OCTOBRE 1988 : RÊVE BRISÉ DE LA JEUNESSE ET MONTÉE EN PUISSANCE DES DAF (DÉSERTEURS DE L’ARMÉE FRANÇAISE)

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Abbes Hamadene

 Les évènements d’octobre 88 constituent un repère dans notre mémoire collective. Les méthodes répressives dont a usé le régime rappellent à bien des égards le colonialisme et sa sauvagerie.

DE MYSTÉRIEUSES RUMEURS AVANT LE 5 OCTOBRE 1988

Plusieurs jours avant le 5 octobre 1988, de folles rumeurs ont commencé à circuler dans tout le pays et notamment au sein de la population algéroise Des rumeurs qui indiquaient que quelque chose allait se produire dans les jours à venir. Les spéculations allaient bon train : grève générale, soulèvement populaire, coup d’état…Le 4 octobre au soir, débutaient des émeutes d’une incroyable violence. Elles s’amplifieront le lendemain et plongeront, durant plusieurs jours, Alger puis d’autres villes dans un chaos sans égal depuis l’indépendance. Sur l’origine de ces émeutes, les thèses les plus contradictoires s’affrontent encore aujourd’hui, mais Octobre 1988 offre avant tout la preuve sanglante que les dirigeants, quel que soit leur clan, n’ont aucune considération pour la vie de leurs citoyens.

MÉTHODES RÉPRESSIVES DIGNES DE L’ÉPOQUE COLONIALE

Octobre 88 restera à tout jamais gravé dans la mémoire collective nationale. C’est le premier soulèvement populaire d’ampleur nationale contre le pouvoir politico-militaire depuis l’indépendance. Un soulèvement réprimé dans le sang avec une brutalité inouïe.Lors de ce soulèvement populaire, les Algériens découvrent avec effroi, le visage d’un pouvoir capable de tuer ses propres citoyens avec une sauvagerie impensable. À Bab El Oued et dans beaucoup de villes du pays, les forces de l’ordre tirent sur des jeunes désarmés qui manifestent pour exprimer leur colère contre la Hogra et leur désir de vivre dans la liberté et la dignité. Dans les commissariats, les brigades de gendarmerie, les locaux de la SM (Sécurité militaire), dans des lieux indéfinis, on torture des milliers d’Algériens souvent arrêtés par hasard. Les tortionnaires étaient conduits à faire subir à leurs innocentes victimes des douleurs physiques et psychologiques sans un but apparent. Il n’y avait aucun aveu à arracher à de simples citoyens qui n’appartenaient à aucune organisation terroriste ou « subversive ». Le bilan répressif d’octobre 88 est certes très lourd par son ampleur (plusieurs centaines de morts et des milliers de blessés), mais ce qui est encore plus insupportable pour les Algériens, ce sont les méthodes utilisées par les forces de l’ordre qui leur rappellent beaucoup celles employées par l’armée coloniale durant la guerre de libération. Ce rapprochement est venu réactiver une mémoire traumatique de tout un peuple, longtemps anesthésiée par l’espoir tant attendu de vivre dans la dignité promise par l’indépendance.

OCTOBRE 88 : LA MONTÉE EN PUISSANCE DES DAF (DÉSERTEURS DE L’ARMÉE FRANÇAISE)

Le soulèvement populaire d’octobre 1988 est un chapitre de notre histoire tragique et encore brouillé. Beaucoup de choses ont été dites et écrites à ce sujet, des hypothèses contradictoires sur les manipulations possibles qui l’ont entouré. Dans la foulée de cette révolte, des réformes sont annoncées tambour battant par le pouvoir, dont la plus importante est la fin du parti unique. Malgré les ambiguïtés du discours officiel, les Algériens sont nombreux croire à la fin de la dictature militaire et l’avènement d’un système démocratique tant attendu. Cet espoir s’est amplifié avec la reconnaissance du multipartisme, le retour de prestigieux exilés politiques (Aït Ahmed, Ben Khedda…), la sortie de la clandestinité de partis et organisations politiques, l’ouverture relative et contrôlée du champ médiatique. Pendant ce temps-là, un clan de généraux constitué principalement d’anciens officiers de l’Armée française conduit par Larbi Belkheir, Khaled Nezzar, Mohamed Lamari, Touati et Toufik Mediene avait pris le contrôle de toute l’institution militaire. Une stratégie a été mise en place par cette caste de généraux pour continuer de jouer le rôle central dans le processus politique. Il n’est pas question pour eux de lâcher le pouvoir ou même de le partager. Douze mois plus tard, c’est le cauchemar de la décennie noire.

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