on a colonisé un pays pendant de longues années et que les dix dernières années d’avant l’Indépendance ont été terribles pour le peuple algérien ».
    Les manifestations du 11 décembre 1960 ont marqué le tournant décisif pour l’indépendance du pays et « De Gaulle n’est plus revenu en Algérie ».
    Le 11 décembre 2007 : c’est l’horreur : à 9h45 une bombe explose sur l’avenue du 11 décembre, « Une épaisse fumée noire s’élève dans le ciel. Quelques secondes plus tard, des cris de douleur brisent le silence macabre qui s’est abattu. Des hommes et des femmes ensanglantés courent dans tous les sens. Des véhicules sont projetés sur des dizaines de mètres. A l’intérieur, les conducteurs sont déchiquetés et certains calcinés. Le bus de transport des étudiants s’est transformé en un amas de ferraille au milieu duquel se trouvent trois corps réduits en bouillie. Des lambeaux de chair et du sang recouvrent la chaussée. Une moto coupée en deux, la partie supérieure du corps de son conducteur volatilisée…Des blessés graves sont enregistrés au collège Mackley, dont les vitres et les plafonds ont volé en éclats. L’anarchie s’empare des élèves et lycéens de tous les établissements scolaires se trouvant aux alentours. C’est d’ailleurs parmi eux que le plus grand nombre de blessés est enregistré. » rapporte une journaliste d’El Watan
    Dans le quotidien Le soir d’Algérie, nous lirons qu’ « Un second véhicule de transport d’étudiants a été également touché par l’explosion. Il y avait à son bord une dizaine d’étudiants…Des dizaines de corps des travailleurs jonchaient le sol…Des personnes mortes sur le coup sont encore à l’intérieur de leur véhicule. D’autres sont recouvertes d’un drap blanc, des couvertures, d’un drapeau algérien ».
    Le Figaro écrit « Depuis la guerre d’indépendance, c’est sans doute l’attentat le plus meurtrier qui a ensanglanté, hier, Alger. Il est presque 10 heures lorsqu’une voiture piégée explose à Ben Aknoun, sur les hauteurs de la ville. Un bus bondé d’étudiants qui passait à proximité est pulvérisé, faisant des dizaines de morts…Une vieille femme hurle sa douleur en se frappant la poitrine : «Pourquoi ? Pourquoi ?» Des débris de verre jonchent la chaussée maculée de sang. Des passants sous le choc, hagards, d’autres ensanglantés, courent dans tous les sens. »
    Nadjet est médecin. Elle a travaillé ce jour-là, elle est traumatisée par ce qu’elle a vécu « Des étudiants sont morts, les blessés étaient brûlés ; j’étais complètement paniquée, on a pas été préparés pour ces blessés… » et un non-dit est lâché «c’était des blessés de guerre ».
    15 minutes après une autre bombe a explosé sur les hauteurs d’Alger dans le quartier d’’Hydra visant le siège de l’O.N.U. : Comment un camion bourré d’explosifs a-t-il pu arriver à Hydra ? La rumeur qui courait ce jour-là prétendait que « le camion était parti de la ville de Tizi-Ouzou » . Et c’est Aqmi ou Baqmi qui a revendiqué l’attentat. C’est du pareil au même, puisque c’est la famille d’Al-Qaida . Par la suite, on a dit que le camion serait parti de Khraïcia. Peu importe d’où il est parti, il a pu circuler à Alger, suivre son itinéraire et nous savons très bien qu’il n’y a pas de feu pour réguler la circulation, ce sont généralement des policiers qui sont postés aux carrefours. Même le Ministre de l’intérieur M.Zerhouni est explicite en disant « Ce genre d’attentat est très simple à commettre. Même s’il y a moins d’attentats, j’ai toujours dit que nous n’étions pas à l’abri et qu’il fallait être vigilant.» A qui s’adressait-il aux victimes qui ne l’ont pas été et à leurs familles qui n’ont pas su les protéger ? Il ne démissionnera pas, ce sont encore des « civils qui sont tués » et M.Bouteflika n’a pas dit un mot car il avait tout dit après l’attentat qui le visait à Batna.
    L’O.N.U. a perdu 17 employés et lors de sa visite à Alger M.Ban-Kimoon a qualifié ces attentats de « crime contre l’humanité » ce qui est dérangeant pour la « concorde civile » de l’ « homme de paix » qui laisse un héritage aux générations à venir, celui du « silence des cimetières ».
    Comment expliquer ce crime commis contre un symbole du peuple algérien?
    Le porte-parole d’Aqmi ou de Baqmi dira que c’est pour « défendre la nation de l’Islam et humilier les croisés et leurs agents, les esclaves des États-Unis et les fils de France. » Non, toutes les victimes qui ont été tués sont les enfants d’une Algérie indépendante, sont les enfants de ceux qui avaient manifesté le 11 décembre 1960 pour vivre librement et qui se sont mis au service de l’humanité.
    L’horreur du 11 décembre 2007 a marqué encore une fois une page d’histoire du peuple algérien, un peuple humilié, méprisé, martyrisé ; un peuple que l’on veut asservir mais qui reste debout.
    Le 11 décembre 2007, ce qui s’est passé ce jour-là est « un carnage ! »
    « Choisir le 11 décembre, l’avenue du 11 décembre 1960, pour commettre ces attentats est une injure. C’est odieux », dit Djelloul, ancien combattant de la guerre d’Indépendance.
    Le 11 décembre 2007 est la négation du 11 décembre 1960 . Quelle est la signification qu’il faut donner à nos morts, quel concept inventer pour eux ? De la« tragédie nationale » à la « concorde civile » il y a l’«Impunité : le silence des cimetières ».
    Une pensée à la mémoire des victimes du 11 décembre 2007

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