يومية الجزائر
Édition du
26 January 2020

Cette “ogresse” (El Ghoula) dont le nom est la France

Blog Politique / 18 Décembre, 2019 8:39
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Nadjib Belhimer

“Concernant le président français, je ne lui répondrai pas”. Salve d’applaudissements et acclamations auxquelles des journalistes et les membres de la campagne Tebboune ont participé de concert. Un moment d’enthousiasme car le propos était une réponse à la déclaration de Macron disant qu’il a “pris note de l’annonce officielle que Monsieur Tebboune a remporté l’élection présidentielle algérienne dès le premier tour« . Et comme la salle s’était enflammée d’enthousiasme, Tebboune a poursuivi: “Il est libre de vendre la marchandise qu’il veut dans son pays, mais moi j’ai été élu par le peuple algérien et je ne reconnais que le peuple algérien”. Applaudissements et acclamations à nouveau. Il était clair que l’on essayait de vendre l’image d’un “ennemi de la France” pour répondre un besoin avant qu’elle ne s’évapore devant la réalité des faits.

Quand M.Tebboune était ministre de l’habitat, il a passé une grande partie de son temps à suivre le chantier de la réalisation de la Grande Mosquée d’Alger qui restera le symbole le plus présent de Bouteflika. Il a affirmé que la France était derrière la campagne contre le projet car une entreprise française a échoué à l’obtenir. Ceux qui se vantent ne rappellent pas trop sa déclaration: “nous prierons dans la Grande Mosquée même si les français n’aiment pas cela”. Et pour cause, ce propos est venu dans le cadre d’une campagne orchestrée en réponse au Premier ministre français Manuel Valls venu en visite en Algérie en avril 2016 où il avait rencontré un Bouteflika en très mauvais état. Valls avait publié une photo où Bouteflika apparaissait dans un état pitoyable. Cette publication a poussé des responsables algériens a faire de vives déclarations contre le Premier ministre français sans que personne ne sache jusqu’à quel point les relations entre les deux pays ont été affectées par l’incident.

La Grande Mosquée et la France

Personne n’a mentionné que le suivi de la réalisation de la mosquée a été retiré au bureau d’études allemand qui a supervisé l’étude du projet et confié à un bureau français. L’argument avancé était que les Allemands étaient trop stricts dans le contrôle du travail de l’entreprise chinoise et que cela retardait la livraison du projet pour que Bouteflika puisse l’inaugurer.

Oui, en Algérie, vous pouvez être contre la France et faire des affaires avec elle, vous pouvez la désigner comme l’ennemi tout en lui livrant les secrets de la santé du président du pays qui va se soigner dans ses hôpitaux militaires et civils; mieux vous pouvez la maudire et déclencher des campagnes médiatiques contre elle et ouvrir l’espace aérien de votre pays pour que ses avions de guerre aillent accomplir leurs missions dans des pays voisins.


Tout ce qui a été mentionné précédemment a été fait par Bouteflika, celui que les médias ont désormais le « courage » de décrire comme un agent de la France à qui il a remis le pays durant son règne. Nous ne savons pas comment un Etat peut changer ses alliances et mettre fin aux intérêts d’un Etat important en quelques mois. Personne ne nous donne des chiffres sur les pertes économiques présumées de la France depuis le départ de ce qu’ils nomment la « 3issaba » (la bande). Quand il s’agit de la France, la prose peut tout compenser! J’ai même lu la déclaration de quelqu’un, censé être un expert en économie, proclamant la fin de l’hégémonie française et le retour des Allemands, des Espagnols et des Italiens. Sans prendre la peine de donner le moindre chiffre, ni évoquer un secteur ou un projet! Il suffit de clamer que la France reçoit des gifles, qu’il y a le deuil à Paris et que Macron patauge.

Il est peut-être utile de rappeler de nombreuses situations de grand froid connues dans le passé dans les relations entre l’Algérie et la France. L’ère Bouteflika est sans doute la plus « riche » en événements de ce genre, dont sa fameuse déclaration, lors de sa première visite d’Etat en France en juillet 2000, en réponse à une question d’un journaliste français sur la possibilité pour les harkis de revenir en Algérie: « Les conditions pour des visites de harkis en Algérie ne sont pas encore venues. C’est exactement comme si on demandait à un Français de la Résistance de toucher la main d’un collabo du nazisme. »

Fiction et réalité

Le propos avait suscité une grande réprobation en France, l’Elysée exprimant une position officielle rejetant la comparaison avec l’armée nazie jugée insultante pour l’armée française. Les médias algériens se sont précipités pour glorifier la position de Bouteflika lequel a pourtant décidé, quelques mois plus tard, de participer, pour la première fois dans l’histoire de l’Algérie, au sommet de la francophonie.

Des années plus tard, Bouteflika utilisera l’histoire dans sa campagne destinée à vendre la charte de la réconciliation, en attaquant vivement la loi no 2005-158 du 23 février 2005 portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés. C’était en réalité un discours à consommation interne, l’Algérie officielle n’ayant rien fait, comparativement à l’action d’Aimé Césaire pour amender l’article 4 de ladite loi.

Le pouvoir algérien a toujours veillé à conserver le monopole du dossier de la mémoire qu’il a utilisé à des fins de gains en interne sans chercher en aucun cas à arracher un droit moral à l’égard de la France ou à renforcer la position de l’Algérie à son égard.

Lors de la visite en Algérie du président Nicholas Sarkozy en décembre 2007, le ministre des moudjahidines, Mohamed Chérif-Abbas a critiqué la France dans un entretien publié par El Khabar en faisant référence à l’origine juive du président français. Cela lui a valu d’être exclu de la délégation officielle et un communiqué au ton acerbe de la Présidence a rappelé que le président est le seul a exprimé la position de l’Etat sur les questions de politique étrangère.

Mohamed Chérif-Abbas, qui vit en France depuis qu’il a quitté ses fonctions, a sans doute compris que parler de la France à partir d’un poste officiel diffère totalement du fait de l’attaquer à partir de la tribune de l’organisation des Moudjahidine et que trop d’exaltation nuit et ne sert pas.

Le pouvoir en Algérie continue de croire que critiquer la France, clairement ou allusivement, suffit comme preuve de patriotisme et de courage. Mais l’ère de l’internet et de la circulation de l’information, les chiffres peuvent nous raconter des choses moins glorieuses et l’on peut découvrir que beaucoup de ce qui est considéré comme des réalisations ne sont que des balivernes destinées à donner à un régime qui a ruiné le pays un vernis nationaliste?

Traduit par la rédaction – Article original


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Un commentaire

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  • Mohamed ben Mohamed
    21 décembre 2019 at 9:58 - Reply

    Toujours encore le complexe d inferiorite colonial des certains algeriens. Prendre comme exemple la France dans le developpement economique, social et culturel de l Algerie actuelle n est pas une attitude rationnelle. La France a construit le pays a partir de 1789 et cela fait 225 ans, l’Algerie n’a commence qu en 1962….tout juste 57 ans…Les 225 ans du developpement de la France n ont pas ete facile. Le people francais a beaucoup souffert pour arriver a ce niveau de developpement. Certes que les algeriens peuvent copier certains modeles appliques a la France depuis 225 ans, mais elle ne peut pas s attendre a des miracles en Algerie. L esprit europeen de la France, sa mentalite , sa culture sont bien differents de ceux des Algeriens. A quand la mentalitie et la culture des algeriens vont s adapter a la modernite et aux sciences modernes…?

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