يومية الجزائر
Édition du
28 March 2020

La mafia aux millions de masques.

Ghania Mouffok


Dans sa « feuille de route » en 12 points à la nation et bien que les yeux absents, le président Tebboune a affirmé, le 17 mars devant des millions d’algériennes et d’algériens : « Nous disposons actuellement de 1 550 000 masques de différents types, parallèlement à l’acquisition en cours de 54 millions de masques supplémentaires. »
Aujourd’hui les personnels de santé, médecins, pharmaciens, infirmières, personnels responsables de l’hygiène s’interrogent : ils sont où ces millions de masques nécessaires, en priorité, à la protection de toute la chaîne de soin, et ensuite aux algériens et algériennes qui ont le droit de se protéger et ce faisant de protéger toute la communauté nationale ?
Une amie pharmacienne témoigne : « Dans mon quartier alors que mes stocks se vident, en face de ma pharmacie dans des conditions d’hygiène déplorables se vendent tous ces produits, masques, gels, gants, que je suis incapable d’obtenir y compris pour protéger mes employés, vendeuses, et moi- même, auprès de mes grossistes habituels. »
En revanche ces mêmes produits se vendent sur internet : « et, quand je passe commande et que j’ajoute que je suis pharmacienne, on me dit que ma commande est annulée, cela veut dire quoi ? » Des sites qui n’acceptent que des achats se chiffrant par milliers : « pas en dessous de mille articles ».
Un petit grossiste depuis une grande ville de l’intérieur ajoute : « Sur le marché, il est impossible de continuer à constituer nos stocks dans des proportions raisonnables pour les écouler. Ce sont des containers qui me sont proposés à des prix que moi-même je ne peux assurer, jusqu’à 35 milliards de Da »
Des informations inquiétantes et certaine impossible à vérifier mais qui circulent et démolissent le moral des personnels de soin, de santé, mobilisés au risque de leurs vies et qui sont en première ligne de la colère populaire, comme abandonné par une politique gouvernementale illisible.

Pendant que des collectifs d’algériens et d’algériennes s’auto-organisent depuis leur savoir- faire, leurs consciences aiguës et aiguisées de l’intérêt général pour pallier à une pénurie noire et aux défaillances de l’état.

Qui sont ces barons des circuits de distribution du marché du médicaments et des produits pharmaceutiques qui gèrent les stocks, créent la panique, créent la pénurie, font monter les prix après s’être accaparés de fait le monopole de ces produits aujourd’hui vitaux et qui menacent la santé de tout un pays et défient l’état ? Qui sont ces criminels qui sont plus forts que l’état et la société ? Qui sont ces criminels qui imposent leur avidité, leur cupidité à tout un pays ?
Que compte faire ceux qui nous gouvernent avec le bâton de la police, les services de renseignements, des hélicoptères pour nous compter et nous filmer et des tribunaux pour nous juger au lieu d’utiliser les outils policiers, militaires et juridiques, les outils de l’ordre public qui sont les leurs pour mettre fin à cette maffia du médicament qui menace la santé publique, la cohésion nationale et l’état nation ; déjà fortement contesté par une société en éveil, consciente des enjeux de l’heure, prête à s’auto-organiser, une société inquiète mais pas aveugle et qui a dit : « klitou lebled ya serakine, klitou le bled ya kedabine ? » Aujourd’hui encore ? Aujourd’hui aussi ?
Qu’attendent ceux qui nous gouvernent pour mobiliser la force qui est la leur et agir, au lieu de feindre d’agir et mettre fin à ces circuits parallèles de l’argent noir en ces circonstances exceptionnelles qui bouleversent toute la planète, et soulèvent des solidarités inédites et spectaculaires au sein de tous les peuples du monde ?
Ce sont ces mafias qui menacent l’unité nationale, ce sont ces mafias qui menacent l’état nation, ce ne sont ces mafias qui insultent l’emblème national, pas les détenus d’opinion.
A ceux qui nous gouvernent : libérez la parole citoyenne au lieu de la menacer.
Enharrachez cette mafia au lieu de la laisser faire, sa place est en prison, à moins de se faire complice de cette mafia virus, pire que le covid 19, en la laissant en embuscade devant des hôpitaux, des pharmacies, et tous nos marchés déjà malades de toutes ces années d’économie sauvage, depuis la fin du monopole de l’état sur l’importation des médicaments.

Un état ne peut prétendre être un état protecteur quand il ne défend pas, n’assume pas ses missions de service public et n’impose pas l’ordre public par la justice et la force de la loi au service de l’égalité. Un état ne peut prétendre mobiliser une société, être entendu, écouté si ceux qui l’incarnent ne le respectent pas.
Et, personne ne pourra m’accuser de fake news.
Dans ses missions le président Tebboune a reconnu lui – même ce problème en déclarant que parmi les décisions arrêtées par son gouvernement figurait la : « lutte et dénonciation des spéculateurs qui exploitent, sans scrupule, l’état de panique générale pour stocker les produits de base dans le but de susciter une pénurie et augmenter les prix. »
Celui qui sait agit ou démissionne.


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