يومية الجزائر
Édition du
26 January 2020

Que nous réserve l’avenir?

Adel Herik

L’histoire de l’Algérie indépendante peut être résumée en deux séquences majeures. La première va de juillet 1962 à décembre 1991. Elle a vu les colonels de l’ANP prendre les commandes du pouvoir politique, sous la direction du colonel Boumédiène, puis, après son décès, Chadli Bendjedid, le moins “militaire” des colonels, entamer un “virage à droite” qui s’est terminé par les “soubresauts” d’octobre 88, l’ouverture démocratique de février 89 et les victoires électorales du FIS en 90 et 91. La seconde va de janvier 1992 à février 2019. Elle commence avec la démission de Chadli sous la pression du haut-commandement de l’ANP et l’arrêt du processus électoral, se poursuit avec sept années d’horreur et de sang, puis une fois le FIS définitivement vaincu, se déroule “tranquillement” pendant les quinze premières années du règne du Président intronisé en 99 par les généraux vainqueurs, l’argent du pétrole coulant à flot et les barons du régime et sa clientèle ramassant les milliards à la pelle, dans une démocratie-Potemkine taillée sur mesure. L’AVC de Bouteflika a tout remis en question et son 4ème mandat fut le mandat de l’humiliation du peuple algérien et aussi celui des déchirements au sommet.

Où en sommes-nous aujourd’hui? Depuis février 2019, le Hirak, telle une horloge qui, imperturbablement, sonne deux fois par semaine, donne la migraine aux “décideurs” et empêche les privilégiés du régime de faire la sieste. Gaid Salah a fait le ménage et est devenu le seul homme fort du pouvour – Bouteflika viré, son petit frère en prison en compagnie d’une brochette d’anciens hauts dignitaires civils et militaires, un nouveau Président “élu” – puis s’en est allé rejoindre son Créateur.

Que nous réserve l’avenir? Et quelle lecture pouvons-nous faire des revendications du Hirak? Il est encore trop tôt pour se prononcer définitivement sur les intentions des nouveaux décideurs civils et militaires – reconduire le système après quelques ravalements de façade ou opérer une rupture graduelle. Une chose est certaine, cependant: le Hirak a balayé tout le décor en carton-pâte qui servait de vitrine démocratique au régime. Rien ne sera plus comme avant et tous les faits et gestes du nouvel exécutif seront examinés à la loupe par une opinion publique qui ne veut plus s’en laisser compter.

Mais l’élément capital qui est passé sous silence pour le moment est celui-ci: Gaid Salah aurait pu devenir le héros de l’écrasante majorité des Algériens et pas seulement d’une partie d’entre eux s’il avait eu le courage d’aller jusqu’au bout et de reconnaître publiquement que l’arrêt du processus électoral de janvier 92 a été une grave erreur dont le haut-commandement de l’ANP porte une grande part de responsabilité et que tout ce qui a été mis en place entre 1992 et 2019 dans le domaine politique et économique doit être défait. C’est là, me semble-t-il, le sens réel des deux slogans du Hirak “yetnahaw ga3” et “les généraux à la poubelle…”. Quelque soient les raisons qui ont poussé, en 92, une partie de la population à soutenir activement la décision du haut-commandement militaire ou à accepter le fait accompli, faute de mieux, il nous est demandé à tous aujourd’hui de reconnaître que toute la deuxième séquence de notre histoire récente (1992-2019) a été un fiasco dans tous les domaines et que nous ne pourrons rien bâtir de solide dessus.

Je ne suis pas “islamiste”, mais en tant que partisan de la démocratie pluraliste véritable et de l’État de droit, je suis aujourd’hui convaincu que nous n’avons pas le droit de léguer à nos enfants et petits-enfants (les moins de 30 ans) un pays miné par la haine et le mensonge. Les dirigeants du FIS avaient certainement commis de graves erreurs, mais nul ne pourra effacer le fait que leur parti avait été agréé par les autorités, qu’il était légal et qu’il avait remporté la majorité dans des élections organisées et supervisées par ces mêmes autorités. Empêcher ce parti de diriger le pays fut un acte de violence contre tous ses électeurs et une grande injustice. Cette injustice doit être aujourd’hui réparée si on veut vraiment que le pays sorte définitivement de l’ère du mensonge, du mépris et de la hogra. La citoyenneté moderne ne peut pas avoir pour fondement une injustice.


Nombre de lectures : 5693
9 Commentaires sur cet articles

Laisser un commentaire

*

*

  • Abdelhamid Charif
    2 janvier 2020 at 12:43 - Reply

    Bravo pour ce bon sens et cette simplicité, et leurs corollaires que sont le courage, l’objectivité, la perspicacité, qui ne sont accessibles, hélas, qu’à l’excellence

  • mokhnache
    2 janvier 2020 at 3:34 - Reply

    l’avenir ne peut etre que celui que nous allons projeter ! il ne dependera que de nous !
    “et nous avons noué sur leurs coeurs lorsqu ils se sont leves et ont declare notre dieux et allah nous ne venereront pas d autres que lui”!
    donc la societe c est a dire le hirak s est mise debout et ont dit yetnahaou gaa ! un projet, un projet qui ne peut se realiser que sous la pression reguliere et permanente de la societe aussi bien dans son etat actuel que dans le cadre d une organisation representative future!
    la societe sait desormais :
    que sans contrepouvoir c est l impunité qui emerge et qui reproduira le pire car le pire n est jamais atteind et bouteflika son clan et ses soutiens nous l ont confirmé !
    Tebboune est la ! bien elu ou mal elu le probleme n est pas la ! le probleme c est comment nous remettre au travail et comment donner au travail son sens universel dans son etudes dans sa conception et dans sa realiation …autrment dit comment integrer l ‘ortodoxie universelle du travail et comment faire en sorte que l algerien ne puisse pas casquer des milliards pour devenir un bourgeois et avoir des privileges et par la suite il verra! comment faire pour que l evaluation des politiques leurs controle et leurs comparaisons avec ce qui se passe ailleurs soient une norme et non un reve pieux! comment se debarasser de l impunité a tous les niveaux car en fait c est ca le malheur du pays

  • Betache
    2 janvier 2020 at 4:58 - Reply

    A l’attention de ceux qui répugnent à voir le hirak s’auto organiser

    Juste un ultime mot, et je me tais ! Je dis à ceux qui pensent que le mouvement révolution citoyen et donc le hirak n’a pas “vocation à se structurer” ou “à élire,désigner des délégués” ou « à rendre lisible ses revendications, se donner des perspectives » et qui pensent qu’il ne doit le faire qu’une fois que le pouvoir sera à genoux, je leur réponds froidement que le hirak n’a pas non plus vocation à avoir une position “d’avant” c’est à dire avant que le pouvoir ne soit dégagé et une autre position “d’après” c’est à dire une fois le pouvoir sera mis hors d’état de nuire !

    Je dis à leur intention, le hirak a et aura la même position intangible, et que ce sera la même dans le temps quelque soit “X” et il l’a répété lui-même dans ces marches depuis bientôt 11 mois. Et donc autant qu’il commence dès à présent à s’auto-organiser (et c’est urgent) et à commencer à cogiter, raisonner, réfléchir sur la meilleur manière d’imposer la transition démocratique et dans tous ses aspects et à commencer par les textes de base que sont la Constitution, la loi électorale et la loi sur les partis politiques !

    On ne peut pas penser à une refondation de l’Etat, à une manière de mettre en oeuvre le processus de transition démocratique (qui demandera nécessairement du temps) sans modification des ces textes de base fondamentaux !

    Maintenant si c’est la majorité qui pensent qu’il faut laisser le hirak faire le job par les marches seulement et ne pas s’auto organiser, qu’ils ne viennent pas nous pleurer demain si le pouvoir va arriver à imposer sa Constitution et sa manière de conduire la transition ! Nous, les partisans de l’auto organisation, notre devoir est d’expliquer pourquoi on opte pour cette position , et après advienne que pourra ! Si ils acceptent que le pouvoir aura le dernier mot, qu’ils ne viennent pas alors nous pleurnicher de voir les extrémistes de tout bord reprendre du poil de la bête, se renforcer et dans ce cas , ceux-là auront toutes les raisons de le faire face à l’obstination du pouvoir.

    • Nacer
      3 janvier 2020 at 10:21 - Reply

      Cher compatriote, j’avais la même position que la votre il y’a de cela quelques mois; ma position a évolué depuis. Structurer le Hirak peut être mortel, ne pas s’organiser n’est pas un choix mais une nécessité tant et aussi longtemps que le bunker incarné par la haute hiérarchie militaire refuse de négocier directement son départ de l’espace politique. Oui la montée en puissance de la révolution peut changer l’équation.

      • Betache
        7 janvier 2020 at 3:51 - Reply

        Monsieur @Nacer , je n’ai pas dit qu’il faut “structurer” le hirak , ce n’est pas le terme indiqué et je n’aime pas ce mot car “structurer” signifie lui donner une organisation du type PARTI POLITIQUE ce qu’il n’a jamais demandé! Pour moi et là j’en ai parlé rapidement, il s’agit d’auto-organiser le hirak, c’est à dire de faire en sorte que le hirak élise ses délégués, ses porte parole à partir de la société civile au niveau local, régional puis nationale (comité de quartier, syndicats d’enseignants,syndicats d’étudiants, syndicats libres des travailleurs,diverses associations et corporations non affidées ou complice du pouvoir, ligues des droits de l’homme etc.. ) les délégués nationaux se réunisent en conférence nationale (ou en congrès) pour élire à leur tour une “instance collégiale tournante” (de quelque membres) pour encadré le hirak, lui donner des perspective, mettre en forme ses revendications(qu’il exige depuis le 22 février) sous forme d’une plate forme consensuelle (feuille de route) qu’elle imposera au pouvoir lors de négociations (et non de dialogues) Il est impossible à des millions de personne qui compose ce hirak de se mettre à table en face du pouvoir et de parler en même temps ! C’est aussi simple que cela ! La théorie chère à certains intellectuels ou partis politiques douteux qui disent que le DRS et le pouvoir peut manipuler ces délégués c’est de la pure intox car si ces délégués trahissent les engagements moraux du hirak au cours des négociations, il va vite les mettre dehors!
        Les revendications du hirak sont clairs,et il le crie depuis le 22 février: Etat de droit, Etat civil, séparation des pouvoirs,justice indépendante, justice sociale, respect des libertés individuelles et collectives, respect des minorités, consécration de la vraie identité NATIONALE ALGÉRIENNE qui repose sur l’arabité et la berbérité (ou l’amazighité) sans hiérarchie entre l’une sur l’autre. C’est clair, non ??? cela arrange en principe tout le monde : le peuple, les citoyens, les partis politique et même le pouvoir s’il devient raisonnable et responsable.

  • Moussa Rif
    3 janvier 2020 at 6:57 - Reply

    La guerre entre l’Iran et l’Irak a fait 500 000 morts des deux côtés pendants huit ans.
    La guerre menée par les dafistes contre le peuple algérien pendant 08 ans a fait plus de 250 000 morts.A vous de faire le décompte macabre des assassins qui ont ruiné ce jeune Etat!Le peuple est vacciné et ne veut plus jamais de ces manœuvres,ficelles et autres combines d’un système honni.
    La construction solide d’un Etat de droit ne peut pas se faire selon un jeu de carte rey-rey.

  • zinou
    4 janvier 2020 at 10:02 - Reply

    salut nacer! la liberté serait de faire abdiquer le système autoritaire. à quand le tour des autres détenus? nous les voulons tous.

  • fakou
    14 janvier 2020 at 6:48 - Reply

    La bombe est amorcée depuis des années en toute transparence. Tout le monde sait qu’il y aura une crise inextricable dans 2 ans avec la disparition des réserves en devises.
    Le compte à rebours fait tic-tac. Mais TOUT le monde préfère ignorer cette bombe.
    Teboune nous rassure: il sait où trouver l’argent. Pas de mandat d’arrêt international pour Chakib Khelil qui aurait permis de récupérer du fric.
    La solution passe par un assainissement politique. Mais elle est avant tout économique.
    IL FAUT FAIRE FACE A LA VERITE…pour essayer d’éviter le chaos

    Le hirak , c’est la réponse à ce tic-tac programmé et à l’étouffement de la vérité (par les médias sans exception). On ne prendra pas le peuple algérien par surprise.
    Il continuera à dire (à tous ceux qui complotent depuis 30ans pour programmer une guerre civile justifiant l’invasion militaire etrangere et la vente des actifs au dinar symbolique) : FAKOU on sera là jusqu’au bout.

  • mokhnache
    17 janvier 2020 at 7:41 - Reply

    Que nous reserve l’avenir?
    C’est la reponse que toute la sosiete attend!
    Tous les observateurs avisés savent que le probleme du pays demeure toujours politique! l’economie n’en est que l expression de la volonté de liberer les energies!
    etat sommaire des lieux:
    -la justice demeure toujours sous la tutelle du president de la republique et de la chancellerie elle depend que de son bon vouloir et son itineraire jusque la est tres expressif! que les specialistes sortent de leurs reserves et fassent des evaluations sans complaisance des grands proces qui ont fait l actualité economique et politique du pays et qu ils evaluent le cout de la passivité des institutions face a la predation!
    -Les institutions sont tres fragiles elles ne sont pas autonomes et tous leurs reflexes sont sous commandes , il n est possible ni d en evaluer leurs activités sans complaisance ni d en controler l evolution …
    -le secteur de l information coute tres cher et peut detruire les volontés les plus tenaces ca demeure toujours une arme redoutable entre les mains du pouvoir politique …
    -l information economique est absente ou erronée et ne permet pas de s improviser comme un vrai outil de la decision..
    -Le secteur de la formation professionnelle semble tourner pour lui meme malgres les moyens importants dont il dispose…on a l impression que c’est pensé deliberement autrement comment peut on concevoir que des micro-entreprises aux competences tres discutables viennet damner le pion aux IAP et faire “de la formation continue ” aux stes du groupe sonatrach! les metiers -supports technologies au developement industriel du pays sont rares ou incomplets …les applications informatique dans la production industrielle de leurs applications technologiques sont tres loins de la norme…
    -le secteur de la santé roule pour lui meme et ne constitue qu un gisement rentier…
    -la diplomatie est tres eloignée de l economie elle n edite aucun support justifiant sa presence…
    Dans un tel contexte comment peut ont demander a des nationaux ou a des multinationales qui ont une notorité de venir placer leurs argent alors que senateur local peut leur bloquer leur argent et qu ils n ont aucun regard sur l evolution des changes dans le cadre de leurs importations…
    Le marche algerien est qualifié et a juste titre comme le marché le plus desorganisé de la region par des institutions europeennes et une telle situation ne peut exister que lorsque les interets informels sont plus puissants que les interets officiels!
    l ‘avenir ne peut etre que celui que la societe exigera et militera pour l avoir…le pays est malheureusement otage d un systeme rentier qui ne veut rien lacher de ses privileges …meme les bourses d etudes de nos etudiants sont devenues une monnaie d echange pour recompenser ses baltaguis ..il ne cedera pas ….Bouteflika a eu le merite de nous devoila la face hideuse de son systeme dans toute sa nudité ..a la societe de tirer les conclusions necessaires….

  • Lire aussi