يومية الجزائر
Édition du
13 December 2019

« L’Algérie décollera le 12 décembre »…mais où va t-elle atterrir ?

  Youcef L’Asnami

«L’Algérie décollera le 12 décembre avec une nouvelle République !» . C’est ce qu’a déclaré récemment  le « petit candidat » Abdelaziz Belaïd, cet ex FLNiste scissionniste qui a fondé son propre parti, le Front El Moustakbal.

Cette déclaration de M. Belaid, démontre encore une fois le fossé qui sépare la contestation citoyenne de cette campagne électorale morose,  insipide et surréaliste. Ce candidat n’est pas le seul à se faire remarquer par des déclarations qui relèvent plus du folklore que d’un projet présidentiel.  Tous les candidats se sont distingués par une joute oratoire à la fois vis-à-vis des citoyens, de leurs partisans et depuis peu, entre eux. Et le meilleur est à venir dans les tous prochains jours !

Alors que la rue quasi unanime rejette en bloc cette mascarade électorale, arguments à l’appui, les candidats qui, à l’image du pouvoir en place qui les utilise à bon escient, non seulement semblent sourds, aveugles mais aussi parfois de mauvaise foi, feignent d’ignorer cette colère. En réalité, ils sont parfaitement au courant du sentiment dominant chez les citoyens que ni la chaleur, ni le froid, ni la pluie ni les menaces ne les ont dissuadés de manifester depuis février dernier sans aucun relâchement et avec un pacifisme qui a surpris nombre d’observateurs.  Aux manifestations des vendredis, se sont rajoutées les manifestations des mardis et les manifestations nocturnes dans certaines villes largement relayées par les réseaux sociaux.

Des candidats en campagne rejetés de quasiment partout y compris dans les villes du Sud et des Hauts plateaux réputés pour leur tolérance, condamnés à faire des meetings dans de petites salles qu’ils ont souvent du mal à remplir, sous haute protection sécuritaire,  totalement coupés de la réalité sociale,  qui font des promesses aux algériens  à tout va sans jamais chiffrer leurs projets auxquels on se demande si eux-mêmes y sont convaincus par leur réalisme.

Alors que l’Algérie vit une situation économique des plus fragiles et des plus instables, ces candidats n’hésitent pas de faire dans la démagogie promettant pêle-mêle une ligne ferroviaire Alger-Tamanrasset, le plein emploi des jeunes, la hausse des salaires,  des hôpitaux d’urgence, des plans spéciaux pour le Sud, la révision de la constitution, la lutte contre la corruption,  le développement du tourisme, la résolution définitive du problème du logement, la remise en cause du système éducatif au travers le « problème du changement de langue d’un niveau à un autre » sans donner la moindre indication sur les moyens qui seront mobilisés pour la réalisation de ces projets,  même si certains affirment « savoir où aller chercher cet argent » (Sic), ni les délais de leur réalisation.
Lorsqu’on y regarde de près ces « programmes, on est surpris par leurs similitudes et leurs généralités. Peu de candidats se distinguent par une originalité et un pragmatisme qui fait grandement défaut.  Par exemple, aucun candidat ne s’est positionné quant à la place de l’institution militaire dans l’échiquier politique algérien. Aucun n’a abordé les vrais difficultés auxquelles sont confrontés les algériens dans leur quotidien.   La plupart se contentent de vagues promesses généralistes qui ne suscitent quasiment aucun intérêt chez la majorité des citoyens.

Des candidats qui se mettent en scène avec de pathétiques images les montrant en pleurs, émus, en burnous, en Djelaba, sirotant un thé, grignotant des cacahuètes, interrompus dans leurs discours par leurs partisans qui viennent les embrasser sur scène en les assurant de leur soutien…  Les réseaux sociaux pullulent d’images de ces candidats incapables de communiquer sérieusement et rendant souvent leurs apparitions aussi comiques que  pitoyables.

Tout cela sous fond d’arrestations de militants contestataires, de diatribes incessantes du Chef d’Etat-Major à l’égard de la « bande » dont il nous a promis de nommer ses représentants. On attend toujours …

Pire ! Plus que de défendre leurs « programmes », les cinq candidats plaident tous pour une participation massive à l’élection du 12 décembre. Peu importe le gagnant et peu importe le « programme ». L’essentiel est de participer et de répondre à la feuille de route de l’Etat-major !


Dans ces conditions, on pourrait légitimement se poser des questions sur leur prochaine confrontation médiatique annoncée par les médias. Les journalistes chargés de les interroger seront-ils à la hauteur de l’ « évènement » ?  Auront-ils la liberté de poser toutes les questions qui préoccuperaient  les citoyens ? Quand on voit la ridicule couverture de cette campagne par les médias officiels et privés, on est en droit de douter.

Non M. Belaid,  l’Algérie ne décollera pas le 12 décembre avec une nouvelle République ! Elle décollera lorsque les aspirations légitimes des citoyens, qui sont à bout, sont satisfaites. Elle décollera lorsque la raison l’emportera sur la démagogie et la passion. Elle décollera lorsqu’on cessera de mentir aux citoyens. Elle décollera si  on passe de l’autoritarisme actuel vers la vraie démocratie, et non une démocratie de façade. Elle décollera  lorsque des postulants au Koursi , soient capables d’identifier les priorités du moment sur le plan politique, économique et social et proposent des  propositions concrètes pour les résoudre et non un catalogue de mesures à la Prévert dépourvu de sens. Ils en sont loin ! Et les citoyens sont encore plus loin d’arrêter leurs revendications !  Si cette élection est maintenue, nul doute que la contestation des citoyens continuera quel que soit le gagnant de cette élection, dont on peut prévoir  le record absolu des abstentions et  qui démarrera son mandat avec le lourd handicap de son manque de légitimité populaire.


C’est Balzac qui disait « Tous ces prétendus hommes politiques sont les pions, les cavaliers, les tours ou les fous d’une partie d’échecs qui se jouera tant qu’un hasard ne renversera pas l’échiquier ».

Je rajouterai, surtout lorsqu’ils ne sont pas l’émanation d’une volonté populaire !


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2 Commentaires sur cet articles

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  • mokhnache
    27 novembre 2019 at 11:06 - Reply

    5candidats on choisi de repondre au systeme et d accepter d etre le “jokey democratique et constitutionnel” du pays ! …mais le pays c est d abord des hommes qui ont pris ses rennes et qui imposent leurs modes d organisations pour regner et entretenir leurs regnes! il sera difficile de croire qu il y a seul candidat de bonne fois qui ira au fauteuil presidentiel emancipé de toutes influences militaires et qui saurait franchir les lignes rouges qu on lui imposerait! chosisir d etre candidat contre plus de 90% des algeriens necessite du courrage beaucoup de courage et ne peut pas etre a la portée de quelqu un qui n a pas ete faconné dans les arcanes du pouvoir….il est vrais qu ils ne sont pas tres jeunes qu ils n ont pas grand choses a perdre ni notorité ni gloire ….mais n y a t il pas quelques choses qui s appelle convictions…sont ils vraimement convaincu qu ils pourront apporter la moindre chose aux algeriens????

  • faridbis
    28 novembre 2019 at 10:00 - Reply

    La partie d’échecs a commencé avec l’arrivée de Chadli. Elle se terminera au plus tard en 2025 par la destruction de la nation algérienne suite à une guerre civile (si on ne fait rien). L’Algérie connaîtra alors le sort de certains pays tels que l’Irak, la Syrie ou la Libye. Aujourd’hui, l’Algérie est en position d’Echec et mat mais sa population mal informée ne sait même pas qu’une partie d’échecs se déroule sous ses yeux.
    La démocratie est un objectif de long terme. Il y a d’autres priorités. Il faut récupérer notre indépendance et condamner les harkis qui nous dirigent. On sait qu’il faudra au moins une vingtaine d’années pour sortir notre pays de la zone rouge si des décisions salutaires sont prises rapidement. La raison ? C’est parce que le travail de sabotage irréversible est très élaboré et que le complot n’est pas médiatisé. Ce n’est pas en 5 ans qu’on sauvera nos écoles et nos universités. Contentons-nous de médiatiser le complot. On sait que l’Issaba a dilapidé 700 milliards de dollars et a programmé la privatisation des gisements d’hydrocarbures. On sait qu’elle a planifié une crise financière très grave avec le sabotage des gisements. On sait qu’on n’aura plus de quoi vivre, à l’épuisement des réserves de change dans 3 ans et qu’on sera forcé d’opter pour l’endettement. Le Hirak a réussi à faire la lumière sur l’identité de certains harkis qui étaient jusque-là cachés derrière le rideau. Il a aussi compris que certains barons n’étaient que des peaux de baudruche, de vulgaires fusibles. Le Hirak sait qu’après le 12 décembre, les hommes de pouvoir retourneront se cacher derrière le rideau. Les candidats promettent de beaux jours, le plein emploi des jeunes, la hausse des salaires… Mais d’où viendront les devises pour payer les importations de blé, de lait, de sucre, de médicaments etc.. sachant que les exportations d’hydrocarbures vont baisser?
    Le peuple doit ouvrir les yeux devant la triste réalité :
    1. Nous n’avons plus d’institution de sécurité nationale puisqu’un traitre condamné par la justice militaire a été nommé à la tête de Sonatrach.
    2. Ould Kaddour a dilapidé en 2 ans des milliards de dollars et a saboté plusieurs gisements.
    3. Il a été ex filtré et son mentor Chakib Khelil n’est pas poursuivi
    4. Des hommes qui dirigent le pays ne sont que de simples exécutants qui représentent des intérêts étrangers.
    5. La privatisation des hydrocarbures est la mission principale de la issaba
    6. L’Algérie connaîtra la famine et les pénuries dans 5 ans au plus tard dans le but de provoquer une guerre civile qui va justifier des interventions militaires étrangères.
    La Issaba demandera au Président adoubé de vendre Sonatrach et les gisements pour espérer lever des fonds qui vont permettre de garder un statu quo qui va mener le peuple jusqu’à l’abattoir en 2022.
    L’Algérie ne pourra échapper à son sort funeste que si on cesse de mentir aux citoyens. Le peuple algérien abandonné par ses élites et trahi par les médias est comparable aujourd’hui à un troupeau de moutons qu’on amène à l’abattoir. Son instinct de survie le pousse à sortir dans la rue pour essayer de se faire entendre et repousser le mauvais sort. Mais, personne ne lui dit ce qui se passe réellement et surtout ce qui l’attend. Ce qui se passe, c’est la continuité d’exécution d’une feuille de route qui planifie la faillite économique et sociale du pays. Ce qui l’attend, c’est un réveil très douloureux dans 3 ans qui se terminera par une guerre civile qui va justifier l’intervention des troupes étrangères déjà massées à nos frontières. La sécurisation militaire des futures installations d’EXXON, BP et TOTAL est l’objectif final de la feuille de route confiée aux traîtres qui nous dirigent depuis 30 ans. C’est l’objectif du GMEI.
    L’Issaba ne compte pas faire décoller l’Algérie après le 12 décembre. Mais la cocotte va exploser dans 3 ans car personne ne veut soulever le couvercle.

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