يومية الجزائر
Édition du
22 January 2020

Honte à ces Algériens traîtres et pervers!

LE SOIR (BRUXELLES)

MIS EN LIGNE LE 4/12/2019 À 18:02 

BILLET d’humeur

PAR BAUDOUIN LOOS

Pour l’armée algérienne et son chef Gaïd Salah, tous les moyens sont bons pour pousser la population à voter à la présidentielle du 12 décembre, y compris les insultes les plus grossières.

Sale temps pour les régimes corrompus dans le monde arabe. D’Alger à Bagdad en passant par Beyrouth, ça bouge, ça grince, ça tangue. Ça révolutionne pacifiquement. Les régimes, eux, s’accrochent. Qui par la violence, qui par la perfidie.

Prenons le cas emblématique de l’Algérie. L’armée, qui se cachait depuis l’indépendance de 1962 derrière une façade civile, se trouve contrainte à assumer son vrai rôle. Son chef, le général Ahmed Gaïd Salah, n’est que vice-ministre de la Défense et, pourtant, son comportement montre qu’il a pris la tête de l’Etat depuis que les foules innombrables de ses concitoyens, mobilisées depuis le 22 février, ont congédié le président sortant Abdelaziz Bouteflika que l’armée voulait prolonger jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Or donc Gaïd Salah s’agace. Il dit vouloir préserver la stabilité du pays et de ses institutions. Depuis avril, il a déjà tenté par deux fois d’organiser une élection présidentielle. Echec en avril. Echec en juillet. Mais cette fois, pas de doute, l’armée aura «son» président le 12 décembre : l’élection aura lieu, cinq candidats tous labélisés «régime compatibles» se présentent. Il reste pourtant un gros «hic»: les Algériens, dans leur immense majorité, hurlent leur rejet de cette procédure électorale cousue de fil blanc destinée à élire, comme toujours, un civil-feuille de vigne du régime.

La campagne se passe mal. Les candidats recueillent au mieux une belle indifférence, au pire des sarcasmes sinon des insultes. C’est clair, les isoloirs resteront isolés. Alors, le régime convoque ses derniers artifices. Ce qui marche souvent bien en Algérie, c’est le recours au réflexe patriotique. Et son corollaire: la non-ingérence. Le Parlement européen, justement, vient d’adopter le 28 novembre une résolution qui s’inquiète pour les libertés en Algérie. C’est l’occasion rêvée: tous les volontaires mobilisables se sont ébroués pour dénoncer comme l’a dit Gaïd Salah lui-même «ces graves machinations qui se trament dans les laboratoires de la conspiration à l’étranger». Il a dit cela sans rire – d’ailleurs il ne rit jamais.

Le pompon? Le vainqueur absolu du prix du plus ridicule, du plus vulgaire et du plus fétide ? Il sera sans conteste décerné au ministre de l’Intérieur, Salah-Eddine Dahmoune, chargé par ses maîtres de lire ce 3 décembre une diatribe turpide devant la chambre haute du parlement: «Malheureusement, il subsiste une pensée colonialiste qui utilise certains Algériens. Ou plutôt des pseudo-Algériens, des traîtres, des mercenaires, des pervers, des homosexuels. Nous les connaissons.» Pour conclure: «Nous devons être unis et donner une leçon, le 12 décembre, pour démontrer l’unité du peuple algérien et protéger notre indépendance».

Les gens visés ne sont que quelques millions, tout au plus. D’ailleurs, à voir les réseaux sociaux indignés, un certain nombre de manifestants se sont sentis visés par ces grossièretés. Il y a donc gros à parier que la manœuvre de propagande entrera bientôt dans ce grand livre de la collection Pour les nuls intitulé L’art de se tirer une balle dans le pied.


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Un commentaire

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  • mokhnache
    5 décembre 2019 at 3:08 - Reply

    Le plus dur reste a faire ! le hirak est deja vainqueur mais sa victoire exige de la determination pour detruire a petit feu ce systeme qui a pris tout un pays en otage depuis 62 il faut “deconstruire” les assises qu il a construit depuis 62 …CE N EST PAS DU BETON ! ce sont des hommes et des femmes fragiles qui ne tiennent leurs forces que sous la couverture de l autorité …or l autorité ce sont ces algeriens ces hommes femmes qui sortent tous les vendredis et ce sont leurs enfants qui sont en charge de la justice et de la securité …il faut de la pedagogie envers eux et leur faire comprendre qu il n y a lieu d obeir qu a la loi et que s il y a incomprehension il faut s y remettre a allah qui a prescrit de proner le bien et la negation du mal ..le pouvoir ce n est pas l exclusion des autres ce n est pas non plus de l arrogance c est la faculte de tout responsable a se mettre au service de la societe!

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