يومية الجزائر
Édition du
26 January 2020

Quel cap politique? Soyons réalistes, poursuivons le Hirak!

Blog Politique Société / 27 Décembre, 2019
https://www.radiom.info/

Nadjib Belhimer

La rue n’a rien à concéder, le réalisme, c’est le hirak – Ph DJS

Il est dit, au nom du réalisme, que cette révolution pacifique a été une première vague de changement qui a réalisé des acquis et que d’autres vagues viendront pour réaliser d’autres gains. Et qu’à partir de ce postulat, nous devons accepter le fait accompli, c’est à dire tout ce que le pouvoir a imposé par la force malgré la poursuite des manifestations pacifiques depuis dix mois.

Le fait accompli, ce sont les élections imposées de force et par lesquelles Abdelmadjid Tebboune a été installé à la Présidence. Il est nécessaire de rappeler que ceux qui ont réduit les exigences du peuple à la tenue des élections ont multiplié les concessions; nous sommes ainsi passés de l’exigence de réunir les conditions d’une élection honnête à l’acceptation du dialogue version Karim Younès et de l’Autorité électorale de Charfi; puis des cinq candidats du régime contre lequel le peuple s’est révolté pour exiger le changement; ceux-là ont renoncé également à l’exigence du départ des trois « B » et se sont retrouvés avec Tebboune président.

Ces concessions, ce n’est pas la rue qui les a faites. La poursuite des manifestations est une expression claire du refus de la politique du fait accompli, un refus net de reconnaître la légitimité des effets de la mascarade électorale. Il y en a cependant qui appellent à plus de concessions au nom du « réalisme ». Nous ne savons d’ailleurs pas ce que possède la rue qui pourrait être concédé : manifester reste toujours interdit, les médias ne sont pas libres et les règles régissant l’activité politique n’ont pas changé. Mieux, ce sont les figures de l’ère Bouteflika qui tiennent les choses en main dans tous les domaines et à tous les niveaux.

Que veut dire dès lors faire des concessions dans ces conditions? Cela veut dire tout simplement cesser de manifester. C’est une priorité du pouvoir qui n’a pas changé du 22 février à ce jour. Cette demande est désormais prise en charge par certains au nom du « réalisme » et du gradualisme en focalisant sur un vague appel au dialogue et les appels à créer de nouveaux partis en prévision des élections législatives.

Que signifie la fin des manifestations pour le pouvoir? Cela signifie qu’il pourra reprendre du souffle et s’affairer à réorganiser les bases sociales du régime, à renouveler les réseaux sur lesquels il s’appuie et à recruter de nouveaux visages classés jeunes et imputés à la révolution pacifique.

Pourquoi de nouveaux partis ne pourront pas changer la cartographie politique? Pour une raison très simple: les règles du jeu n’ont pas changé. Ces règles sont basées sur l’infiltration de la police politique dans tous les partis, syndicats et associations et même sur la possibilité de les créer, comme cela est arrivé dans le passé. De quoi permettre au régime de se confectionner une nouvelle façade sans que les règles de la pratique politique en vigueur – qui n’existent pas dans la constitution – ne changent.

Ce qui accrédite ce scénario est l’insistance pour que le processus de changement commence par le haut plutôt que par les fondements. Imposer un président de la manière que nous avons vue permet de réduire les choses à une révision de la Constitution. Ce qui ne changera rien à l’ordre des choses, comme le prouvent les précédentes révisions constitutionnelles; les partis, eux, resteront otages de ces règles, non écrites, de caporalisation de la politique.

Petit détail qu’il serait utile de méditer: Sidi Saïd a quitté le syndicat UGTA et il a été remplacé par Labatcha. Le flambeau a été transmis d’un vieux à un jeune, mais les pratiques n’ont pas changé. Le modèle de l’UGTA vaut par analogie aux dizaines d’organisations qui sont apparues lors des marches « spontanées » de soutien aux élections.

L’espace public n’a pas été libéré, les atteintes aux libertés n’ont pas besoin d’être prouvées. Dans ces conditions, mettre fin aux manifestations fermera la rue définitivement et toutes les marges dégagées grâce à la révolution pacifique disparaîtront. La poursuite des manifestations signifie accentuer la pression sur le pouvoir pour arracher un véritable changement. Cela peut sembler de l’idéalisme et exiger beaucoup de temps, mais la vérité est que la patience est le tribut nécessaire de la révolution pacifique.

La guerre psychologique qui est livrée par les médias du pouvoir vise à briser la détermination des manifestants. Elle est, en fait, un puissant signe de la pression que représente ces manifestations sur le pouvoir qui n’a pas gagné la bataille. Il n’a pas réussi, jusqu’à présent, à imposer le fait accompli, hormis comme discours et images dont la fabrication entraîne un surcroît de discrédit et d’aggravation de la crise de légitimité.

La révolution pacifique n’est pas le choix d’une catégorie sociale déterminée, d’une partie politique ou d’un courant idéologique, c’est un engagement national pour sauver l’Algérie d’un régime qui tente de renouveler sa façade et ses instruments pour durer plus longtemps.

Que les « réalistes » se rappellent des conséquences des concessions faites en 1995, 1997 et 1999. Qu’ils prennent sérieusement garde: si cette opportunité historique est perdue, elle laissera le champ à un régime qui a parié sur le discours de la haine et de la division, un discours qui a créé de profonds déchirements dans le tissu social. Un régime qui est prêt à aller très loin pour se perpétuer. Sauver l’Algérie prime sur tout et c’est là la quintessence du réalisme. Et seule la poursuite de la révolution pacifique est en mesure de le faire.

Traduit par la rédaction – Article original


Nombre de lectures : 3609
2 Commentaires sur cet articles

Laisser un commentaire

*

*

  • mokhnache
    27 décembre 2019 at 5:24 - Reply

    C’est un leurre que de croire que le systeme puisse etre en mesure un jour tout seul a proceder a des reformes politiques qui sauraient affecter son pouvoir! il faut considerer ca comme une donnée normale due a la nature meme du systeme qui estime etre le seul acteur du fonctionnement du pays ! il a ses auxiliaires et ne peut s en en passer ( l ugta les patis de l aliance au pouvoir et surtout son appareil administratif qui tisse ses tentacules ur tous les rouages de l etat ! c est encre dans la nature du systeme il fait tout pour que discrediter la societe civile !la societe civile c est pas une nebuleuse commes les auxiliaires du systeme lorsque ca disjoncte ils savent ou se ronger! la societe civile c est un catalyseurs de toutes les energies lorsqu elles sont animées pour des objectifs communs mobilisatteurs ca devient un veritable compresseurs qui peut neutraliser les icebergs les plus rigides ! qui sont ils? CE SONT LES REPRESENTANTS DE TOUS LES CORPS !
    -les auxiliaires de la justices : avocats huissiers , notaires , juristes consultants..
    -les representants syndicaux libres snapep…
    -les representants de la presse
    -les universitaires
    -le corps des experts financiers commissaires aux comptes…
    -le corps des medecins…
    -les differents corps de metiers architeutes ingenieurs..
    c est une veritable force qui dispose de toutes les informations sur l etat de la nation et qui peut se dresser comme un grand interlocuteurs si elle prend corps avec l elite!
    toutes cette formidable energie est capable de faire de la pression sur le systeme et de l aider a changer ou a prendre sa retraite il n a pas de choix car ce n est plus son temps c est une nouvelle epoque ou son role se trouve tres reduit!

  • Dria
    27 décembre 2019 at 5:41 - Reply

    Parmi les slogans de ce 45 vendredi

    Yal 3issaba dijina ma djabounach ya 3issaba Al 3askar mayahlemnach يا عصابة جينا ما جابوناش او يا عصابة العسكر ما يحكمناش

    Ankemlou biha besalmiya owé owé wanahou lasker mel mouradia owé owé انكملوا بها سلمية اوي اوي و نحو العسكر من المرادية

    Ya 3abane ya Ramdane ma jabounech Al Kiran
    يا علام يا رمضان ما جابوناش الكيران

    Ya Sahafa ya chiyatine entouma Sbabna yal medloulin يا الصحافة يا الشياتين انتوما اسبابنا يا المذلولين

    Ces quelques slogans résument la réponse du peuple. Du moment qu’il y eût une grande foule pour les obsèques (avec un plan orsec et mobilisation de bus et minibus, ainsi qu’une presse aux ordres). Que pensez vous de la foule de ce vendredi et des vendredi précédent . Une foule qui se déplace par ces propres moyens et qui doit traverser plusieurs barrages filtrants et des intimidations quand il n’y a pas de répressions et incarcérations comme ce fut le cas a Annaba entre autres…et sans oublier les Baltaguia qui entre en scène , des voyous qui la veilles étaient au funérailles de leurs idoles , ils ont une nouvelles missions cassez le Hirak et son pacifisme. Vous rêvez faites votre deuil par deux fois , pour la mort de votre gourroux et pour la mobilisation inébranlable du Hirak malgré vos intimidations.

    Prouvant par là qu’on a faire a un système et non pas a un seul générale c’est tout le gang des généraux qui doit partir nous continuerons le combat pacifiquement nous avons le temps pour les voir mourir . La mort du parrain ne veut nullement dire la disparition du système …Le combat pacifique continuera, il n’ y a pas d’autres alternatives.
    Les discours de casernes nous manque déjà , Madjid la coc doit nous faire un petit topo sur les baltagias dans son programme…en attendant il faut les filmer et prendre en photos rien ne perd tous se transforme .on les confondra et rendront compte dans l’état de droit qu’on arrachera tôt ou tard

  • Lire aussi