Constitution, colonité et Hirak (2/2)

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Doustourouna – دستورنا

par Ghazi Hidouci

La dette, la crise et la pandémie

Le pays cherche à se reconstruire, mais est affaibli par sa place de subordination dans le système financier mondial, une subordination qui menace de transformer le choc d’aujourd’hui en crise prolongée. Le pays est au milieu d’une crise politique et de conséquences économiques extérieures désastreuses. Le pays est producteur de pétrole pour le marché mondial et a une insertion financière subordonnée dans le système financier mondial. La crise a réduit l’afflux de rentes foncières et provoqué une sortie de capitaux étrangers, aggravant les problèmes déjà existants, posant la nécessité de profonds changements structurels et la nécessité d’une approche politique, économique et sociale beaucoup plus profonde. Lorsque le pays vend son pétrole sur le marché mondial, les prix commerciaux entraînent un flux de rente foncière vers le pays.

Cette rente minière entre dans les poches des monopoles politiques une classe qui, du point de vue du processus de valorisation, n’est rien de plus qu’un parasite social. Autrement dit, il ne participe en aucune façon au processus de production tout en en extrayant une partie de la valeur créée. Différents mécanismes inefficaces permettent une redistribution directe (par la médiation de l’État-nation) ou indirecte de cette rente minière vers les gens, de façon discrétionnaire. Logiquement, un afflux important de rente minière donne une impulsion à la production, et à la demande de travail; ceci n’est pas possible parce qu’il n’y a pas de production de masse. L’impact le plus important aujourd’hui est la contraction de l’afflux de rente minière par la chute durable de prix ; le prix chute massivement.

La baisse des échanges entraînera une contraction significative de l’afflux de rente minière, et donc la capacité de l’Etat à s’approprier et à redistribuer qui devra se poursuivre dans les mois à venir.La position subordonnée sur les marchés financiers internationaux est le revers de la médaille de le commerce extérieur. Cette subordination s’exprime dans les difficultés pour acquérir des dollars ou des capitaux prêtables libellés dans cette monnaie pour s’engager dans le commerce mondial, sans parler du stockage de la valeur. À un moment donné, la nécessité d’acquérir des dollars dépasse leur capacité à les produire ou à les emprunter, ce qui conduit à la fuite des capitaux et à l’arrêt du financement extérieur, créant davantage de pénuries de dollars. Le pays connaîtra la plus forte baisse des flux d’investissement étranger direct. En conséquence, les taux de change qui a déjà subi une pression intense et perdu de la valeur de manière significative, continuera de se détériorer.

Étant donné que la surévaluation du taux de change est le principal mécanisme indirect d’appropriation de la rente minière, une dévaluation limitera davantage le montant qui pourrait être distribué aux capitaux industriels et aux travailleurs. Pour contenir la dépréciation de la monnaie, la banque centrale va vendre des dollars américains, ce qui entraîne une perte accélérée de réserves internationales. Cette perte de réserves affectera le pays de plusieurs manières. Le coût des emprunts va monter en flèche. Alors, la menace d’une crise de la balance des paiements devient plus pressante. Le gouvernement se berce de l’illusion de l’augmentation des prêts ou dons du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale au pays dans le besoin, et une certaine annulation des dettes dues, avant l’ émission des droits de tirage spéciaux (DTS) du FMI, alors qu’il faut au contraire une augmentation des contrôles des capitaux.

La réponse aux problèmes structurels du pays est dans la modification de la structure productive et la position financière du pays dans l’économie mondiale. Tant que les propositions de politique n’apporteront qu’un soulagement à court terme sans transformer radicalement la division internationale du travail et le système financier mondial, les problèmes persisteront. Plutôt que de s’appuyer sur de vieilles formules, ce moment oblige les citoyens à réfléchir de manière critique et audacieuse, en fournissant dans la consultation directe locale, des solutions radicales à des problèmes structurels.

Il a fallu la pandémie pour compliquer la gestion du régime. La situation révèle, accélère et approfondit toutes les failles de l’Etat aventureux. Nous sommes dans une dépression importante et la peur de la maladie ne peut la cacher encore longtemps. A la lumière du projet de budget, la relance apparaît étrange. Le gouvernement poursuit contre vents et marées la démagogie sur les miracles agricoles et les exportations et maintient les subventions de prédation qui vont augmenter le profit des spéculateurs, baisser le coût du travail et libérer les profits des cotisations sociales, des impôts et de la solidarité. En ces temps de crises, une imbécillité. Comment, avec cette situation, s’étonner du déficit « abyssal » de la Sécurité sociale. Les services publics, la santé, l’école… – restent les parents pauvres de ce budget.Le chômage explose. Les faillites notamment des petites et moyennes entreprises sont quasiment programmées. Le seuil de l’effondrement social menace.

Dans le même mouvement, les précaires, les travailleurs « au noir » se voient abandonner sans possibilité de se faire entendre, véritables invisibles de cette société qui a besoin de ces premiers de corvée. La pauvreté, la misère progressera car le gouvernement n’est pas capable de créer les emplois de demain et de relancer la production. Il fait preuve d’un aveuglement total sur le changement de réalité. La crise économique, doublée d’une crise financière et monétaire, a atteint des sommets et implique d’imaginer un nouveau monde. Le gouvernement reste bloqué sur l’ancien monde. Il veut une diminution des impôts, des subventions de l’État sans condition tout en n’augmentant pas le travail de ceux et celles qui en ont besoin pour vivre. Comme on ne sait plus à quel saint se vouer et que l’idéologie galonnée est silencieuse, il ne reste que la spéculation et les risques de krach financier par le seul fil possible, l’évolution de la pandémie. Il faut des préalables pour créer une autre économie ; la capacité politique de supprimer la police politique, les monopoles et la liberté judiciaire, soit la disparition dans son cœur du régime. La relance, supposerait d’abord d’augmenter les salaires.

L’économie de masse crée le choc de la demande ; elle est vitale pour donner un coup de fouet à une production endogène. La création d’emplois dans les services publics est l’autre nécessité. Sortir du marché féodal fait partie d’une véritable de relance reposant sur les intérêts du plus grand nombre. La santé, l’école notamment ont besoin d’investissement pour préparer l’emploi productif. Les mutations climatiques, la crise écologique qui exercent leurs effets de manière de plus en plus visibles conduisent à l’urgence de dépenses publiques importantes, planifiées, pour commencer à répondre à ces impératifs.

Le plan de relance du gouvernement montre qu’il est resté dans le passé désastreux : l’austérité, la hantise de l’augmentation de la dette publique. Reste la volonté non démentie de baisser le coût du travail pour augmenter les profits alors que la crise économique sévit. Une politique suicidaire qui ne permettra pas de sortir des crises. Les explosions sociales risquent de marquer de leur sceau les mois qui viennent…

Sécurité et souveraineté : il n’y a plus d’Etat populaire.

La sécurité et la souveraineté constituent dans cette situation sociale explosive une question politique citoyenne vitale ; L’Etat est devenu faible et dépendant. C’est inattendu et erroné de vouloir transférer les choix de politique étrangère à l’Etat Major de l’Armée, il n’y a plus d’Etat populaire ; mais un Etat de laboratoire central. Ceci est d’une extrême importance pour défendre le territoire national. La vie des citoyens et la sécurité du territoire national sont vitales ; or elles sont traitées dans le secret. C’est une flagrante contradiction contre la capacité de résistance populaire, la liberté des humains, l’égalité entre eux et leur droit à exprimer leurs convictions.La mobilisation citoyenne pour résister aux agressions externes est fantastique, responsable et concerne un changement de la politique intérieure du pays. La question relève de la nécessité étatique de construire une politique indépendante ; il ne suffit pas seulement d’acheter des armes et de les exposer.

Il en est de même pour la politique financière et monétaire internationale, ce sont des questions de politique nationale de citoyen.nes unis. C’est pourquoi nous devons partir du fait que le peuple doit être fort et indépendant, ou l’Etat ne sera rien du tout. C’est pourquoi le Hirak agit avec soin et prudence en exigeant la mobilisation des citoyen.nes.

Un an et demi après février 2019, après dix sept mois de gestion de révolte massive populaire du Hirak, la dynamique de la restauration du régime de l’Etat Major poursuit deux objectifs : mater le soulèvement populaire, compenser par la relance économique. L’Etat Major se met pour des raisons de crédibilité internationale derrière le rideau en affirmant sa « neutralité en gérant directement et tyranniquement la répression et en déléguant à un esclave civil la relance de l’économie : la répression est massive mais elle aboutit à la radicalisation contre la dictature militaire ; la gestion économique est un mythe inaccessible. Les enjeux d’une nouvelle constitution sont totalement effacés.

Depuis six décennies, un processus de financiarisation de l’économie adopté à Evian a été enclenché au niveau national notamment par la réglementation du crédit, la désintermédiation bancaire et le décloisonnement. Ce processus a provoqué une très grande instabilité du système financier et monétaire et est l’origine de toute une série de dévaluations, bancaires et de change. Ce mouvement de financiarisation a touché l’économie dans son ensemble et les entreprises, engendrant une reconfiguration complète du monde du travail et une régression sociale massive. Cette financiarisation n’a pas épargné l’État, la dette publique, devenus totalement dépendants de l’étranger.

Le résultat de ce lien est un véritable renversement : alors que la finance est supposée être un outil au service de l’économie, du travail, les entreprises et les États sont désormais dirigés en fonction des actionnaires, des marchés et des banques. Une telle situation ne peut manquer de poser des questions sur ses enjeux démocratiques. En effet, de plus en plus de voix dénoncent un accaparement de nos démocraties par le système financier, y compris de l’intérieur, et une gestion de la chose publique plus soucieuse de certains intérêts particuliers que de l’intérêt général, creusant ainsi des inégalités et alimentant un sentiment d’injustice mortifères.

Les différentes composantes du mouvement de masse comprennent que rien ne vient de l’Etat et qu’il faut inverser totalement la démarche politique du Hirak : l’Etat est mort et nul dialogue n’est nécessaire avec lui, c’est la séparation naturelle définitive entre le peuple et une promesse inaccessible de construction de l’Etat par le haut. La solution vient de la dynamique démocratique populaire qui définira les règles et reconstruira de bas en haut l’Etat, par des assemblées territoriales, la lutte sociale concrète du terrain, le mouvement démocratique local. Nous sommes dix huit ans après entrés dans une nouvelle intelligence politique.

La colonité

Dans cette intelligence politique, la question de décolonisation demeure centrale. Le lien colonial pouvoir national-logique impérialiste n’est pas rompu et agit totalement pour les intérêts impérialistes. Nous dénonçons toujours, soixante ans après, les conditions imposées du Code de l’indigénat : Tous les hommes et femmes ne naissent pas libres et égaux en droit, selon la constitution qu’on nous affiche. Cette égalité n’a jamais existé pour nous, citoyen.nes marginalisés. Toutes les vexations que la fantaisie des administrateurs et des polices politiques s’acharne à nous imposer, ces « méthodes de la colonisation » employées par les fonctionnaires de l’Etat, odieuses, dictés par l’Etat Major. La condition du citoyen qui vit en Europe, s’avère meilleure puisque celui-ci trouve assistance auprès des autres Algériens en arrivant et tombe dans une exploitation « moins sauvage » que celle qu’il subit dans son pays. Ils refusent une patrie marâtre et criminelle du servage intensif ; du vol, de la piraterie.

Les citoyen.nes soumis sont des enfants, de grands enfants qui ne peuvent vivre librement et simplement, s’approprier et enrichir leurs traditions. Ils naissaient et meurent dans les trompeuses complications des sociétés coloniales. Toute liberté politique est interdite, toute association vite dissoute. Il ne subsiste aucune possibilité de défense, sauf l’unité du mouvement de masse et sa séparation avec le régime. L droit de vote est confisqué par les volontés du président dans tous les domaines. Lorsque le droit de vote est accordé, pour un spectacle de propagande, voter c’est uniquement capituler ; l’émancipation du peuple ne sera que l’œuvre de l’Etat Major. Le citoyen est très sensible à l’organisation, à l’entraide, à la camaraderie, mais fédéraliste, il n’acceptera d’ordre que s’il est l’expression des désirs du commun, de la base.

C’est la culture berbère qui a rejoint l’Islam sans se modifier. Ils se gouverneront eux-mêmes, à la mode du village, du douar, sans députés, ni ministres qui s’engraissent à leur dépens, en collectivités locales contre lesquelles se sont brisées historiquement tous les conquérants. Tous ensemble ils feront rendre gorge aux affameurs et aux oppresseurs d’où qu’ils viennent. il appelle aujourd’hui à se séparer du calendrier de l’Etat, plutôt que de se fatiguer à transformer l’Etat qui refuse de changer de peur que les gens ne s’en servent pour consolider la liberté, l’égalité et la justice.

La revendication constitutionnelle pour y arriver est simple, les gens doivent en totalité être libres et égaux ; la liberté et l’égalité garantissent la justice et la confiance économique qui, elles définissent l’Etat. Avec les gradés, les gens ont perdu en 62 la liberté, transformée socialement en incarcération ; le citoyen se révolte, réagit ou il n’existe pas. Les patrons sont les militaires hauts gradés du moment, quels qu’ils soient, pas les citoyens. Là est l’incarcération et la ruine de l’Etat fabriqué dans l’Etat Major, en laboratoire idéologique, entièrement colonial. Ce système inhumain ne donne pas de dialogue ; n’importe quel prisonnier honnête vous le dira, on ne dialogue pas avec le tortionnaire. Ce système aujourd’hui que les gens se soulèvent, entre de plein pied dans la dérive. Il n’y a plus d’Etat, et les partis, qui ne pensent que l’Etat en haut, qui attendent sagement d’être convoqués, se trompent de chemin politique ; ils trouveront du mensonge, de la trahison et seront exclus par les gens : Il n’y a pas d’Etat, où on s’y accroche en vendu où on se sépare.

La morale populaire est radicale on veut être libre ou on trahit. C’est tout. Si le gouvernement appelle à un vote, de constitution ou d’assemblée, les gens doivent être absents, ignorant le pouvoir. Il n’y a pas d’autre alternative juste et non hypocrite. Le reste qui anime faussement le débat c’est du torchon. Le prisonnier ne peut pas débattre s’il n’est pas libre, et s’il débat, c’est que le jeu est hypocrite, télécommandé par « Abla ». Seuls les hypocrites et les faux jetons y croient. On ne comprend rien à ce qu’ils racontent et ils nous donnent la juste impression qu’ils observent les gens comme des animaux de cirque !. L’humilité et le réel s’apprennent dans la lutte où les gens sentent la liberté au point où ils peuvent mourir après. Le sauvetage est dans la culture de la liberté qui fait la ligne droite de la politique ; c’est ainsi que les gens ont choisi leur voie, et c’est ainsi que de nouveau ils la récupèrent. En février 2019, les gens se sont évadés de la condition de prisonnier, comme ceux et celles qui sont montés sous toutes les formes au maquis. Cette culture politique retrouvée rend fous les gradés ; ils évoluent en grand banditisme, changent d’angle ; plongent totalement dans le mensonge, les rodomontades, la haine des gens, l’ego sur gonflé, comportements mafieux. On ne parle pas au grand banditisme.

En gérant la séparation, les urgences pleuvent, certes ; mais c’est bien plus dramatique pour le pouvoir que pour les gens. Eux ajoutent du temps aux soixante ans, lui s’épuise dans l’incapacité, la trahison et la menace du règlement de comptes. Il faut un peu de recul pour évaluer, ici ou là, la gestion étatique de répression et d’économie actuelle, sous la vague de préoccupations régionales impérialistes, la violence sous toutes ses formes et la guerre de pouvoir qui se déroule.

Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n’est pas que vous croyez ces mensonges mais que plus personne ne croit rien. C’est le bon moment pour répéter le débarquement à Sidi-Ferruch. Un peuple qui ne peut plus rien croire se fait une opinion exacte. Au lieu de démissionner, il ne se prive plus de sa capacité d’agir puisqu’il s’organise localement, pacifiquement, et à distance de l’Etat, comme au temps de la guerre coloniale. Chaque lieu de proximité est une cellule. Il conserve ainsi dans le temps sa capacité de penser et de juger. Et avec un peuple ainsi organisé, la Révolution peut faire ce qu’elle veut. Heureusement des résistances s’organisent déjà mais la stratégie internationale a besoin de voir la place immense de celles et ceux que l’autorité de cadres voit comme tout petit·es, que l’on ne voit pas du tout souvent ou même que dans un réflexe colonial, ségrégationniste et dominateur, l’on rejette ou que l’on pense corvéables du seul fait de leur foi, de pauvreté et de dignité. Pour garantir la paix et décourager l’agression, il est urgent que les groupes locaux vivent concrètement les règles universelles, la lutte contre la vulnérabilité humaine universellement partagée, à savoir les besoins essentiels à satisfaire, la dépendance aux autres matérielle, affective, sociale, la santé etc., soit des soucis communs, des obligations communes, des activités partagées, co-produites, co-organisées dans le respect et la régénération de notre environnement.

Nous avons, en tant que citoyen.nes libres, la responsabilité de nous engager : la paralysie face à notre être et nos vulnérabilités, avilit et tue. La création des groupes locaux éclatées dans le territoire rend moins vulnérable le mouvement populaire. Le suprématisme galonné frappe les jeunes manifestants ; insulte leur patriotisme, les traite des noms obscènes. Le temps de la sidération face à ce déferlement de haine, doit céder la place à celui de l’analyse et de l’action politique. Cet épisode, loin d’être un acte isolé, s’inscrit dans une temporalité bien particulière, notamment caractérisée par la libération de la parole et sa légitimation, ainsi que par de grands médias qui sont tenus de la mettre à l’honneur. Jusqu’à quand allons-nous tolérer que les vieilles rengaines des cadres des frontières soient présentées et discutées dans les médias de masse comme autant d’opinions dignes d’être débattues ?

Jusqu’à quand allons-nous supporter que le fascisme partisan rentier extrême donne la mesure et l’agenda de la vie politique, allant jusqu’à infléchir l’agenda politique d’une majorité présidentielle aux abois, si prompte à flatter les passions policières les plus viles pour conserver sa base électorale et se privilèges. Nous ne savons que trop bien que de la violence verbale à la violence matérielle et physique, il n’y a qu’un pas. Un pas qui, d’ailleurs, n’aura eu de cesse d’être franchi en ce qui concerne nos concitoyen.ne.s pauvres et qui vient de s’abattre sur une nation éprouvée par les tueries de masse dont elle a été victime. Les véritables responsables de ce climat politicien nauséabond d’éditorialistes accrocs à l’audimat et autres idéologues fascisants de salon. Car qui, sinon les généraux, est parvenu à insuffler aux vandales un degré si élevé de confiance malsaine pour qu’ils osent mettre en œuvre leurs sinistres fantasmes antipopulaires ?

À cette rage s’ajoute un profond dépit politique. Le confusionnisme politique provoqué par l’émergence du Hirak est depuis dix huit ans attaqué sournoisement par la classe politique officielle, sa société civile. La conviction profonde du rejet pur et simple de l’Etat réside dans l’idéologie du Hirak et le mouvement populaire contre le suprématisme de la culture des généraux.

Nous faire dire par le chef formel de l’Etat que nous devons être heureux d’être institutionnellement esclaves, est sinistre pour le discours de l’Etat et insultant pour les galonnés. Quand tous les gens sont libres, ils sont égaux ; quand ils sont égaux, ils sont justes ; cette règle est dans l’esprit des gens, supérieure aux textes d’Etat. Elle est universelle et règle la vie et la dignité des gens. Les derniers clans du régime résistent à cette vérité et la manipulent. Ils font tout pour entraver la liberté, la responsabilité des gens et leur œuvres positives de lutte contre la corruption et de développement parce qu’ils s’installent en position d’usurpateurs qui répugnent à l’égalité, la liberté et l’effort. Lorsqu’on nous pose la question de la constitution, notre position est l’exigence de la liberté, de l’égalité et de la justice.

Nous manifestons notre résistance aux nostalgiques féodaux et coloniaux du régime et aux corrompus et les empêchons par nos engagements à prendre la place des règles étatiques qui ont à cœur de voir l’Algérie fonctionner sous une dictature. Ils ne sont pas que le concierge du régime mais nombreux, ils sont parmi nous. Ce sont eux qui sont à l’origine de la catastrophe politique depuis 60 ans. Ils se sont accaparés de notre histoire, notre pensée politique, nos richesses, le contrôle de notre religion et de nos voix.

Il faut étudier ce passé de soixante ans qui manœuvre dans la direction de l’armée pour tuer le mouvement populaire avec impartialité, de façon pacifique et sans moyens. Le régime, effondré, après ses menaces de répression, en février 2019, s’est engagé en 2019 par la voie de ses chefs militaires à débattre avec le Hirak : il a menti et passe plus d’un an à retourner totalement en arrière dans les pires conditions d’organisation, d’économie, d’incohérence sociale, de souveraineté extérieure. Il multiplie les tentatives de légitimation et le spectacle de la constitution et les autres, en font partie. Le mouvement populaire doit en masse tuer ce projet dans l’œuf.

Nous tirons la sonnette d’alarme quant à ce projet en affirmant notre boycott total par l’ignorance totale de l’événement. Le régime s’efforce également d’obtenir le soutien des puissances dominantes en coopérant contre le mouvement régional de soulèvement des peuples, risquant le risque immense de déstabilisation de notre armée et de soumission de notre souveraineté ; c’est une lutte qui s’annonce et qui ne doit pas être minimisée. Ces complots, comme celui de la manouvre de division communautariste interne ont pour objectif de mettre sous pression la Résistance populaire et de la faire soumettre à des accords pour qu’elle ne puisse rien faire face aux agissements impérialistes dans la région. Ces agissements nous entrainent dans une crise pluridimensionnelle politique, sociale et militaire. La tentative de retour en arrière du régime est le signe de bien mauvaises politiques actuellement. Le mouvement populaire du Hirak a réussi à bouleverser l’ordre établi, de façon politique révolutionnaire, mieux que le régime et les opposants religieux attitrés, dans des conditions de politique de masse démocratique, sans besoin de spectacles d’élections. Il s’agit maintenant dans la société, chez les gens, de convenir des conditions d’une résistance populaire durable visant à mettre en pratique les règles universelles de liberté, d’égalité, de justice, de guerre contre la corruption.

Politiquement, dans le réel et non dans l’illusion rétrograde, le vrai sujet est l’agression étrangère. Tout conflit intérieur doit devenir secondaire par rapport à cette menace, sur le régime et non sur les gens. L’implication frontalière par laquelle les puissances dominantes occidentales et arabes comptent rassasier leur convoitise en énergie et en normalité avec Israel vise l’indépendance politique de la région. Or, c’est cette caractéristique qui fait de cette zone une carte stratégique. Ces implications, politiquement injustes, peuvent s’avérer particulièrement mortelles et déstabilisatrices. Le terrorisme international sera ; contrôlé par les puissances occidentales, totalement présent. Stratégiquement, la main d’Israël et de l’OTAN, plus que l’ombre d’eux-mêmes, sont derrière ces implications. Il est bien clair qu’Israël et l’OTAN cherchent à s’infiltrer dans notre pays dont le peuple est historiquement le maillon fort du continuum de la Résistance. C’est le vieux slogan du Nil à l’Euphrate qui taraude encore dans l’esprit des Sionistes même si les juifs n’en veulent pas. Les positions de la Résistance populaire ne sont pas touchées mais l’effort de division, de communautarisation, n’est à aucun moment à négliger. Le mouvement populaire doit mettre en garde les parties en conflit contre toute atteinte à notre territoire, l’installation de bases militaires et d’espionnage, les manouvres d’Arabie saoudite, intrinsèquement perfide, en alliances politiques avec Israël de créer des écoles anti-chiites et de propager la culture wahhabite des sectes. Les dominants ont des intérêts stratégiques et culturels négatifs pour la perte du contrôle politique sur notre territoire ; ils veulent asseoir leur présence dans la région en jouant la carte de l’hypocrisie avec les associations de la société civile ; ils s’inscrivent t dans la vision large que les États-Unis ont pour la région. Le même scénario qui a été un échec en Irak, en Syrie et au Liban. Nous devons fermer la porte en citoyen.nes au couloir terroriste qui se construit le long de nos frontières. Les poches terroristes qui existent doivent être nettoyées par l’engagement populaire. Son action est largement suffisante.

Le mouvement populaire met en garde contre toute mesure qui conduirait à une nouvelle catastrophe humanitaire dans la région. Les puissances dominantes doivent suspendre la manipulation des formations terroristes et communautaristes sur notre territoire et ses frontières. Elles doivent également veiller à éviter la confusion erronée entre la réalité des valeurs auxquelles appellent les religions, comme le rapprochement entre les êtres humains, et l’exploitation par les puissances en coopération des libertés religieuses, freiner leurs objectifs néfastes et cesser les attaques contre les gens innocents.

Conclusion

Les Janviéristes et leurs alliés se livrent depuis trente ans à de nombreux complots en vue de barrer la route à la volonté des citoyen.nes. A la clôture du cache-sexe Bouteflika, ils sont restés là, sous différentes formes ; ils ont seulement lâché les freins dans les règlements de compte, sacrifiant les marginaux. Ils pensent, après l’orage, nécessaire de formuler une Constitution et de réclamer le vote de chacun. Perdus, ils appellent à une forme de spectacle de majorité morale. Ils peaufinent une règle constitutionnelle où le vote peut être annoncé même quand il n’existe pas, et ne sert à rien ensuite car les élus doivent se taire, le président ne les consulte pas. Alors que les élections annoncés pour novembre se rapprochent, une chose est certaine : la police politique, disposant de milliards, travaille à corrompre la société civile en recrutant d’éventuels élus, future colonne vertébrale du régime, qui abandonne les partis pourris et obsolètes. La loi est déterminée de nouveau à saper le droit de vote des gens – la pratique même qui fait formellement d’une démocratie une démocratie – sous tous les angles possibles pour conserver le pouvoir politique des galonnés.Un énorme tollé des politiciens partisans et de cadres distingués de la société civile, avocats, juges, experts, humanitaristes, journalistes, acteurs de la société civile, cadres vermoulus des organisations de défense des droits et du grand public, sont appelés à porter la contradiction formelle pour donner l’illusion du débat, alors que les gens , dans leur masse, refusent cette représentation et ce dialogue stupide et hypocrite.

Le régime pense à tord que les dégâts sont considérables ; c’est vrai, pour lui. La confiance Des gens dans le vote est totalement perdue. L’élection n’est pas un événement ; ce jour chacun demeure dans son milieu, face à ses vrais problèmes ; le spectacle est boycotté, en raison aussi de l’argument officiel de la pandémie. L’effort sera d’associer le vote à une fraude généralisée est fondamentalement malhonnête. Il s’agit d’une nouvelle manipulation de la fraude électorale, encore inconnue qui va bénéficier aux galonnés, un pari stupide. Tout cela cache un but, la manipulation du processus électoral, pour procurer un avantage structurel à l’Etat Major par le biais de l’évolution législative après la procédure judiciaire trafiquée. Le projet électoral va s’appuyer sur les chefs de la société civile adoubée par la police. Ce sera plus difficile à contrôler et maitriser que le réseau des 58 partis créés en 1992, financé par le budget et aujourd’hui impliqués dans la campagne de désinformation sur le Hirak. En réalité, l’organisation du vote sur la constitution et sur les législatives vise à empêcher, de toutes les manières possibles, les citoyen.nes de choisir et d’exprimer la volonté du peuple. 

Un réseau de répression des électeurs en pleine croissance développe l’initiative qui unit nombre un groupe de travail secret soumis à l’Etat.Les gens du mouvement de masse n’acceptent pas le spectacle électoral et l’abandon du choix démocratique déconsidérant les pouvoirs publics. Les gens affirment définitivement que leurs libertés et leurs vies comptent, qu’ils ont le droit de vivre tranquilles, que rien ne justifie les élections programmées, vides de contenu.

Depuis quelques temps le projet électoral est dans une recrudescence sans pareil de nuisances et de trafic. Il est extrêmement bruyant de par les cris du président qui se met à hurler violemment pour faire peur aux gens. Les gens ont du mal à supporter cette propagande néfaste et humiliante. Elle développe des pressions et tensions autant sur le niveau familial, scolaire ou professionnel. Les gens ne comprennent pas : comment est-il possible de faire un tel tapage et un tel désordre en toute impunité et sans qu’aucun mouvement politique officiel ne s’y oppose, pourquoi un tel « laisser faire » ? Nous sommes considérés comme des personnes non respectables, marginalisés. Nous sommes sidérés, choqués devant la passivité de toutes les instances. Les citoyen.nes qu’on menace de voter ne valent-ils pas autant que les gangs de pouvoir? N’aurions-nous plus le choix de vivre comme nous le souhaitons ? Nous ne sommes pas dupes, nous constatons qu’il y a une réelle volonté esclavagiste contre les citoyen.nes. Nous, citoyen.nes, disons que ce projet ne peut durer et que nos vies valent autant que celles des autres. Nous demandons une présence humaine continue. Nous devons prendre la responsabilité de demeurer chez nous et de ne pas répondre à l’appel, faire le nécessaire pour que nous soyons libres et puissions vivre en paix dans notre quartier.

Où que l’on regarde, on se trouve au bord de l’abîme. Des spectacles d’avocats et société civile organisés par « Abla » et joués par intermédiaires aisés ; le peuple lit la tyrannie et son niveau. Tout est permis ; les avocats ont le droit de montrer le caractère démocratique du régime : ce n’est pas gênant ; leur travail est facturé aux citoyens poursuivis. Ils ne trompent que les réseaux pourris des fausses sociétés civiles. Il faut d’abord tuer la police politique ; le clan des syndicats de magistrats de mafieux pédophiles qui se règlent les comptes ; les imams formés à la caserne, des attaques sous fausse bannière, afin d’imputer et justifier la répression. Des entités étrangères actionnent les acteurs locaux, émargeant pour le compte de certaines ONG des Etats étrangers, devant entraîner les citoyen.nes vers des revendications séparatistes et l’effondrement de l’État, manipulant de manière concomitante les ruptures du fonctionnement de certains grands services publics, l’absence de liquidités dans les banques, les coupures d’eau, les perturbations dans le réseau internet. Dans le même temps se prépare parallèlement un scénario de la contre-révolution, poussée vers le Président de la République et les appareils de la sécurité nationale.

Des clans criminels et des groupuscules hors-la-loi s’infiltrent pour perpétrer des actions féroces et commettre des crimes à l’égard des citoyens pour discréditer la résistance aux yeux de la population et justifier la répression. la politique US et de l’OTAN veulent que la direction de l’armée consente entièrement que la sécurité ne peut être établie sans leur coordination.

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