Algérie: une façade démocratique qui ne dupe personne

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Les élections législatives anticipées de ce 12 juin n’y changeront rien : le régime reste insensible aux appels pressants d’une population qui a faim de liberté.

Karim Tabbou, l’une des figures du mouvement Hirak – ici, en juillet 2020, à sa sortie de prison – a une fois encore été interpellé par la police à quelques jours des élections. – AFP

Par Baudouin Loos

Journaliste au service Monde du journal LE SOIR, à Bruxelles
https://plus.lesoir.be/

Le 11/06/2021

En Algérie, le cynisme des dirigeants plonge les observateurs les plus aguerris dans un abîme de perplexité. Les voilà qui, en quête de légitimité institutionnelle à défaut d’être populaire, organisent des élections législatives anticipées et qui, deux jours avant, en même temps que débarque à Alger une fournée de journalistes étrangers surtout français, embastillent plusieurs des principales voix critiques sur la place d’Alger. Un peu comme si le régime disait à ces envoyés spéciaux : « On va vous dire que l’Algérie n’est pas du tout démocratique, eh bien oui, c’est exact ! »

La façade démocratique, il est vrai, il n’y a plus grand monde pour faire semblant d’y croire. Comme le dit le sociologue algérien exilé Lahouari Addi, « la population a compris que la structure du régime est incompatible avec le principe d’une Assemblée nationale souveraine dans la mesure où le pouvoir souverain est détenu par la hiérarchie militaire ». Les civils, dans ce contexte, jouent les utilités, que cela soit au gouvernement ou au parlement.

Le taux de participation devrait une fois de plus infliger à ce régime un camouflet. Les deux derniers scrutins, présidentiel et référendaire, avaient connu des taux de participation faibles (40 et 24 %) et certains pensent que les vrais chiffres étaient plus bas encore. Pourquoi, en effet, un Algérien – en dehors des « clients » du régime et de quelques rêveurs – se donnerait-il la peine d’aller voter puisque sa voix, où qu’elle aille, n’y changera strictement rien ?

Le Hirak avait donné d’immenses espoirs. Ce mouvement de protestation pacifique qui avait drainé des foules considérables dans toute l’Algérie en 2019, obligeant les « décideurs », comme on dit en Algérie, à sacrifier l’aphasique Bouteflika que le régime, faute de mieux, voulait encore imposer quelques années de plus vingt ans après son arrivée à la présidence…

Hélas ! ce Hirak paraît moribond. La pandémie puis la répression ont eu raison de lui, momentanément peut-être. « Le pouvoir se dresse contre toutes les initiatives. Il y a un appareil répressif prêt à toutes les méthodes pour empêcher le changement », disait une des figures du mouvement, Karim Tabbou à l’AFP… peu avant que la police ne vienne l’interpeller. Il est vrai que le Hirak, formidable caisse de résonance de la contestation face au régime, n’a pas su engendrer d’alternative politique concrète. Ce n’était peut-être pas sa vocation, mais il reste que la société algérienne, massivement hostile au régime qui l’étouffe, demeure sans représentation politique structurée.

En attendant et comme le souligne le juriste vétéran Madjid Benchikh, « l’illégitimité du pouvoir politique, installé par le commandement militaire depuis 1962, n’a pas cessé de se détériorer. La gestion des ressources du pays par des institutions sans représentativité a favorisé la prédation et la corruption au profit de petits groupes constitués autour des dirigeants alors que de larges couches populaires sont en difficultés et de plus en plus marginalisées ».

Ainsi va l’Algérie de 2021.

1 COMMENTAIRE

  1. Voilà, le scrutin « des opportunistes » a pris fin ? Les résultats et la répartition des sièges se sont faite bien avant le 12 juin. Les moukhabarat et leur lot de colonels continuent de jouer aux tuteurs légaux sur le peuple algérien. Ce scrutin « bourrage » vient de confirmer que nous sommes près de 95 % de la population à rejeter ce système. Le peuple pouvait prendre d’assaut les bureaux de votes, mais avec un choix lucide de la majorité des Algériens, le peuple a préférer opter pour un boycott actif.

    Un point positif le Hirak qui continue de filtrer le vrai de l’ivraie. Merci de nous offrir cette occasion pour montrer au monde entier ce que vous valez, même en jouant à la folie, Messieurs les Colonels pourquoi faire diagnostiquer les fous par des fous ? Et pourquoi ce timing ? A y penser profondément on se rend compte qu’on veut nous inculquer inconsciemment que nous vivons dans un grand sbitar? Afin d’accepter la folie des autres. Sinon comment expliquer les sorties préméditées de Boukrouh, Bengrina, la fraise, le chiffre sept, le viagra politique, le commando et la cerise sur le gâteau après l’annonce des résultats et la déclaration folle de Chorfi  » Mabrouk, nous avons une assemblée HALLAL, après un président HALLAL….  » Que veulent ces OULED LAHRAM avant leur départ.

    Il y a une volonté pour ne pas dire une préméditation afin de se poser ce genre de question, « Qui a ordonné au Boukrouh de parler maintenant ? Pourquoi le Tebboune acquiesce ? Où sont les chefs d’inculpation d’outrage au président ? Qui est le clan qui est derrière Boukrouh ? Pourquoi sacrifié Sofiane Djillali malgré son asservissement, C’est le travail de moukhabarat et des colonels OULED LAHRAM qui sont entrain de nous mener en bateau et faire diverssion, alors que Chengriha est en France ? une presence qui coincide avec la démission du Générale Francais, Comparons et méditons avec notre generale octagenaire et son immiscion en politique
    Pour l’article 30, c’est aux militaires de se prononcer et de se prendre en charge, s’ils acceptent de servir le gang et se battre sous d’autres cieux sous le commandement du « gang des généraux », qu’ils aillent en enfer. Nous, c’est simple, nous continuerons notre combat en demandant la libération immédiate et inconditionnelle de tous les otages et l’activation de l’article 7 et 8, afin de rendre le pouvoir au peuple

    Rien ne changera nous sommes bien dans le cinquième mandat comme nous l’ a confirmé le Chorfi et ses résultats, (une coalition à la Boutef). Le Hirak reprendra de plus belle , il y a le feu en la demeure. Ils ne sont pas aussi fou qu’ils veulent le faire paraître. Ils veulent nous rendre fous, pourque chaque Algérien finira par se dire « moi, je m’en fou ». On n y peu rien car on a faire à des fous . Non, même s’ils sont fous, ils rendront compte au peuple tôt ou tard, avec ces faux députés , leur clown, magistrat et journaliste de service.

    le combat continu, le Hirak est notre seul salut n’est ce pâs monsieur Dijillali Sofianne , un conseil il faut consulter Boukrouh

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