يومية الجزائر
Édition du
20 February 2020

Le Hirak ou la politique enfin libre.

Kitouni Hosni


Il est impossible de décrire dès maintenant quel rôle le Hirak va-t-il jouer dans la transformation de la société algérien et de son impact sur le régime politique. En tant que vécu, il est une expérience exceptionnelle , inimaginable il y a seulement une année . C’est sans doute, ce vécu, qu’il serait intéressant de restituer pour voir en quoi le Hirak est en train de travailler de l’intérieur la société a, mais aussi les individus les préparant à de grands changements.

1- Que des milliers d’Algériens, toutes générations confondues prennent possession de l’espace public chaque vendredi et mardi pour s’exprimer sur la chose politique est en soi une performance exceptionnelle. Pour la première fois dans l’histoire de notre pays et sans doute dans l’histoire moderne, nous assistons à des manifestations massives, répétitives qui interpellent le Pouvoir depuis la rue et lui dictent leur volonté. La durée de ces manifestations a favorisé dans le même mouvement l’existence de très nombreux modes d’expression, forums et lieux de débats publics, qui ont neutralisé la censure politique, contrecarré les nuisances des médias, supplée aux médiations traditionnelles.

2- Le Hirak s’ avère être une magnifique école de la démocratie où des jeunes font leurs armes et se préparent à investir le champ politique, syndical, associatif. De apprentis militants qui par leur nouveauté, leur radicalité, leur vitalité bousculent les vieillerie du passé, partis et syndicats et les forcent soit à s’adapter soit à disparaitre incapables qu’ils sont de prendre la mesure des exigences de changement.

3- Instruits par les expériences passées, par les échecs surtout, le jeunes viennent à la politique non pour se battre contre les vieux démons, non pour batailler avec les soldats de plomb de la vielle garde, mais pour résoudre des problèmes réelles , ceux de leur époque avec une vision renouvelée du monde. Bien sûr que cela n’est pas encore clair dans leurs têtes, qu’il leur manque sans doute, les concepts, les clés , les cadres théoriques pour se projeter en avant, mais l’essentiel est là : une volonté d’en découvre avec un monde qui se meurt dans les tourments de ses propres contradictions.

4- Quand ils brandissent les portraits des martyrs, l’emblème national, quand ils scandent jusqu’à la soif leur refus du régionalisme et appellent à l’unité nationale, quand ils marchent heureux dans la promiscuité d’une mixité assumée, quand ils réclament le droit pour l’autre d’exprimer sa différence, ses idées , ses croyances, ils laissent voir combien le Hirak a fait évoluer leur manière de vivre leur Algérianité. N’est-ce pas là un processus en acte de décolonisation des mentalités ; évolution complexe, confuse certes, mais combien réelle et prometteuse.

5- Le Hirak a créé la possibilité historique de franchir un cap, de passer d’une phase à l’autre dans l’ évolution de notre société. C’est une manière nouvelle de l’exercice politique dont les algériens ont trouvé la formule : se réunir en Djemaa, chaque vendredi pour exercer le droit de dire ce qu’ils veulent pour leur société et pour leur pays. C’est la raison pour laquelle sans doute, le Hirak est un moment heureux , joyeux, émouvant , convivial, pacifique : les gens ont pour une fois le sentiment d’exister comme être libres.

6- Voilà pourquoi quand Mr Tebboun dit le « Hirak béni » et que le même jour il tolère l’emprisonnement des Hirakiste, il montre combien il n’a rien compris au Hirak.


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