Lettre au journaliste Khaled Drareni.

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Prison d’El Harrach Alger

« Le journalisme dans les systèmes autoritaires, c’est parfois une aventure humaine qui porte en elle toujours des espoirs. Le propre de ces régimes, c’est d’éteindre à petits feux les espoirs des gens.» Mohammed Harbi

            A travers cette lettre ouverte, je m’adresse à tous les détenus d’opinion, qui comme vous, subissent les foudres de la démocrature algérienne, qui s’est appropriée la terre, la mer, le sous-sol et les cieux. Celle qui ne tolère aucune critique et qui use et abuse de tous les stratagèmes, à la fois, pour broyer psychologiquement et physiquement les esprits libres tout en isolant celles et ceux qui se battent pour recouvrer leur dignité et débarrasser l’Algérie de tous ces impotents et ventripotents maffieux au ventre plein.

            Je vous transmets toute mon estime et vous exprime mon entière solidarité à vous et aux centaines de mes compatriotes qui ont été condamnés par ces magistrats larbinistes qui tentent d’injecter leur propre syndrome dans les veines d’une société pour la rendre complètement inerte et docile.

            Ce pouvoir illégitime, je ne le découvre pas, je connais ses forces de nuisances et sa capacité à trouver, malgré son agonie, une clientèle parmi les personnalités, dont le passé, nous dit-on, est quelque peu respectable et irréprochable. Pourtant, je reste persuadé que s’ils arrêtent et condamnent à outrance c’est qu’ils savent que l’instant de leur déchéance se rapproche. Le Hirak leur fait très peur et continue de les hanter. Les guerres internes qui éclatent au grand jour nous montrent que leur temps est révolu. Pire encore, le Hirak a dévoilé et ce malgré les apparences affichées, la fragilité de leurs stratégies et leur impossible statu quo.

            La sentence prononcée contre vous est très lourde – trois ans de prison ferme- j’en suis vraiment outré !  En frappant fort ils veulent faire de vous un symbole pour l’exemple et pensent de la sorte décourager les plus coriaces, les plus populaires, et les plus épris de liberté.  Je suis en colère parce que cette sentence à été prononcée à un moment où le peuple a montré sa maturité en gelant les grandes manifestations. Je le suis encore plus parce que des personnes dangereusement irresponsables ont la main mise sur notre pays et sont prêtes à tout, quitte à mettre le feu une nouvelle fois, pour garder leurs privilèges et leurs castas.

            Votre corporation a tant souffert depuis le parti unique. Elle a tant donné en vies humaines, pour la liberté d’expression, pour la liberté de penser, pour la liberté de dire et de commenter tout simplement comme vous l’avez fait jusqu’à présent. Des dizaines de journalistes algériens sont morts pour avoir osé défier avec leurs plumes les différents diktats. Mais, malheureusement, nombreux sont ceux qui ont aussi trahi l’esprit de feu Said Mekbel et de tous ceux qui se sont sacrifiés pour l’Algérie démocratique. C’est peut-être pour cette raison que l’on vous fait payez un si lourd tribu, simplement pour vous faire rentrer dans les rangs, abdiquer et bannir tout esprit critique ou contestataire : c’est à dire faire de votre métier un gagne-pain quotidien mais surtout pas une vocation.

            Pourtant, cette sentence, aussi lourde qu ‘elle soit, prouve simplement que vous êtes dans le vrai et qu’ils auront toujours peur tant qu’il restera des femmes et des hommes libres.  Le journaliste est un métier noble et rares sont ceux qui l’on servit avec autant de fougue et de véracité ! Pendant que les gens du Hirak conspuaient vos confrères des médias corrompus, présents pour « couvrir » les marches hebdomadaires, vous, vous êtes rentré par la grande porte. Vous êtes rentré dans le cœur de millions de vos concitoyens pour avoir su, avec toute simplicité, être vous-même et faire honneur à cette profession gravement bâillonnée. Vous avez su retourner avec dignité ce quatrième pouvoir contrôlé par les services et la finance pour en faire l’arme fatale du peuple-classe.

            Si les pronostics sur votre proche libération sont déjà lancés, -je l’espère vivement pour tous les détenus ainsi que votre réhabilitation- l’Histoire retiendra que certains de vos consœurs et confrères se sont contentés de signer quelques pétitions pour votre libération, mais personne n’est dupe, l’Histoire retiendra surtout que vous avez été affectueusement adopté par votre merveilleux peuple. Vous pouvez être fier d’avoir su provoquer un énorme élan de solidarité et de soutien en Algérie et à travers le monde.  Gardez le moral et la santé, vous en sortirez bientôt grandi, et restez le dernier rempart face à la tromperie, la supercherie et la manipulation des masses. Le dernier rempart face à l’opacité et l’omerta qui règnent dans notre pays.

Avec toute ma sympathie.

Nesroulah Yous

Le 27 août 2020

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