Édition du
22 September 2017

Commémoration du 52e anniversaire du décès de Cheikh Mohamed El Bachir El Ibrahimi

A l’occasion du premier anniversaire de la disparition du Cheikh Bachir El-Ibrahimi (décédé le 20 mai 1965), le Dr Abdelaziz Khaldi est intervenu, devant un parterre de personnalités, pour saluer la mémoire du vénéré cheikh, lors d’une cérémonie organisée à cette occasion. Ce texte est resté, jusqu’ici, inconnu et ne fut jamais été rendu public. Bien que de nombreux documents aient été publiés par la revue « Athakafa » dans un numéro spécial dédié au Cheikh en 1985 suivi, vingt ans après, d’un premier colloque international consacré à son érudition. Ce texte ajoute un surcroît d’éclairage et d’appréciation sur la nature du combat de Khaldi.

                       L’ALLOCUTION DU Dr. A. KHALDI

Messieurs les Ministres,

Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Ce n’est pas sans émotion que je prends la parole devant cette honorable assemblée, en ce jour où nous commémorons le premier anniversaire de la mort du Cheikh Bachir El-Ibrahimi.
Il peut paraître singulier qu’un intellectuel algérien de culture occidentale puisse parler de l’un des plus illustres représentants de l’Islam, et d’évoquer son influence sur l’histoire et sur les hommes de ce pays. Il y a d’abord l’hommage au maître qui a donné à ma génération son accent particulier et lui a appris à se situer.

Mais le rayonnement de cette figure de proue réside dans l’élan qu’il a su créer pour fortifier les âmes et stimuler l’espérance. Qu’il nous suffise pour nous en convaincre de jeter un rapide regard sur l’état de notre peuple au moment de la fondation de l’Association des Oulémas en 1931.

Nous voyons une immense classe de paysans refoulés de terre fertiles, maintenant leurs traditions populaires, basées sur la foi, un sous-prolétariat flanqué autour des villes au dessus, une classe de prébendiers sans culture qui ont perdu leur caractère national et, en marge, uns mince élite ; au sommet de la pyramide, une poignée de colonialistes, affichant une morgue insolente.

Le Centenaire de la prise d’Alger qu’on venait de célébrer avec faste renforçait la croyance des possédants en la « sérénité de l’Empire ». La tragédie de notre peuple devenait poignante. L’Heure de la résurrection, de la Nafidha se précisait, et, comme l’a dit Shakespeare, « un ciel si sombre ne pouvait s’éclaircir que par un orage »
Et l’orage vint. L’islah surgissait de la conscience quelques hommes qui se dressèrent pour barrer la route aux renégats, appeler le peuple à se retrouver, à se reconnaitre  dans son entité historique et à récupérer sa personnalité avec toutes les constantes, qu’un siècle d’oppression n’a pu dénaturer.

                               L’APPEL DE LA TERRE NATALE

Cette prise de conscience s’opérait sur un certain plan dans l’esprit de quelques jeunes.
Ce n’était pas sur la plan du savoir dispensé dans les écoles et dans les universités coloniales, et ce n’est pas dans le milieu des « intellectomanes » de culture occidentale que le pays a retrouvé sa conscience mais dans les modestes établissements traditionnels et par le public lettré, formé dans les humbles foyers de culture islamique que l’idée de patrie algérienne, qu’on voulait enterrer, surgissait à la stupéfaction des uns et à la gloire des autres.

Cette gloire entoure particulièrement quelques noms qui ont libéré les ferveurs populaires et les ont rendues à la réalité historique.
L’autre jour, l’Université d’Alger commémorait le 26éme anniversaire de la mort du Cheikh Abdelhamid Ben Badis, l’un des fondateurs de l’Islah algérien.

Aujourd’hui, c’est le nom du Cheikh Bachir El-Ibrahimi qui, un an après son décès, surgit sur la plaque d’immatriculation d’une avenue de notre capitale et au fronton d’une grande école, et, c’est au cours de cette cérémonie qui rappelle sa vie et son œuvre de réformateur, que nous sentons ici même son ombre se dresser parmi nous, témoignant par sa présence qu’aucune force ne supprime une idée qui s’identifie à l’option majeure de tout un peuple et traduite dans son histoire depuis treize siècles.

C’est en présence de cette ombre que je voudrais, Mesdames et Messieurs, faire l’évocation – O combien succincte, dans le cadre qui m’est imparti – d’une personnalité qui a marqué profondément une génération et une période intensément historique de ce pays.
Une existence digne de ce nom, pour s’affirmer, a besoin d’un but, d’une idée centrale autour de laquelle viennent se grouper harmonieusement tous les détails.
Pour une nature d’élite, le but s’identifie à l’intérêt supérieur de la communauté.
D’instinct, le jeune El-Ibrahimi saisit les richesses latentes du peuple algérien. L’idée va aussitôt germer : transformer en énergie l’histoire immobilisée par un siècle de domination étrangère.

Et c’est par ce noble idéal que le futur Cheikh se rend en 14409 à Médine à la recherche de la science. Ses études terminées il fut nommé Professeur à Damas.
Il a marqué de  de son empreinte toute une génération de jeunes Syriens et un grand nombre de personnalités éminentes du monde religieux et culturel et politique était parmi ses élèves.

En 1921 c’est l’appel de la terre natale ; il quitte une situation enviable et retourne en Algérie.
Sa rencontre avec le Cheikh Ben Badis sera capitale, mais à cette époque, les conditions pour créer un mouvement, n’étant pas favorables, ils décident de travailler en francs- tireurs.
Le Cheikh Ben Badis reste à Constantine.

Au Cheikh El-Ibrahimi échut un travail de pionner, à Sétif, où tout était à créer. Il ouvrait les Médersas où il prit en charge l’éducation des enfants non scolarisés, aidé par des adeptes qu’il formait au fur et à mesure, sans négliger l’édification des adultes par des prêches fameux.
Le Cheikh Ben Badis accomplissait un travail analogue à Constantine.

L’ossature de la future Association des Oulémas prenait forme et elle devint effective en 1931. Une nouvelle répartition des tâches s’imposait, le Cheikh El-Ibrahimi s’occupera désormais de l’Oranie ( l’Ouest algérien). Cette région était la plus marquée par un maraboutisme dissolvant. Il devait entreprendre un vaste travail de démystification et lutter contre toutes les causes de dépravations.

                    EL IBRAHIMI PLAIDE LE DRAME ALGERIEN

De multiples Médersas voient le jour de 1933 à 1940. Tous ceux qui ont appris leur langue lui doivent quelque chose .Une telle notion ne pouvait manquer d’inquiéter une administration attentive au moindre éveil de la population. Il fut envoyé en résidence forcée à Aflou de 1940 à 1943. L’acharnement dans la persécution contre le Cheikh était à là mesure du péril.

A peine libéré, il reprit ses activités, et durant deux années, il à parcourt l’Algérie en tous sens. En 1945 après les sanglants événements du Constantinois, il  fut jeté en prison avec les principaux dirigeants algériens  .Libéré en 1946, il va relancer le journal « El-Bassair», organe central de l’Association. En 1951, il se rend à Paris où se tenaient les assisses de l’Assemblé Générale des Nations Unies. Il prend contact avec les représentants des pays arabes et musulmans.

En 1952, il va parcourir le Moyen Orient, l’Asie pour alerter l’opinion sur le drame algérien.
En 1962, il eut la joie de retrouver son pays libéré, mais miné par une lutte incessante, et le but de sa vie atteint, il devait rentrer au pays pour y mourir.
Cette vie aux aspects si divers et si riches, marque aussi sur le plan de l’évolution musulmane qui s’est opérée, la personne classique du Alem.

Le « Alem » avait traditionnellement pour fonction la sauvegarde des limites spirituelles et l’on comprend que cette sauvegarde puisse parfois s’opposer avec le phénomène de l’évolution dans le monde. L’islah a, lui-même, produit le Alem qui a le souci de l’intégrité des valeurs spirituelle, sans perdre de vue la nécessité de leur enrichissement constant dans le choc des idées et la confrontation des cultures.

Le Cheikh El-Ibrahimi a incarné le «  Alem » dans cette double fonction. Il nourrissait par là l’ambition de créer en face du corps illustre des orientalistes de l’occident un corps compétent d’occidentalistes musulmans,
La fondation en Juin 1952 du « Jeune Musulman » par de jeunes intellectuels imprégnés de son enseignement est une initiative qui répondait à ses préoccupations.

L’an dernier, à pareille époque, la plupart d’entre vous accompagnait le Cheikh à sa dernière demeure. Aujourd’hui c’est le rendez-vous de la fidélité et vous attestez par votre présence que « le vrai tombeau des morts, c’est le cœur des vivants », selon une heureuse évocation.

                                                                                                Alger, 19 Mai 1966-Dr. A.K.

Abdelaziz Khaldi, une conscience Algérienne/ N.E.KHENDOUDI


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UN COMMENTAIRE

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  • abed
    28 mai 2017 at 9 h 44 min - Reply

    Il faut ajouter qu’il a été mis en résidence surveillée par Boumedienne….




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