يومية الجزائر
Édition du
5 April 2020

Qui arrêtera le hirak?

Lahouari Addi

La mobilisation populaire a été aussi intacte ce vendredi 14 février que les premiers jours des manifestations. Par dizaines de milliers, les Algériens sont sortis dans les rues pour réclamer l’Etat de droit et l’indépendance de la justice. Ni la neutralisation du clan de Bouteflika, ni l’arrestation de ministres corrompus et d’hommes d’affaires délinquants n’ont mis fin à une colère profonde qui s’exprime pacifiquement et avec détermination depuis une année. Le vendredi prochain, ce sera le premier anniversaire de l’éruption de ce volcan populaire. Vendredi prochain, ce sont des millions d’Algériens qui seront dans les rues clamant leur désir de récupérer leur Etat confisqué par la branche militaire du pouvoir exécutif. Ces citoyens de tout âge, femmes et hommes, et apparemment d’opinions politiques différentes, crient des slogans chaque semaine qui révèlent une maturité d’un haut niveau.
Si on analyse tous les slogans, nous remarquerons qu’ils convergent vers une seule demande: la fin de la domination de la branche militaire du pouvoir exécutif sur l’Etat. Les Algériens veulent mettre fin au mécanisme par lequel le commandement militaire, sous un habillage constitutionnel à la djeha, désigne les dirigeants civils depuis l’indépendance. Ils ont compris que si des records de corruption ont été atteints, c’est parce que l’instance qui nomme aux hautes fonctions de l’Etat est au-dessus des lois. Depuis l’indépendance, l’Etat est réduit à un ,pouvoir administratif qui échappe au contrôle populaire et qui gère le pays à sa guise en refusant de reconnaître la citoyenneté à ceux qu’elle considère comme une foule d’administrés. Cette foule d’administrés s’est soulevée un 22 février 2019 à l’échelle nationale pour revendiquer d’abord le statut de citoyens et pour exiger que l’Etat soit reconstruit sur la base de la séparation des trois pouvoirs. Pour atteindre cet objectif, les Algériens demandent la dépolitisation du grade de général qui est un préalable à la professionnalisation de l’armée. On ne peut pas être général d’une armée moderne et Grand Electeur; on ne peut pas être général d’une armée professionnelle et membre d’un Comité Central virtuel. La demande de dépolitisation de la fonction militaire est le signe d’une demande d’Etat moderne exprimée par une population mûre politiquement. C’est le signe que la société a changé et demande que le champ politique se transforme pour tenir compte de son évolution.
Le hirak demande un changement dans les méthodes d’administration du pays, en restructurant le champ de l’Etat sur la base de la sanction électorale. Les Algériens savent que si les viles où ils habitent sont sales, c’est parce qu’ils n’élisent pas leurs maires; si les deniers publics sont gaspillés de façon outrageuse, c’est parce que les détenteurs de l’autorité publique ne leur rendent pas des comptes. Un président, un ministre est comptable devant les généraux et non devant l’électorat. Les dirigeants civils ont toujours cherché à plaire aux généraux et non à la population. C’est normal parce que leur désignation dépend des généraux et non de l’électorat. Ce mécanisme est générateur d’irresponsabilté, de corruption, et favorise l’ascension des plus obséquieux et des plus incompétents dans les rouages de l’administration de l’Etat. Les Algériens attendent que le commandement militaire prenne conscience de cette situation et accepte de se dépolitiser pour le bien du pays et pour la paix civile. Ce qui arrêtera le hirak, c’est une prise de conscience des généraux pour qu’ils se retirent du champ politique.


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3 Commentaires sur cet articles

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  • MOKHNACHE
    15 février 2020 at 10:58 - Reply

    LIBERER LE PAYS DE L EMPRISE DES HOMMES POUR LE CONFIER A DES INSTITUTIONS CREDIBLES C EST LE PLUS BEL OBJECTIF QUE LA SOCIETE PUISSE PROJETER !

    c est un projet moderniste , juste en mesure de retablir une confiance qui manque cruellement!
    c est aussi une sentinelle alerte qui entend a ce que l algerie ne se fasse pas sans elle!
    c est un concentre d experience qui a produit ” une histoire peu reluisante riche en terminologies de l echec comme la decennie noire , l ere du clan boutef …” bref un sombre tableau qui interpelle toutes les forces vives de la nation pour que de telles choses cesses et pour que le soleil puisse un jour se lever sur le pays et sur sa jeunesse !
    cette image d une jeunesse livree aux requins par la faute de barbouts qui ont pris en otage tout un pays et qui ont reduit les representants du peuple au role de serveuses de luxes doit disparaitre elle est trop avilisante pour que la vigilance puisse cesser…

  • mehdi
    15 février 2020 at 1:40 - Reply

    Ce qui est certain, on ne peut qu’être d’accord sur la façon de bien gérer notre pays.
    Mais à une condition qui est de chercher le bien du Peuple et de la Nation.
    Pour y arriver, seul un état de droit peut le garantir.
    Il n’est pas difficile de deviner ceux qui seraient contre un état de droit.
    Ils sont ceux qui n’ont jamais rien cherché que leurs sordides intérêts, au détriment des Algérien(ne)s et de l’Algérie.

  • MOKHNACHE
    15 février 2020 at 1:52 - Reply

    Ce que l on peut retenir et comme le dit si bien notre professeur c est que le Hirak confirme qu il se dresse comme une sentinelle contre toutes les derives “du pouvoir illegitime” il tient absolument a ce que nos institutions ne soient pas l otage des hommes “si proventiels soient ils”
    Depuis les annees 70 et la fameuse declaration de feu Boumedienne et son voeux de construire “des institutions qui survivront aux hommes” la societe sait desormais la portée de cette declaration qui constitue la PRINCIPALE MENACE DU SYSTEME QUI A PRIS LE PAYS EN OTAGE ET QUI NE TIENT ABSOLUMENT PAS A FAIRE SA MUTATION ET A SE DELAISSER DES NOMBREUX PRIVILEGES QUI DONNENT A SES MEMBRES UN STATUT HORS NORMES QUI FERA ENVIER BIEN DES ROYAUMES!
    CA DEVRAIT BIEN CHANGER UN JOUR OU L AUTRE ALORS POURQUOI PAS MAINTENANT et quels sont les sacrifices a consentir encore? Notre jeunesse a payer le prix le plus cher elle s est offert comme pature aux requins en fuyant une faune de requins plus dangereux encores qui a reussi a poluer le pays…notre elite aussi n a trouvé de planche de salut que l exil …n est il pas temps de s y opposer a cette absurde situation ou un grand pays comme le notre se trouve “bloquer” par des archaismes ” d une gerontocratie vicieuses et grincheuse!

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