يومية الجزائر
Édition du
30 March 2020

Les résolutions de la Soummam sont incontournables pour bâtir une nouvelle République

Ait Benali Boubekeur

Soixante-deux ans après l’assassinat d’Abane Ramdane, l’Algérie se bat toujours pour la primauté du politique sur le militaire. Bien que le contexte soit différent –la révolution de novembre 1954 a tenté de poser les jalons de la future République, alors que la révolution du sourire tente de corriger la dérive –, force est de reconnaître que le combat demeure le même. Au risque de choquer les cachiristes, la libération du territoire ne signifie pas la libération du peuple. À moins qu’ils puissent nous citer l’exemple d’un pays épanoui sous la dictature militaire.
Naturellement, la question qui se pose est la suivante : comment se fait-il qu’un peuple qui a réussi à se libérer du joug colonial de 132 ans puisse accepter une nouvelle domination ? Dans les deux cas, le choix a été imposé au peuple algérien. Mais là où le bât blesse, c’est que la deuxième domination est contraire à l’esprit ayant présidé au déclenchement de la révolution algérienne, puisque les dominants se réclament d’elle.
En effet, après une langue nuit coloniale, les meilleurs fils de l’Algérie se sont dressés contre ce système profondément injuste. Avec des moyens dérisoires, ils ont défié l’une des plus grandes puissances de l’époque. D’emblée, l’objectif a été clairement affiché, à savoir la mise à mort du système colonial. Parmi les moyens de lutte, il y avait l’action des militants en armes et l’action diplomatique. Pour être objectif et pour ne pas être chauvin, c’est cette deuxième action qui a été décisive. Pour étayer cette thèse, il suffit d’examiner quelques chiffres. Au début de l’année 1960, environ 5000 maquisards intérieurs faisaient face à prés d’un demi-million de soldats français, et ce, au moment où près de 30000 maquisards se trouvaient aux frontières.
Pour revenir au contexte de 1955, tout le travail restait à faire. D’autant plus que sur les 5 chefs historiques de l’Intérieur, 3 ont été neutralisés. Du coup, depuis sa sortie de prison fin janvier 1955, Abane Ramdane déployait toute son énergie pour doter la révolution d’une vraie organisation politique. Jusqu’à preuve du contraire, personne n’a empêché ni Ben Bella ni Boumediene de prendre en charge, à ce moment-là, la révolution à l’intérieur du pays. Un clin d’œil à ceux qui remettent en cause le rôle d’Abane Ramdane.
En tout cas, même si le FLN a été créé un certain 23 octobre 1954, force est de reconnaître que toute l’organisation du parti restait à faire. Après avoir contacté les responsables de zones (elles deviennent wilayas après le congrès de la Soummam), Abane Ramdane a obtenu la dissolution de tous les partis nationalistes –à l’exception du MNA de Messali. Inutile de citer le PCA, car ce parti était un appendice du PCF – et l’intégration individuelle de leurs militants au sein du FLN.
Pour sceller l’alliance de tous les partis, un congrès national a été tenu à la Soummam, le 20 août 1956. Deux grandes décisions ont été prises. La primauté du politique sur le militaire et celle de l’Intérieur sur l’Extérieur. Et le moins que l’on puisse dire, c’est ce que ces décisions sont conformes à la logique révolutionnaire. Ce sont les militants de terrain qui définissent les objectifs de la révolution. Quant à la primauté du politique sur le militaire, il n’y a aucune révolution qui se bat pour l’instauration de la dictature.
Hélas, les adversaires à cette ligne démocratique étaient nombreux. Des chefs historiques emprisonnés à la « santé », seul Hocine Aït Ahmed apportait son soutien indéfectible aux résolutions de la Soummam. Après avoir soutenu le congrès de la Soummam, Krim Belkacem a vite changé le fusil d’épaule. En se rapprochant des deux autres colonels (Bentobbal et Boussouf), le triumvirat a sabordé le navire en supprimant, dès le mois d’août 1957, les deux principes phares de la Soummam et en assassinant quatre mois plus tard, l’architecte de la révolution, Abane Ramdane. Pour l’emblématique ministre des Affaires étrangères du GPRA, Saad Dahlab, le premier coup d’État remontait à cette date-là.
Bien entendu, ce coup de force n’a fait que libérer les forces réactionnaires de la révolution. À partir de janvier 1960, un groupe d’officiers aux frontières, à sa tête Houari Boumediene, ne songeait plus au combat libérateur, mais à l’après indépendance. C’est à peu près à cette date, notamment aux frontières, que le militant en armes a cédé la place au militaire, alors qu’à l’Intérieur les maquisards sont restés militants en armes jusqu’à l’indépendance. On comprend du coup les frictions en 1962 entre les troupes des frontières et les maquisards de l’Intérieur.
Depuis la victoire de la ligne dure lors de la crise de l’été 1962, l’Algérie est tombée dans l’escarcelle du haut commandement militaire. De coup d’État en coup d’État, l’état-major ne cesse de se fortifier. Le dernier en date est celui du 2 avril 2019. Bien qu’aucun Algérien digne ne puisse pleurer le départ de Bouteflika, force est de constater que l’application de l’article 102 a été imposée. Car, selon la loi, c’est le conseil constitutionnel qui doit constater l’incapacité du chef de l’État à assumer ses fonctions et non pas le chef de l’état-major de l’armée.
Cela dit, depuis le 22 février, toutes les manœuvres du régime ne trouvent aucune grâce aux yeux des manifestants. Pour ces derniers, la solution à la crise se résume au départ des responsables de la crise et la fondation de la nouvelle République conformément aux desiderata des meilleurs fils de l’Algérie qui ont sacrifié leurs vies pour que le pays recouvre sa souveraineté. Et qui dit une vraie République dit forcément le retour aux principes qui fondent les nations libres : la primauté de la volonté populaire –sans triche ni imposition – sur le chantage des fonctionnaires. D’où le vibrant hommage en ce 45e vendredi de la contestation au fondateur de ce principe, Abane Ramdane.


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