Édition du
30 September 2016

Le cas pas si étrange du Dr Khelil dans l’Olympe des clans du Maghreb central

Chekara1PAR SAAD ZIANE

Chakib Khelil sera le futur président de l’Algérie ? En Algérie, on choisit souvent de forcer le trait pour rire afin de ne pas perdre totalement la tête.

L’idée de voir l’ancien ministre de l’énergie devenir président – imputée par un site très chakibien à Me Mokrane Aït Larbi – est probablement une boutade pour signifier que les bornes de la décence ayant été très largement dépassées et défoncées, plus rien n’est impossible.  Pour paraphraser, le personnage d’Ivan Karamazov de Dostoïevski, « si l’Etat n’existe pas tout est permis ».

Il est vrai que le retour « triomphal » de Chakib Khelil en Algérie frappe le pays d’une sidération que les tenants du pouvoir décryptent comme une acceptation. A Hussein-Dey, un retraité tenant un journal où l’ancien ministre de l’énergie en fuite à l’étranger fait la une avec son retour « d’enfant prodige » est resté figé, stupéfait, avant de lancer : « Que Dieu nous préserve, ils veulent rendre fous la moitié des Algériens ».

Dans un pays où les digues élémentaires qui encadrent et protègent la vie d’une nation n’en finissent pas d’être minées, la manière dont s’est organisé le retour de Chakib Khelil, « blanchi » sans passer par la case justice, est une grande violence.

Comme si on signifiait que la victoire d’un clan sur un autre se dispensait du moindre égard pour le pays, pour la norme, pour la santé mentale des Algériens.  Voilà donc l’Etat « civil » annoncé, une poursuite de la guerre des clans où l’Algérie est le champ de bataille…

Tant pis pour tous ces algériens qui, en se gardant de se mêler du fourbi des clans, n’en finissent pas de dire que le pays a besoin de règles respectées et d’institutions sérieuses.

Les laudateurs deviennent procureurs

Les retournements de veste sont rapides pour certains, lents pour d’autres, mais dans la logique même avec laquelle la police politique a profondément façonné les élites : le principe de survie par l’allégeance aux chefs de clans. On peut observer que dans la sphère médiatique des laudateurs de longue date du général Toufik et de la machine politico-policière du DRS se transforment en procureurs. Ils font son procès ainsi que celui de l’appareil.

Et ils somment pratiquement tous ceux qui durant toute leur vie se sont battus contre l’action néfaste de la police politique, tout ceux qui ont refusé d’abdiquer leur intelligence pour faire allégeance à approuver sous peine de passer pour des défenseurs de Toufik et du DRS.

L’Algérie et les Algériens qui subissent depuis l’indépendance la confiscation du projet d’Etat national sont encore sommés de faire un choix entre des clans qui se neutralisent et s’allient au gré des circonstances – et de l’état de la rente – quitte à se séparer de quelques branches ou de quelques personnages.

Il n’y a rien de nouveau sous le soleil des clans, sauf que la rente baisse et qu’il y en  aura de moins en moins pour satisfaire les appétits de tous les clans et sous clans.

Comme toujours, l’argument pour faire passer la pilule est l’invocation des menaces – bien réelles – aux frontières et des risques de déstabilisation du pays. Comme si les terribles ravages des jeux des clans n’étaient pas aussi dangereux et déstabilisateurs.

Les tenants du régime n’ayant pas l’habitude de tenir compte de l’opinion algérienne – seul l’étranger compte -, ils ne mesurent pas l’ampleur du choc que provoque ce médiocre film du retour triomphal de Chakib Khelil, blanchi sans même avoir à passer, formellement, par la procédure judiciaire.

Il aura donc suffit d’une « contre-enquête » diligentée par le président et réalisée sans doute par ceux qui ont remplacé les « primo-enquêteurs » pour que tout soit réglé. Et que Chakib Khelil envisage l’avenir en rose.

Un romancier ou un scénariste quand il tisse une intrigue politico-policière peut lâcher la bride à son imagination mais pour ne pas tomber dans le navet, il doit constamment faire preuve de «vraisemblance ».

Ceux qui nous gouvernent ont perdu depuis longtemps ce souci de vraisemblance qui se traduit dans un Etat normal par un respect des formes et des procédures. Le très mauvais scénario sur le cas Chakib Khelil est de nature à convaincre, définitivement, que l’Etat a dépassé le stade du résiduel.

Des médias qui étaient des pures créations du DRS de Toufik sont entrain de vendre le récit du retour de l’enfant prodige Khelil, victime d’une cabale des services. La «résistance » de l’autre clan parait bien faible, ce qui va encourager encore les retournements de vestes. Le DRS a été dissous, son esprit et ses pratiques sont toujours là.

Garder son indépendance d’esprit

Faut-il « analyser » cette réécriture grossière de l’histoire, où les hommes d’un clan arrivé et installé au pouvoir grâce à la fabrication de l’allégeance du DRS nous offrent Toufik et Cie à « bouffer » pour nous prouver qu’après quinze ans de compagnonnage actif ils sortent tout blancs de l’affaire ?

Et qu’il n’y a enfin de compte ni affaire de l’autoroute, ni affaire Saipem – (de quoi se mêlent  les italiens, n’est-ce pas ?), ni affaires Sonatrach, ni même une loi sur les hydrocarbures controversée qui a été bloquée in-extremis.

Et que dans cette Olympe des clans, il n’y a pas d’affaires de corruption dans ce pays juste des dossiers concoctés par les services contre les « amis » du président…

Cette étrange affaire du « Dr » Khelil et de l’Etat « hyde » donne une idée, bien sûr, de la perte de poids du général Toufik et de sa garde rapprochée. Elle illustre surtout le fait que ceux qui décident de ces simulacres se moquent des formes, des normes et de la notion même d’Etat.

Toute personne poursuivie par la justice est présumée innocente jusqu’à preuve du contraire. Mais les nombreux présumés coupables, souvent embastillés sans ménagement au gré des variations de climat dans le ciel de l’olympe des clans qui ont squatté l’Etat, n’ont pas eu droit à ce traitement spécial.

Malgré Google, les réseaux sociaux, les informations que l’on peut glaner sur le net, le clan présumé gagnant croit qu’il peut imposer un nouveau récit sur les affaires de corruption. Tout en invoquant les menaces aux frontières.

On est dans la vieille vente concomitante qui veut contraindre les Algériens à ignorer le diagnostic qu’ils font clairement à l’aune de plus d’un demi-siècle d’indépendance : la maladie est dans ce qui fait office d’Etat, un édifice virtuel phagocyté par des clans bien réels et déserté par la loi…

Plus que jamais, ceux qui ont toujours refusé d’abdiquer leur liberté de penser doivent la garder intacte pour aider des algériens désorientés à ne pas devenir fous. Et à réfléchir à comment sauver un pays toujours orphelin d’un Etat pour lequel des générations entières se sont battus. Et se battent encore. Car quand l’Etat n’est pas, tout est permis…

– See more at: http://www.libre-algerie.com/le-cas-pas-si-etrange-du-dr-khelil-dans-lolympe-des-clans-du-maghreb-centralpar-saad-ziane/22/03/2016/#sthash.4E76SKgy.dpuf


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9 Commentaires sur cet article

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  • rachid dahmani
    22 mars 2016 at 19 h 31 min - Reply

    Bonsoir à tous, Bonsoir ami Saad Ziane

    Quand l’Etat n’est pas, tout est permis…oui tout à fait mon ami. Et de plus ceux qui effectivement ont toujours refusé d’abdiquer leur liberté de penser doivent la garder intacte pour aider le reste du peuple à ne pas devenir fou. Sauf que, chez nous le fou se croit sage et le sage reconnait lui même n’être qu’un fou bien qu’on ne soit pas en grande Bretagne chez Shakespeare. Il serait déraisonnablement fou de croire par un autre tour de folie, que notre peuple ne soit pas fou. Enfin, il semble bien qu’on ait tous été touché par la folie d’un virus, autant la folie des dirigeants, celle des politiques et de l’opposition, celle des opportunistes et des thuriféraires que celle du peuple que nous sommes en observateurs passifs. Bonne soirée l’ami.

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  • djamel
    23 mars 2016 at 10 h 23 min - Reply

    Le général Benhadid a déjà posé un diagnostic, il était fou d’ailleurs il se retrouve dans un asile. Même si on cherche a lui faire perdre le nord, cette moitié garde encore sa lucidité pour dire que ce qu’ils ont fait en ramenant le loup dans la bergerie c’est de la folie !

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  • Nordine
    23 mars 2016 at 13 h 24 min - Reply

    sur ce site très souvent on parle de la corruption des « élites », si cela n’est pas une preuve manifeste et flagrante, de quoi s’agit-il ???
    Chakib khelil et le système qui dirigent le pays ont porté préjudice aux intérêts fondamentaux de l’état et du peuple ainsi qu’à la stabilité et à l’intégrité économique de l’Algérie, pour l’intérêt de puissances étrangères surtout américaine et française, qui imposent en plus à notre pays via fmi et compagnies leurs dictats hyper drastiques et lourds, à cause de cela le peuple voit ses conditions de vie ce dégrader de jours en jours à ramener la baguette à la maison. tout ça uniquement pour sauver la stabilité de leurs économies et de fournir les aides sociales nécessaires afin que leurs peuples continuent de bouffer et se chauffer au détriment du peuple algériens qui continu à crever misérablement dans la misère et si par malheur il se plaint, il se fait massacrer …..
    ainsi le pouvoir continue de rester, maintenue et protéger par ceux qui bouffent à l’œil chez nous …..
    ainsi, elle est pas belle la vie ??? !!!……..

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  • Dria
    23 mars 2016 at 16 h 44 min - Reply

    FOU on l’est depuis longtemps , le plus grave c’est qu’ils veulent faire de nous des FOUS A LIER, même dans la FOLIE , ils veulent restreindre nos libertés de pensées , sachant qu’ils ont déja inhiber les libertés d’actions.

    Sinon comment expliquer cette situation burlesque, si ce n’est pas la FOLIE alors ce sont que des hallucinations , un président présent absent , c’est pareil dans toutes les institutions , aucune production enfin si, une nouvelle constitution avec les mêmes pratiques les mêmes restrictions.

    la FOLIE touche nos gouvernants et l’ELITE qui se renferme sur elle même, le PEUPLE lui s’EN FOU éperdument de cette situation sachant pertinemment qu’il vit dans un ASILE qu’on nomme Algérie et pris en étau entre les fous de l’argent (nos gouvernants qui osent tout pour) et les fou du moi (notre élite folle de son statut et qui n’ose rien).

    Dans cette histoire de fou le salut viendra peut être d’un nouveau ZIN ZIN qui osera le débarrasser des FOLIES existantes.

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  • IMP …….PUNITE………….
    23 mars 2016 at 21 h 41 min - Reply

    non ! IL NE SERA PRESIDENT NUL PART….IL EST VIEUX IL REPRESENTE LE PASSE ET JE NE PENSE PAS QU IL ACCEPTERA LE ROLE DE POUPEE AVEC DES COUCHES………….IL N EST PA LE PREMIER BENEFICIAIRE DE CETTE IMPUNITE QUI A FAIT DU PAYS CE QU IL EST…………..MAIS TOT OU TARD L ALGERIE RENAITRA DE SES CENDRES QUANT A TOUT CE BEAU MONDE QUIN ONT PAS LAISSE CE PAYS S EMANCIPAIT ILS NE SERONT QUE « NESSYENNE MENSILLA' » UN OUBLI QUE L ON OUBLIE………..

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  • Ali SBIH
    23 mars 2016 at 22 h 31 min - Reply

    Salam likoum ,

    D’habitude ces sorties/entrées théâtrales du vaudeville concernaient un personnel politique sans ambition, ni envergure mais pourvu d’ un gigantesque « réservoir de servilité ».
    L’éternel retour à la mode de chez nous avec le temps comme un cycle et non une continuité.
    Pourquoi concevoir le retour de Mr C.K comme une entorse aux bonnes manières ,puisque le politiquement correct ,notion sacralisée et cotée aux valeurs boursières ailleurs ,n’a jamais honoré de sa présence les mœurs politiques locales.

    Une condamnation de Mr C.K peut elle apporter quelques crédits à la gouvernance ,réhabiliter des personnages rongées par le pouvoir et la cupidité, donner des couleurs à ces années de « braises » et enfin de compte ,ce n’est pas l’olympe mais un aquarium dans lequel évolue cette chaine alimentaire consanguine sous le regard désabusé du peuple !

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    • rachid dahmani
      24 mars 2016 at 21 h 37 min - Reply

      Salam aalikoum Monsieur Sbih,

      A quoi mesure t’on les mœurs politiques chez nous mon ami? pas avec du politiquement correct très certainement comme vous le dites. Mais alors pourquoi ne pas faire de liens avec les sacs noirs? Je vois bien le bel aquarium et surtout les constituants de la chaîne alimentaire. Belle soirée.

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      • Ali SBIH
        25 mars 2016 at 21 h 34 min - Reply

        Bonjour Rachid ,

        Après tout ,mœurs tout court .

        Je n’ai pas de sympathie particulière pour ce triste sire ,mais j’ai souvenance ces dernières années de milliers de cadres (4000 dit-on) qui ont servi à diaboliser tout le secteur public de production de biens et de service et justifier sa liquidation ,une solution finale pour des centaines de milliers de travailleurs et des rachats au dinar symbolique….

        En réalité le nombre de cols blancs transformés en gibier de potence est plus important , probablement des milliers qui ont été incarcérés par la « grâce » des articles 421/422 du code pénal.

        Aujourd’hui que le cours du pétrole connait une disgrâce ,que les « mécènes » n’ont plus rien à donner ,que la peur de rendre des comptes sur la gabegie à gagner ces « ventres mous » , « on invite » Mr C.K dans le débat/aquarium avec le secret espoir de faire quelques diversions;des vrais faux coupables font légion dans notre si courte histoire !

        Et dans ces cas de lynchage , les médias n’ont pas manqué de participer à la curée se rangeant du mauvais coté de la vérité.

        Ces journalistes qui s’approvisionnent auprès de la grande distribution ou plus exactement des « Traiteurs de l’information »,se mettent au service d’une information qui est plus de l’intox voire de la désinformation ,fonçant tête baissée en participant à des opérations de communications malhonnêtes quitte à pourchasser le superflu et jeter aux calendes grecs le devoir d’investigation ,d’informer de contribuer à changer durablement les choses .

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  • lyes laribi
    24 mars 2016 at 21 h 18 min - Reply

    Celui qui est certainement le plus heureux aujourd’hui par le retour d’Ali Baba est al Baghdadi. Après le pétrole irakien, syrien et libyen, les faucons américains ont décidé de lui rajouté celui de l’Algérie. Pour eux ce n’est qu’une question de temps. On y va directement pour l’explosion de ce pays nommé l’Algérie. En tout cas, tout est fait dans ce sens là. Le peuple reste spectateur de sa propre tragédie allah yahfed ouyastar.

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