Des chiffres et des questions…

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YOUCEF L’ASNAMI·

LUNDI 20 JUILLET 2020·

Si on croit le Président Tebboune nous avons 60 milliards de dollars de réserves de change, 25 milliards de recettes pétrolières et notre agriculture génère en termes de production l’équivalent de 25 milliards de dollars. Hada Makane ! Et donc tout va bien Wel Hamdou Li Allah.Autant il est relativement aisé d’avoir des chiffres raisonnables sur nos exportations d’énergie, autant j’ai de sérieux doutes quant aux deux autres chiffres.Cela fait des mois que ce chiffre de 60 milliards de resserves de change est avancé pour rassurer et ce, bien avant la crise du corona qui a mis à genoux de nombreuses économies dans le monde poussant la majorité des pays à s’endetter pour faire face aux conséquences désastreuses de la Covid 19 sur le plan économique, sanitaire et social.

Le Président a cité à maintes reprises la politique développée par les puissances occidentales pour contrer les effets du corona sur leurs économies respectives, mais ses comparaisons étaient incomplètes. Oui, dans certains pays l’armée a été rappelée à la rescousse pour faire respecter le confinement. Et, face aux nombreuses indisciplines des citoyens algériens rapportés par les réseaux sociaux et la presse, il aurait fallu faire la même chose chez nous. Comme on l’a fait pour encadrer le Hirak nettement moins dangereux que le virus corona !On est en droit de se demander d’où sort ce chiffre de 25 milliards de dollars que générerait l’agriculture alors que le Président lui-même a reconnu à maintes reprises l’absence de statistiques fiables en Algérie.

Ce qui l’a du reste conduit récemment a créer un ministère chargé des statistiques. De plus je ne vois pas le rapport entre des recettes énergétiques générées par nos exportations et une production agricole nationale destinée principalement à la consommation interne et non à l’exportation. Alors pourquoi mettre ces deux chiffres cote à cote ? Un non-sens approuvé par les deux journalistes avec des acquiescements incessants. Pour se rendre compte du drame de la communication institutionnelle, il suffit de parcourir les sites ministériels algériens. Karitha Wellah !En janvier 2016, j’écrivais « Des sites non à jour pour la plupart, un lamentable design, des contacts quasi inexistants, ou qui ne répondent jamais, des informations erronées… Chaque ministère utilise ses propres logiciels que ce soit pour la bureautique, le traitement des données, les logiciels antivirus, le graphisme etc. Ce qui ne facilite ni l’échange de données intra ou inter ministériels, ni la lisibilité de la « charte graphique » de nos institutions ministérielles.

A l’heure de la mondialisation et surtout de l’avènement des logiciels libres de droit dans tous les domaines (navigation internet avec Firefox en version arabe et français, Libre office pour la bureautique, Mozilla Thunderbird pour la messagerie, Peazip pour la compression, SyncBack pour la gestion individuelle des sauvegardes, VLC pour la lecture des flux…), il n’est pas normal que nos institutions aient pris un tel retard.
Des comparaisons ont été faites par la presse nationale entre les sites institutionnels des ministères algériens et/ou marocains et tunisiens. Le résultat est sans appel. Et vérifiable. L’Algérie a pris un retard considérable dans ce domaine.
Et pourtant, le ministère de la communication possède en son sein une « direction de la communication institutionnelle » avec comme objectifs de :
– contribuer à l’élaboration du plan national de communication institutionnelle,
– coordonner les actions de communication institutionnelle et sociale,
– proposer des actions de la communication institutionnelle à l’intérieur et à l’extérieur du pays.
».

Plus de quatre années après, on en est toujours là !Quant aux statistiques proprement dites la plupart, quand elles existent, relèvent du pur folklore. Non pas parce qu’il y a une volonté de cacher des chiffres qui fâchent. Non ! Juste un manque de compétences capables d’élaborer une stratégie en terme de recueil de données statistiques. Et sans données statistiques fiables, il est illusoire de gérer quelque secteur que ce soit sans tomber dans le bricolage aggravé par une opacité criarde érigée comme moyen de gouvernance par tous les pouvoirs qui se sont succédé aux commandes du pays et à tous les niveaux des rouages de l’État.Un des anciens ministres des finances, après avoir quitté le pouvoir, a affirmé que personne ne sait ce que rapporte réellement, en termes financiers, la fiscalité pétrolière au pays. Des montagnes de chiffres relatifs à la situation économique, sociale ou l’emploi sont avancées sans que l’on sache comment ils ont été élaborés. Qui est en mesure de donner des chiffres fiables sur notre dépendance alimentaire, l’état des finances publiques, le chômage, la production agricole ou industrielle, l’état de notre système éducatif ou social ? Il arrive parfois de trouver des « chiffres » dans les sites des organismes internationaux (FMI, banque mondiale, ambassades, presse spécialisée…) mais pas au niveau des institutions algériennes qui les ont fournies.Opacité des chiffres mais aussi opacité des institutions.

Presque aucun de nos ministères, wilayas ou grandes sociétés publiques ne présentent sur leur site – quand il existe et mis à jour- un organigramme détaillé du « Qui fait quoi » avec les coordonnées des responsables. Contacter un responsable, fusse t-il un sous directeur ou chef de bureau dans un ministère relève de l’exploit quand on n’est pas dans le système ou si on n’a pas de Ma3rifat. Quant aux chefs de cabinet, secrétaires généraux et autres k’makams aux commandes, cela relève de la mou3djiza d’avoir leurs coordonnées mail ou téléphone professionnels.Nous pouvions comprendre, au moment de la décennie noire, que cette discrétion des données était justifiée pour des raisons sécuritaires. Sauf que là, on nous assène que le pays est en paix et que la sécurité est assurée pour tous les algériens. Himala pourquoi cette opacité excessive ? Qu’a-t-on à cacher ?

De tout cela, les deux journalistes choisis pour interviewer le Président n’ont en pas parler se contentant de questions généralistes très vagues et top généralistes qui frôlaient parfois le ridicule. Une sortie ratée !

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