يومية الجزائر
Édition du
13 December 2019

La victoire des tambours contre le silence qui étouffe.

Ghania Mouffok


C’est une longue agonie que celle de ceux qui nous gouvernent. On les appellera ainsi car ils gouvernent. Ils décident, ils tranchent, ils jugent, ils condamnent et ils pillent. Ils pillent le temps des autres avant toute chose. Ils volent le temps des braves gens qui, sans armes, marchent. Ils marchent comme des essaims d’abeilles qui parlent et qui piquent. Ils parlent, ils disent la lassitude du temps qui passe et qui gâche la vie dans l’attente de la libération des âmes, des cœurs et des corps, dans l’attente et l’espoir de la libération.
La liberté, c’est ce moment de respiration qui, tous les vendredis, nous rend étrangers tous les coins et les recoins de cette ville si souvent empruntés dans la routine, le quotidien banal de chercher un pain qui ne soit pas trop gonflé de chimie, des oranges plus mûres que les autres, cueillies si tôt, pressées avant même d’avoir avalé le soleil ou la pluie, ce papier nécessaire qui, de la mairie à la maison, vous prendra bien la journée, marcher sans but le long de la Rue Hassiba Ben Bouali, de la rue Didouche Mourad à la Place des martyrs, ces rues qui nous martyrisent le temps de sortir de la maison qui étouffe et de ne rien trouver qui puisse remplir les poumon de cet air qui fait que l’on respire.
Le vendredi, nous ne sommes plus seuls et nous devenons arrogants comme des princes de la rue. Elle devient notre trône et nous chantons et nous organisons le sacre « du peuple président ». Nous nous moquons de l’ambition du pouvoir. Et nous voilà vainqueurs de l’espace et du temps et nos poumons se gonflent et nos os se dressent et nos voix se parlent et dans nos yeux qui se croisent – avec l’étrange ami de ce moment aussi étonné d’entendre ma voix que moi la sienne, nous découvrons que nous parlons et que nos voix se répondent, se reconnaissent – nous partageons l’eau de la pluie, la force du soleil, le vent doux de l’automne et les pleurs de la terre qui n’en peut plus de porter tant de haine que nous expulsons en chantant. Mon fils marche à mes côtés, lui si soucieux de son image, craignant tant le ridicule, sourit discrètement de sa mère la folle qui crie « Ya 3Ali », il sourit et je le vois apprivoiser ses propres lèvres, j’entends sa voix, doucement il s’essaye à la libérer à son tour et peu à peu elle se distingue des autres. Mon fils aussi parle. La phrase qu’il préfère c’est celle qui dit : « Echouhada djabouha, el khayana dawha », les martyrs l’ont arrachée et les traîtres s’en sont saisis, une image qui emprunte à la jungle de ses jeux vidéo sa violence.
Et si nous parlons si peu de libertés c’est, peut-être, parce que pour l’instant nous nous contentons de les prendre sur ce temps qui nous est imparti, entre l’heure de la grande prière du vendredi et celle où le soleil s’apprête à se coucher. En attendant qu’elles habitent la semaine, le mois et les années, les années à vivre sur cette terre si âpre au sang parce que nous savons que la vie est traîtresse et que nous avons connu des nuits d’épouvante.
Les morts nous parlent et nous leur parlons comme s’ils étaient sortis de terre et que là, au coin de la rue, derrière le fourgon de police, le casque du CNS, ils allaient bientôt nous rejoindre et crier : présents. Nous l’appelons : « Ya 3Ali ». Ya 3Ali la pointe l’explosé avec les pierres de la Casbah et vous n’imaginez pas la puissance jouissive de ce nom qui, tel un fil sur un métier à tisser, se tend d’une poitrine à une autre, d’une rue à une autre, d’un écho à un autre pour fabriquer le tapis de la mémoire populaire des résistances à l’oppression en convoquant les morts, pourquoi lui et pas un autre ? Nous célébrons le défi de celui qui ne savait pas que c’était impossible alors il l’a fait. Nous célébrons la victoire des mains nues explosées sans aucun espoir de sépulture.
« La mort portera la bannière ;
Le drapeau noir crêpe de sang
Et pourpre fleurira la terre,
Libre sous le ciel flamboyant. » (Louise Michel, en prison)
Nous sommes des musulmans anarchistes : à « Dieu nous retournerons » mais sur terre de maître nous ne voulons.
Nous voulons la victoire comme sur un stade de foot : deux équipes se jaugent et se dressent. La première fait tambour et la seconde n’est que silence. Il est bleu et ses yeux sont fuyants. Chaque vendredi c’est le silence que nous défions et des yeux francs que nous cueillons. C’est pour cela que nous chantons et dansons, c’est ainsi que nous faisons opposition. Et, si le monde qui croit parler nous oublie entre la Bolivie, le Chili, le Liban, Hong Kong et les bombes qui tuent à Gaza en Palestine occupée, c’est parce il n’y a pas de mot pour dire en une minute et vingt secondes qu’en Algérie, un peuple se bat contre le silence des morts qui l’étouffe.


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Un commentaire

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  • Dria
    16 novembre 2019 at 7:00 - Reply

    Un silence bleu, mélangé au mutisme de la verte dont certains généraux complotent ouvertement pour condenser l’ire et le courroux de tout un peuple pour nous entraîner vainement sur leur terrain couleur violence. Nous ne serons jamais des gilet jaunes et nous ne porterons jamais de gilet par balle et nous vous vaincrons inch’Allah.

    Nous vaincrons, c’est sure! Mais allons nous surmonter les épreuves qui nous attendent? J’espère que nous garderons cette esprit de partage et de fierté avec l’amour du pays et de la patrie par dessus tout. Des prémices de luttes partisanes commencent a fleurir ici et là, sur les réseaux, depuis la proposition de la création d’une représentativité du Hirak.

    C’est un passage obligatoire, qui doit se faire tôt ou tard! Comment coordonner nos actions? Et comment les réussir si on les réalise isolement? Va-t-on attendre la chute du “gang” pour faire un “appel d’offre” pour choisir les interlocuteurs qui vont dialoguer, voir de préparer la phase de transition. La majorité du peuple est pour le changement, le changement à déjà commencer depuis le 22 février, et il n’y aura point de scrutin le 12 décembre. Le pouvoir est appeler à vider les lieux, et deux éventualités se pressentent à nous :
    – une vacation de pouvoir : peu probable devant le nombre important d’opportunistes qui rodent autour, la politique autant que la nature a horreur du vide.
    – un autre gang de généraux à la barre: devant la tournure des événements, c’est le scenario, le plus probable qui risque de ce produire (si on ne fait rien), afin de régénérer et pérenniser le système. Donc autant se préparer pour ne pas sacrifier neuf autres mois et aborder la transition sereinement.

    Jusque là , nous avons user des armes des tenants du pouvoir ( l’opacité et le déni) comme eux et c’était dans l’intérêt du Hirak. Mais maintenant que le Gang des généraux est mis à nu et que leur déni ne porte plus, il est temps pour nous de changer de stratégie et de sortir de l’opacité et d’avoir des représentants. Cette action n’aura pas pour but de tirer des dividendes quelconques de la situation politique future, mais de coordonner les actions futures afin d’accélérer la chute du gang est de réunir le peuple autour d’un objectif et d’un projet commun.

    l’initiative émane de plusieurs frange de la société, comme les nombreux appels à l’escalade. Des initiatives se font ici est là, elles sont toutes le bienvenu. Cependant, il ne faut surtout pas sombrer dans les procès d’intentions et les invectives comme le font certains dubab sur la toile en criant à la vindicte des islamistes qui veulent se positionner avant les autres (initiative de Zitout et Rached entre autres). Pourquoi semer la haine et la discorde alors que l’initiative est encore à son stade embryonnaire. Soyons à la hauteur si on veut vraiment que ca change. Nos mentalités doivent aussi changer et à l’avenir on doit accepter de voir autour de la même table un K.Daoud face à un A.Belhadj et un M.Benchikou en face d’un Benmohamed … Si on est pas prêt de le faire, alors les effets de la 3issaba sont toujours fonctionnels et ils nous faut du temps pour aspirer au vrai changement.

    Évitons ces querelles partisanes et sachez que la plupart des jeunes n’ont pas vécus les années 1990 et n’ont pas participer au clivages politiques voulu par les services et srabess (des islamistes, des nationalistes et des laïcs) Comme ils refusent les separations ethniques et linguistiques qui ont refait surface sans succès. Cette jeunesse est plus mûr sur ce plan alors de grâce ne la souillons pas avec nos idées retrogrades et partisanes.

    Œuvrons ensemble à la réussite du changement tant espérer: Nous y sommes presque, tirons du passé les leçons qui s’impose et rappelons-nous, nous rêvons tous d’un état de droit et d’une justice libre et indépendante, avec des scrutins propres et honnêtes et que si nous vivrons ce jour , nous accepteront la souveraineté de l’électorat donc de la majorité du peuple. Nous ne sommes pas encore là. Ne gâcher pas notre rêve, le chemin est encore long et semer d’embûches mais réalisable . OCCUPONS NOUS DE LA CHUTE DU GANG

    ARKAB WAHDAR ne laisse jamais les autres parler à ta place; parfois c’est bien d’être muet je vais essayer de le faire pour quelque temps, je parle trop et je ne sais même pas si ca sert a quelque chose

    SALAM

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