Édition du
26 May 2017

Femmes algériennes, pardonnez notre génération !

Où est passée la belle chevelure des jeunes filles et femmes de notre jeunesse ? Que sont devenus mes anciens camarades avec qui nous avions rêvé leur émancipation ? Quel vent de folie et de mystique s’est abattu sur eux ? Au nom de ma génération, je demande pardon aux femmes algériennes pour les avoir laissées se faire emprisonner dans les ténèbres de l’humanité.

            Elles étaient les plus belles et les plus souriantes au monde. Dans leur regard se projetaient nos espoirs les plus insensés. Pour notre génération, le futur ne pouvait qu’être merveilleux à leur côté. Ce pays était béni parmi tous les autres, autant par son soleil que par notre ambition à progresser, à nous éduquer et à aller de l’avant.

            Rien ne nous était impossible car nous avions cette passion de la curiosité intellectuelle et de la liberté de penser. Tout s’ouvrait à nous dès lors que nous nous instruisions et que nous faisions barrière aux idées rétrogrades. Nous étions sincèrement convaincus que les sociétés machistes et incultes étaient celles d’un monde passé et que les jeunes filles algériennes commençaient déjà à s’en défaire. Il existait, du moins le croyions-nous, un lien direct entre l’élévation de l’esprit et la liberté des femmes dans une citoyenneté égalitaire.

            Tout de notre comportement militait pour une parité épanouie. Nous ressentions que nos entourages, bien qu’ils nous rappelaient constamment à nos coutumes ancestrales, faisaient l’impossible pour nous voir prendre le chemin du savoir et de la liberté. Ils le redoutaient et s’en méfiaient mais, en même temps, ils étaient persuadés que c’était la seule voie possible pour sortir le pays de son retard économique, culturel et social.

            Nous n’avions aucun doute sur notre lien indéracinable à cette terre. Ce furent seulement les frustrés et les aigris qui nous le contestaient. Hélas, notre juvénile bonheur ne nous avait pas permis de percevoir le retour de bâton qu’ils allaient nous asséner et le monstre qui allait conquérir les esprits pour reléguer, entre autres restrictions de libertés, la femme algérienne dans un gouffre moyenâgeux.

            Sensiblement plus jeune que nous, Kamal Daoud confirme le désastre en affirmant « La grande misère sexuelle du monde arabe ». C’est qu’il s’est passé quelque chose auparavant, dès notre génération. Si la réalité historique fut complexe en Algérie, nos yeux d’enfants, puis d’adolescents, l’ont en tout cas perçue à leur manière. C’est ce vécu qu’il nous faut rappeler, dans sa naïveté tout autant que dans sa vérité profonde.

Une caste méprisante ?

            Tout part de notre génération francophone, plutôt citadine et scolarisée. Riches ou pauvres, nous nous sentions puissants de notre instruction naissante en ces années soixante puis soixante-dix.  Nous traduisions aux anciennes générations les journaux, documents et films. Nous remplissions les cartes de police à la quasi-totalité des émigrés s’en retournant au pays. En quelque sorte nous étions ceux qui « savaient et maîtrisaient » la langue de tous les pouvoirs quotidiens, le français.

            Mais nous ne nous sommes pas aperçus que nous avions une attitude qui, même si elle était inconsciente, touchait au vif ceux qui ne pouvaient ou n’osaient prendre la route de la liberté de conscience et d’opinion. Nous nous moquions de nos camarades de lycée qui étaient exclus de toute modernité (le pensions-nous prétentieusement). La plupart n’écoutaient jamais les musiques des jeunes de l’époque ni n’étaient au courant de la moindre actualité dans le monde.

            Nous avions pourtant vu progressivement ces camarades prendre une distance avec nous, s’isoler et se refermer dans un mutisme annonciateur de drames futurs. Ces regards et ces silences gênés, je les interprète aujourd’hui comme une haine à notre égard et les graines d’une vengeance terrible à l’encontre des francophones et de leurs idées libertaires (au sens de nos détracteurs).

            Nous fréquentions les filles, nous dansions, allions au cinéma et partagions une scolarité dans la plus grande des insouciances, avec la certitude d’une attitude vertueuse. Mais nous avions mésestimé la frustration et le rejet viscéral de ces regards sombres et accusateurs. Il y avait comme deux Algéries qui se faisaient face. Dans le même temps s’était installé un bouleversement que nous n’avions pas vu venir car notre jeune âge ne nous avait pas préparés à le comprendre, encore moins à le combattre.

L’importation massive du fantasme psychiatrique

            Un jour, un grand monsieur, sec de visage et le regard sévère, prit le pouvoir et nous fit comprendre que nous nous étions égarés de notre culture. Nous ne comprenions pas exactement ce qu’il voulait insinuer car nous étions profondément certains de nos racines algériennes. Il n’y avait aucun doute sur l’amour de notre patrie et notre appartenance à ce pays qui est le nôtre. Nous en étions heureux et ne comprenions pas qu’on vienne nous tenir des discours menaçants sur notre prétendu éloignement de nos racines.

            Et c’est alors que le drame commença. Le monsieur de la télévision voulait nous instruire de la langue de nos ancêtres, disait-il. Ce qui, au passage, avait du sembler assez curieux et insultant  à l’égard de nos compatriotes berbérophones, je ne m’en rendrai compte que bien plus tard. Ainsi, des dizaines de milliers de professeurs venus d’Égypte et de plus loin déferlèrent dans notre pays[1]. Une horde de professeurs dont on se demandait quel était réellement le niveau intellectuel, s’il en existait un. Le bureau d’engagement ne devait pas être très regardant.

            Ces individus semblaient être envoûtés par la question existentielle des femmes au sein de la société. C’était leur obsession maladive, à chaque propos. Cous de poésie, la femme… Cours de littérature, la femme….Cours d’histoire, encore la femme…Cours de morale, bien entendu, toujours la femme. Ils nous affirmaient que tout cela était en conformité avec nos préceptes religieux et qu’ils allaient nous ramener sur le droit chemin. Nos parents et grands-parents, musulmans dans l’âme, n’ont pas du avoir la même interprétation des textes, vraiment pas. Ils n’étaient visiblement pas au courant d’un autre chemin de la foi, plus pure et plus conforme, selon nos nouveaux précepteurs moraux.

            Nous écoutions, médusés et impatients de retourner aux autres cours car la libération venait toujours de la sonnerie. Aucun d’entre nous n’aurait pourtant eu l’idée de penser, aujourd’hui encore, que la langue arabe est responsable de l’esclavage des femmes et de la désintégration intellectuelle. Nous avions compris dès le départ que cette noble langue (elles le sont toutes) des astronomes, des mathématiciens et des poètes arabes n’était nullement en cause mais qu’elle était aux prises avec des abrutis. Et en ce domaine, nous avions eu à faire aux champions mondiaux de la catégorie.

            Le vers s’était définitivement installé dans le fruit et ne disparaîtra jamais plus. Ces grands intellectuels ont formé nos maîtres nationaux qui allaient prendre la place dans l’explosion de la catastrophe culturelle nationale. De génération en génération, cet objet du pêché qu’est la femme a hanté les esprits jusqu’au plus profond de la société algérienne.       

            L’éducation nationale avait ouvert la porte à une vaste armée de névrosés qui avait semé l’anathème sur un fantasme psychiatrique, les femmes. Il fallait la cacher, lui restreindre la parole et les sorties. Et plus on la maltraitait dans ses droits, plus ils avaient l’impression de se soulager, comme un espèce d’exorcisme, vade retro satanas. Tout était pêché en elle, les cheveux, les habits, les commentaires, les gestes et les fréquentations. La femme obsède, elle leur fait trembler la voix  et leur gorge se noue à chaque fois qu’il est question d’elle. On ne la nomme pas, on la murmure d’un ton bas. Bref, l’Algérie avait plongé dans une gigantesque névrose psychanalytique qui a mené aux pires barbaries et à l’horreur innommable du code de la famille.      

La dictature militaire, une double peine

            Dans le même temps la dictature militaire s’était renforcée. Comment les femmes pouvaient-elles retrouver leur liberté ?           C’est assurément impossible car lorsque la société subit une violation de ses droits, les femmes sont en première ligne pour en perdre davantage. Si nous avons toujours du mal à être des citoyens libres dans ce pays, les femmes sont tout simplement exclues de l’humanité par un code de la famille qui sera la tâche indélébile de ceux qui ont laissé s’installer cette monstruosité sans réagir.

            Ce régime a été loin dans son cynisme en interdisant le débat politique libre aux citoyens, laissant des officines obscures s’en charger. La manipulation a été si profonde que la plupart des femmes en sont arrivées à prétendre que c’est leur choix. A-t-on déjà vu un être humain, conscient d’esprit, se revendiquer des principes de ceux qui le placent dans un statut d’esclavage ? Il y a là manifestement une plongée dans des ténèbres qui nous échappe mais qui a toujours fait le pouvoir de certains. La folie collective n’est jamais l’ennemie des affaires et de la mainmise sur les esprits, c’est même souvent le moment le plus propice pour les prêcheurs les plus zélés.

Tout ça pour ça ?

            Si au moins cette pression moraliste et cette mise sous statut inférieur de la femme avaient apporté la vertu et la sérénité au peuple algérien, nous aurions convenu de son bienfait à défaut de lui accorder notre approbation. Mais c’est tout à fait le contraire qui s’est produit et le résultat est à la hauteur de la folie qui s’est emparée de ce pays, au détriment de la liberté et de l’égalité légitime des femmes.

            Le vice, les crimes sexuels, la violence conjugale, l’inceste, la pédophilie et les attentats à la pudeur ainsi que bien d’autres belles choses sont aujourd’hui la marque d’une partie de la société algérienne qui n’a rien à envier au grand Satan qu’elle a voulu combattre. Certes, elle reste minoritaire mais combien visible et qui n’a plus de limites dans son inquiétante expansion.

            Nous, on voulait tout simplement que les femmes soient libres. Notre quête était sincère même si notre capacité à la concrétiser ne fut pas à la hauteur. Ces visages sombres qui nous foudroyaient du regard dans la cour du lycée ont finalement eu leur vengeance, pour eux-mêmes et leurs enfants. Mais ils ont mené l’Algérie dans les abysses de la désolation, une victoire totalement suicidaire.

            Que les femmes algériennes pardonnent donc notre génération, nous avons été trahis par le désir inassouvi et frustré de gens peu ouverts à la dimension intellectuelle pour le maîtriser autrement que par la violence de l’interdit.

SID LAKHDAR Boumédiene      

Enseignant     

[1]Il n’y a aucune allusion détestable dans ce propos sur « l’étranger ». Le fait est qu’ils sont allés chercher dans des pays qui étaient aux prises avec de véritables dictatures aux questionnements identitaires et culturels explosifs. Ce n’était vraiment pas le meilleur choix du moment.


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27 Commentaires sur cet article

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  • Mezghena
    24 février 2017 at 17 h 50 min - Reply

    Vous n’avez rien compris au sens de l’histoire: les femmes sont les premieres vicitmes de vos moeurs nouvelles. Elles l’ont massivement compris, elles vous ont tourne le dos.




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    • Benameur anissa
      6 mars 2017 at 19 h 23 min - Reply

      Si le sens de l’histoire est l’enfermement et l’aliénation de la moitié de la société, si le sens de l’histoire c’est de dépouiller la femme du moindre des espoirs les plus modestes, si le sens de l’histoire c’est interdire l’espace public à la femme par ceux qui croient être Dieu lui même , si le sens de l’histoire c’est réduire une société à une religion qu’apparemment seule une infime partie en connaît les fondements, si le sens de l’histoire est d’importer les us et coutumes ainsi que l’habit d’autres sociétés loin de notre identité et de notre culture, si les sens de l’histoire est de ne rien offrir à l’humanité , si le sens de l’histoire est de juger l’autre sans penser une seconde à faire son autocritique, si le sens de l’histoire est d’élever ses enfants dans la haine et le rejet de l’autre , si le sens de l’histoire est d’importer des comportements étrangers à notre éducation , alors oui nous n’avons rien compris à VOTRE SENS de l’histoire . Notre histoire à nous s’appelle humanité , compassion, fraternité , solidarité. Je suis ravie de ne pas emprunter le même sens de l’histoire que vous.




      51
    • Ouafa
      6 mars 2017 at 19 h 46 min - Reply

      Elles ont été plutôt leurrées, trompées et le sort qu’on leur a réservé reste des plus navrants qui soit




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  • Anne
    6 mars 2017 at 18 h 10 min - Reply

    Elles étaient les plus belles et les plus souriantes au monde ????? Vous avez vus toutes les femmes sur terre ?
    Encore de la supériorité. Le peuple suprême ….Ouf!!!!!




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  • Jean-René Jeffrey
    6 mars 2017 at 18 h 18 min - Reply

    «A-t-on déjà vu un être humain, conscient d’esprit, se revendiquer des principes de ceux qui le placent dans un statut d’esclavage ?» Oui! Très certainement!

    Le syndrome de Stockholm désigne précisément cela. Un phénomène psychologique observé chez des otages ayant vécu durant une période prolongée avec leurs geôliers et qui ont développé une sorte d’empathie, de contagion émotionnelle vis-à-vis de ceux-ci, selon des mécanismes complexes d’identification et de survie.

    Pour que ce syndrome puisse apparaître, trois conditions sont nécessaires
    – l’agresseur doit être capable d’une conceptualisation idéologique suffisante pour pouvoir justifier son acte aux yeux de ses victimes ;(C’est très certainement le cas des propagandistes religieux.)
    – il ne doit exister aucun antagonisme ethnique, aucun racisme, ni aucun sentiment de haine des agresseurs à l’égard des otages ; (Le propagandiste religieux est convaincu qu’il agit pour le bien de sa victime.)
    – il est nécessaire que les victimes potentielles n’aient pas été préalablement informées de l’existence de ce syndrome (dans certains cas, l’agresseur peut faire preuve d’une conceptualisation idéologique capable de convaincre une victime préalablement informée du syndrome).




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  • Ghislaine Lavoie, 78 ans
    6 mars 2017 at 20 h 08 min - Reply

    pardonnent à notre génération

    Bravo! Bravo! Bravo à l’auteur de ce texte si courageusement lucide!

    Mais oh que cette Mezghena ne comprend rien! Qu’elle se cache sous son voile, la pauvre!




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    • Algérienne
      5 avril 2017 at 22 h 50 min - Reply

      Madame,

      Vous êtes sur un site algérien. Le voile fait partie de nos moeurs et de notre histoire. Je ne comprends pas pourquoi vous dites à « cette Meghzena » de se « cacher sous son voile, la pauvre ». Si la culture algérienne vous horripile tant, intéressez-vous à un autre pays, pourquoi pas l’Espagne ou le Portugal si vous aimez le soleil. Je ne comprends pas pourquoi vous moquez l’habit de mes ancêtres femmes. Que vous ont-elles fait ?




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  • faiza
    6 mars 2017 at 21 h 55 min - Reply

    Excellent!




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  • Sara
    6 mars 2017 at 22 h 47 min - Reply

    Hélas c’est la cruelle vérité




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  • GUELLIL
    7 mars 2017 at 9 h 53 min - Reply

    Hommage, Respect, a l’héroïsme des Femmes Algériennes

    Respect et considération pour les femmes toute l’année pas seulement le 8 Mars, une petite attention en plus ce jour là ne ferait pas de mal.

    La femme algérienne a commencé à avoir son mot à dire grâce à sa participation à la guerre de libération nationale ; elle était combattante, infirmière et cuisinière dans les montagnes, poseuse de bombes La femme en Algérie ; Dans la plupart des pays du monde la femme dans n’a commencé à s’émanciper qu’à partir des années 1940 et 1950 à part quelques rares exceptions comme Marie Curie ou Colette en France ou Marguerite Yourcenar et Pearl Buck aux Etats Unis.

    Avant 1938 les femmes françaises ne pouvaient aller à l’université, avoir une carte d’identité ou un passeport sans l’autorisation de leur époux. Je rappelle que le droit de vote n’a été accordé aux femmes en France qu’en 1944.

    La loi de 1965, a ouvert la porte à l’émancipation féminine. Avant elle, une femme ne pouvait travailler sans l’accord de son mari ni ouvrir de compte en banque à son nom propre.

    Ces rappels, sont juste une comparaison avec les droits de la femme algérienne qui est bien plus en avance que la femme française en ce qui concerne sa liberté mais les choses sont tout autres.

    Dans les villes ; les femmes abritaient les moudjahidines chez elles, leur faisaient à manger et lavaient leurs vêtements ; elles transportaient des armes sous leur haïk ou des tracts dans les langes de leur bébé. A partir de l’indépendance et jusqu’à nos jours la femme a acquis les même droits que l’homme en matière d’études, de travail, de droits civils etc. —

    A travail égal, salaire égal — Droit de demander le divorce — Droit de voyager sans autorisation dès sa majorité — Droit de choisir son époux ou de refuser un quelconque prétendant. Il y a des femmes ministres, chefs d’entreprise, pilotes de ligne, magistrats, avocats, sportives enfin dans tous les domaines comme les hommes.

    Seulement cette liberté n’est réservée qu’à une catégorie de femmes urbaines ayant eu le courage, la volonté et la force de se battre contre des ennemis ancrés dans les mœurs et usages des Algériens : les traditions et coutumes, le régime patriarcale et récemment l’obscurantisme religieux.

    Demander le divorce est un droit ; mais très rares sont les femmes qui osent prendre cette décision ; le « quand dira-t-on » faisant loi. Même battues, humiliées, exploitées les femmes acceptent cette situation pour garder leur logement et ne pas être une charge financière à leurs parents.

    Celles qui travaillent si elles retournent divorcées dans leur famille sont considérées comme une charge, un déshonneur tel l’exemple de Mériem 40 ans, cadre supérieur, 2 enfants ; elle donne le trois quart de son très bon salaire à ses parents qui ne lui adressent plus la parole parce qu’elle n’a pas supporté les beuveries et les coups de son mari.

    En cas de divorce, la loi exige de l’époux un logement pour sa femme et leurs enfants ou un loyer versé régulièrement ; mais vu la cherté des appartements et l’élévation du prix des loyers il est rare que cette exigence soit réalisée et c’est procès sur procès, dispute sur dispute dans les tribunaux entre clients et avocats.

    Dans les rares cas ou le mari paye un loyer à son ex.femme, ses parents refusent de la laisser habiter seule par peur qu’elle acquiert une mauvaise réputation et éclabousser l’honneur de sa famille. La jeune Lila 17 ans, lycéenne se marie l’année de son baccalauréat avec son professeur de mathématiques, divorcé, 3 enfants.

    Le mari exige qu’elle arrête ses études pour s’occuper de son intérieur. Ses parents acceptent ravis ; leur fille aînée de 38 ans chef d’entreprise refuse de se marier, elle est le vilain petit canard de la famille, se fait traiter de vieille fille alors qu’elle subvient à toutes les dépenses de la famille.

    Dans les campagnes la situation est pire, une jeune fille est mariée puis divorcée sans que personne ne demande son avis, ne connaissant pas ses droits elle est ballotée entre la maison de son père et celle de son mari, souvent accompagnée d’enfants, son sort dépend du caprice de sa belle mère.

    La femme a le droit de voyager sans autorisation à sa majorité ; c’est une chose impensable dans les zones rurales, elle ne sort pas sans son mari, sa belle mère ou sa mère. Elle ne va jamais seule chez le médecin ou pour n’importe quelle tâche sans un chaperon et cela jusqu’à sa vieillesse.

    Dans les villes les choses ont bien changé, jeunes filles et femmes partent seules à l’étranger mais non sans provoquer des commérages et les cachoteries de leurs parents. Dans leur travail, elles ont des postes de responsabilité, un salaire égal à celui de leurs collègues hommes pour les mêmes fonctions mais elles doivent la plupart du temps se battre contre le harcèlement sexuels ou contre les rumeurs de « promotion canapé »

    Il n’est pas facile de résister à ces situations traumatisantes mais les Algériennes sont courageuses, solides et déterminées à être indépendantes. Les traditions et coutumes sont mêlées d’une façon inextricable à la vie de la femme algérienne, par exemple elle ne peut pas se marier sans l’accord d’un tuteur même si elle est majeure, même si elle a 50 ans. Le tuteur est en général son père, son frère ou son oncle qui la « donne » à son futur mari.

    Dans le cas ou la famille n’accepte pas ce mariage, le juge peut jouer le rôle de tuteur. Voila la jeune fille mariée légalement mais qui subira l’opprobre jusqu’à la fin de sa vie. Il y a des femmes battues, des femmes dont le mari prend intégralement le salaire, mais qui refusent de porter plainte ou de se défendre par honte et par peur des réactions de leur environnement. Leur mère et grand-mère ont supporté les coups et les fourberies alors pourquoi pas elles ?

    Pourtant il y a des associations d’aide psychologique et de conseils mais elles ne veulent pas y aller car ses dernières sont qualifiées de subversives et malhonnêtes. Il existe des centres d’accueil dans les villes pour les mères célibataires, mais leur situation est terrible ; chassées par leurs parents, elles abandonnent toujours leur bébé dans une pouponnière et sont jetées aux affres de la rue.

    Les centres ressemblent à des prisons, aucune commodité, querelles continues entre les occupantes, la loi est faite par les plus fortes tout comme dans l’univers carcéral. C’est pour cela que l’on trouve souvent des nouveaux nés encore attachés à leur cordon ombilical jetés dans les poubelles ou dans des décharges publiques.

    Les mères toujours très jeunes, ne connaissant pas la contraception deviennent la proie des proxénètes, la turpitude des religieux, et la brillante absence de l’état. Pour le pèlerinage à la Mecque la femme doit être accompagnée d’un mahram ( protecteur, tuteur) , ceci est une obligation religieuse qui touche les femmes jusqu’à 60 ans.

    Pendant la décennie noire, et bien que touchée dans son cœur et dans sa chair, la femme algérienne a continué à travailler, à aller chez la coiffeuse, à faire son marché, à envoyer ses enfants à l’école même si elle n’était pas sûre de les voir rentrer le soir.

    Malgré les menaces des terroristes et leurs actes sanglants, elles n’ont pas toutes mis le foulard, elles n’ont pas arrêté leurs activités et ne se sont pas confinées chez elles.

    La mouvance islamique a influencé les pensées de beaucoup de femmes comme le port du hidjab, le refus de la modernité, le refus de la contraception, le refus de laisser leurs filles travailler, leur vie est gérée par l’imam du quartier, et elles acceptent la polygamie sans aucune contrainte.

    Que faire dans la mesure ou leur vie leur plait ? En sortant de son travail, l’Algérienne va chercher ses enfants de la crèche ou de l’école, fait son ménage, prépare à dîner, s’occupe des devoirs des petits, et bien souvent fait des travaux de couture ou de pâtisserie pour les vendre et arrondir ses fins de mois.

    Celle qui ne travaille pas à l’extérieur fait de la peinture sur verre ou sur soie, coiffe chez elle voisines et amies, tricote, coud, fait des gâteaux mais ne reste pas inactive et participe à l’épanouissement de sa famille.

    Voila la femme algérienne, jouant au funambule entre un monde archaïque et un monde moderne si la loi lui donne tous ses droits soit elle les connait pas soit elle s’en accapare en jonglant avec la loi misogyne et autoritaire de l’homme. Feu Saïd Mekbel , n’a-t-il pas dit : « En Algérie , les hommes c’est les femmes . »
    La femme est un autre soi-même et un ami, non un meuble de ménage. Si les femmes ne faisaient pas partie de ce bas monde, il y a beau temps que je n’en ferais plus partie moi-même. Les femmes sont comme les fleurs de la vie ; comme les enfants en sont les fruits, alors à nous de les respecter et respecter leurs droits
    Algérie :El Moudjahidates, sont nos héroïnes
    https://www.youtube.com/watch?v=mpoTjzJuItA
    https://www.youtube.com/watch?v=7AIX8B_LKI8
    http://www.dailymotion.com/video/x56l03_hommage-aux-femmes-algeriennes_music
    Bonne fête Mesdames, Mesdemoiselles, Je vous adresse les salutations fraternelles, cordiales et distinguées.

    Dr Ismail GUELLIL




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  • lila Bali
    7 mars 2017 at 21 h 01 min - Reply

    Qu’elle lucidité!Tout le drame de l’Algérie est évoqué. »le système éducatif de Benbouzid et compagnie à effacé toute »curiosité intellectuelle et liberté de conscience ».Merci à Monsieur Lakhdar Boumèdiène d’avoir exprimé ce que nous n’avons pas su dire.




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  • Mohand
    9 mars 2017 at 16 h 51 min - Reply

    Les algériennes de notre génération elles étaient magnifique avec un caractère émancipés plein de sagesse et bien éduquer.




    7
  • MIRANDA Genevieve
    18 mars 2017 at 8 h 06 min - Reply

    Merveilleux texte qui dépeint sans haine , mais avec justesse l’abandon à l’obscurantisme de quelques uns et qui comme la gangrène à contaminé un pays. Merci pour cette page que je partage immédiatement afin qu’elle eclaire quelques cerveaux qui seraient tentés par la face obscure . Merci encore




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  • Dalila
    18 mars 2017 at 8 h 12 min - Reply

    Bravo pour votre courage à dire tout cela en public et merci pour toutes ces femmes qui souffrent. Ca fait du bien à lire. J espère que les choses vont évoluer dans le bon sens parce que je ne reconnais plus le pays de mon enfance.




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  • Sarah Diba
    18 mars 2017 at 8 h 36 min - Reply

    C est desolant de.voir la femme algérienne a quel.niveau elle reduite et soumise a dictature d homme actuel au nom de la religion !!.. non pas pr moi assez!!!




    0
  • marie
    18 mars 2017 at 9 h 55 min - Reply

    Affligeant révoltant.Et pauvre Mezghena!!!!!




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  • Ramdani
    18 mars 2017 at 10 h 42 min - Reply

    Excellent
    Merci




    2
  • Ait Braham
    18 mars 2017 at 11 h 02 min - Reply

    un bon résumé de la situation depuis les années 70. Merci pour ce rappel, toute notre génération s’ y retrouve. on voyait déjà à l’époque arriver le sirocco! !!




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  • contardo
    18 mars 2017 at 16 h 17 min - Reply

    Un texte précieux parce qu’il apporte une compréhension du processus qui a amené la situation dénoncée, et en même temps induit de la compassion : compassion pour les femmes bien sûr dont la liberté a été et reste profondément mutilée, et aussi pour les hommes, privés de vraies compagnes, privés de leur virilité à la hauteur de ce qu’elle peut être. L’espoir peut venir de deux sources : de l’amour d’une culture à retrouver, et de l’amour qu’hommes et femmes peuvent se porter.




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  • Mclaire
    19 mars 2017 at 9 h 13 min - Reply

    Magnifique Texte. Merci
    Malheureusement je pense que c’est ce qui est arrivé dans beaucoup de Pays de culture Musulmane.
    Je crains que « la Névrose Psychanalyste » dont vous parlez, s’exporte en France, Europe…
    Heureusement que c’est vous qui puissiez parler de ce problème.
    En France, dès que l’on s’exprime sur l’emprisonnement du corps de la FEMME par le voile, on se fait traiter d’ISLAMOPHOBE, de RACISTE … !




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  • Benoit
    19 mars 2017 at 12 h 41 min - Reply

    Suite à la guerre de libération nationale, on pensait que les Résistantes courageuses allaient imposer aux hommes l’égalité des droits ! Non les dictatures militaires soutenues par les soviétiques champions de la trahison du socialisme et internationalrois de la corruption , ont jeté l’Algerie dans les bras de la religion , . L’occident y voyait un nouvel ennemi pour intervenir partout! Les femmes dégustent toujours et leur resistance se construit peu à peu. Ne désespérons pas . Il y a eu une internationale ouvrière pourquoi pas une des femmes?




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  • farida
    20 mars 2017 at 9 h 09 min - Reply

    Très beau texte. Merci




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  • Lopez Simone
    20 mars 2017 at 10 h 33 min - Reply

    Cet article mérite d’être lu et diffusé largement. Je salue la lucidité et le courage de cet enseignant.
    En France, actuellement, sous prétexte de « tolérance et d’ouverture à toutes les cultures », on tolère précisément l’intolérable et on muselle
    le débat qui devrait se développer sur ce sujet brûlant.




    0
  • djamal amran
    20 mars 2017 at 15 h 02 min - Reply

    Quoique laisse croire cet article, ni Ben Bella, ni Boumedienne, ni leurs successeurs n’ont véritablement, été par idéologie,les ennemis de la libération de la femme. Ils furent tous les prisonniers de la culture ambiante,si facile à instrumentaliser par des forces politiques conservatrices expertes en manipulation de la religion et de « l’authenticité ». Le pouvoir politique a constamment navigué entre ces forces conservatrices excipant des traditions ancrées dans la population générale pour s’imposer et les franges « modernistes » minoritaires mais très actives dans les années soixante et soixante-dix. Boumedienne en particulier a constamment balancé pour consolider son pouvoir et faire avancer son projet politique,favorisant l’une ou ces deux tendances selon la conjoncture, contrant sa « gauche » essentiellement francophone en mettant en avant les référents islamiques et en lançant l’arabisation de l’enseignement et submergeant sa « droite » par le recours des étudiants et étudiantes engagés dans la mise en oeuvre des trois « révolutions » culturelles, agraires, industrielles,ou dans sa politique de soutien aux mouvements anticoloniaux et « tiers-mondistes ». Non, Boumedienne, autocrate ne reculant pas devant les mesures extrêmes,parfois sanglantes, était aussi un populiste dans le sens positif, en ce qu’il était décidé à faire aboutir par les moyens disponibles,le rêve qui le hantait : mettre fin à l’abaissement social, économique et politique du monde des pauvres dont il provenait. Et la libération des femmes en étant une composante, a pu progresser en son temps comme en celui de son successeur, avant la reculade des années de la guerre civile…




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  • water water
    27 mars 2017 at 18 h 40 min - Reply

    Ya SID LAKHDAR, un coeur ne peut contenir deux croyances, peut etre aucune.
    Vous préchez le salafisme grec et son démo machin dans un pays musulman, ceci relève de la psichiatrie.

    Le salafisme grec, avec toujours son démo machin, déforme l’Islam comme la chaleur déforme la lumière pour former un mirage.

    L’église reste otage du grec depuis sa naissance.

    Les Juifs savent tout et ne font rien.
    Les musulmans, cette nation insensée, subissent




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  • Algérienne
    5 avril 2017 at 22 h 46 min - Reply

    Le retour du voile, c’est le retour de l’Algérie, que vous aimez ou pas le voile, les Algériennes avant la colonisation étaient toutes voilées sans exception. Les autorités coloniales ont voulu forcer les femmes algériennes à se dévoiler et le dévoilement représente plus le souvenir des moeurs importées par le colon qu’autre chose, qu’on aime ou pas le voile. C’est comme ça, c’est la vie. L’Occident n’est pas la seule civilisation ayant droit de cité sur notre belle planète. Il est d’autres civilisation où les femmes se voilent, voila tout, et l’Algérie n’appartient pas à la civilisation occidentale mais à la civilisation islamique, en sa région africaine et arabe. Désolée …




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  • Algérienne
    5 avril 2017 at 22 h 47 min - Reply

    Je suis d’ailleurs sûre que ce n’est pas un hasard si la plupart des commentaires positifs sur cet article sont tenus par des gens qui ne sont pas algériens : des Marie, des René …




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  • Congrès du Changement Démocratique