OCTOBRE 1988 : LE REVE BRISE D’UNE JEUNESSE

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Abbes Hamadene

  Les évènements d’octobre 88 constituent un repère dans notre mémoire collective. Les méthodes répressives dont a usé le régime rappellent à bien des égards le colonialisme et sa sauvagerie. La vraie-fausse ouverture politique et la décennie noire qui s’en est suivie prouvent que les généraux, le noyau dur du système, étaient prêts à mettre le pays à feu et à sang pour garder leur pouvoir.

OCTOBRE 88 : MÉTHODES RÉPRESSIVES COMME À L’ÉPOQUE DE LA BATAILLE D’ALGER

Octobre 88 restera à tout jamais gravé dans la mémoire collective nationale. C’est le premier soulèvement populaire d’ampleur nationale contre le pouvoir politico-militaire depuis l’indépendance. Un soulèvement réprimé dans le sang. Lors de ce soulèvement populaire, les Algériens découvrent avec effroi, le visage d’un pouvoir capable de tuer ses propres citoyens avec une sauvagerie inouïe et impensable. A Bab El Oued et dans beaucoup de villes du pays, les forces de l’ordre tirent sur des jeunes désarmés qui manifestent pour exprimer leur colère contre la Hogra et leur désir de vivre dans la liberté et la dignité. Des milliers de personnes sont arrêtées et soumises aux méthodes de torture les plus atroces, les mêmes que celles utilisées par la 10e division parachutiste du Général Massu pendant la Bataille d’Alger. Dans les commissariats, les brigades de gendarmerie, les locaux de la SM (Sécurité militaire), dans des lieux indéfinis, on torture des milliers d’Algériens souvent arrêtés par hasard. Les tortionnaires étaient conduits à faire subir à leurs innocentes victimes des douleurs physiques et psychologiques sans un but apparent. Il n’y avait aucun aveu à arracher à de simples citoyens qui n’appartenaient à aucune organisation terroriste ou « subversive ».Sadisme à l’état pur ? Inconscience frisant l’imbécillité ? Ou volonté délibérée et calculée pour pousser des milliers de jeunes dans les bras de l’Islamisme radical et de la violence politique ?Tout compte fait, octobre 88 a confirmé que la violence est une valeur fondatrice du pouvoir militaire en Algérie. La plus odieuse des politiques est celle utilisée par un pouvoir qui cherche à s’imposer à ses citoyens par la violence et le mépris des vies humaines. Le bilan répressif d’octobre 88 est certes très lourd par son ampleur (plusieurs centaines de morts et des milliers de blessés), mais ce qui est encore plus insupportable pour les Algériens, ce sont les méthodes utilisées par les forces de l’ordre qui leur rappellent beaucoup celles employées par l’armée coloniale durant la guerre de libération. Ce rapprochement est venu réactiver une mémoire traumatique de tout un peuple, longtemps anesthésiée par l’espoir tant attendu de vivre dans la dignité promise par l’indépendance.

OCTOBRE 1988 : LA PARENTHÈSE DÉMOCRATIQUE

Le soulèvement populaire d’octobre 1988 est un chapitre de notre histoire tragique qui n’a pas encore livré tous ses secrets liés aux manœuvres tramées dans les laboratoires du DRS. Beaucoup de choses ont été dites et écrites au sujet des manipulations possibles qui l’ont entouré. Il est encore difficile de disposer de données suffisantes pour privilégier une hypothèse sur une autre. Dans la foulée de cette révolte, des réformes sont annoncées tambour battant par le pouvoir, dont la plus importante est la fin du parti unique. Malgré les ambiguïtés du discours officiel, les Algériens étaient nombreux à croire à la fin de la dictature militaire. Cet espoir s’est amplifié avec la reconnaissance du multipartisme, le retour de prestigieux exilés politiques (Aït Ahmed, Ben Khedda…), la sortie de la clandestinité de partis et organisations politiques, l’ouverture relative et contrôlée du champ médiatique…Pendant ce temps-là, un clan de généraux constitué de Toufik et d’anciens officiers de l’Armée française (Larbi Belkheir, Khaled Nezzar, Mohamed Touati, Mohamed Lamari…) s’active dans l’ombre pour prendre le contrôle de l’Etat et de toute l’institution militaire.Une stratégie a été mise en place par cette caste de généraux qui reposait sur une fausse ouverture politique et sur de faux partis d’opposition créés ou parrainés par le DRS dans le but de brouiller les cartes et surtout pour neutraliser la vraie opposition. Durant des mois, le pouvoir donnait l’impression de laisser s’installer la violence et les discours extrémistes pour pouvoir jouer le rôle du « sauveur » de la république : 2 ans après, c’est le cauchemar de la décennie noire.

DU 8 mai 1945 AU 22 FÉVRIER 2019 : UN MÊME COMBAT !

Trop habitué à asservir les Algériens, le pouvoir continue encore aujourd’hui de substituer son agenda politique à celui du peuple en cherchant à imposer sa farce constitutionnelle. Ce n’est pas en menant la guerre contre son peuple qu’on honore le 1er novembre ou la mémoire des chouhadas. Engoncé dans ses certitudes, le pouvoir feint d’ignorer cette évidence.Les manifestations populaires du 8 mai 1945 (Sétif, Guelma et Kherrata) , du 20 août 1955 (Skikda), du 17 octobre 1961 à Paris, d’ avril 1980 (Kabylie), novembre 1986 (Constantine), octobre 1988, printemps noir 2001 (Kabylie), février 2019 s’inscrivent dans des contextes historiques différents, mais elles sont portées par la même espérance : la conquête de d’une vraie indépendance et la construction d’une Algérie libre, démocratique et social. Cette construction doit passer par une transition démocratique indépendante du pouvoir, dont la finalité est d’aboutir à une refondation institutionnelle qui remette les droits fondamentaux des citoyens, les libertés individuelles et collectives, le pluralisme politique et culturel, l’égalité en droits entre hommes et femmes, l’indépendance de la justice, la liberté de la presse au cœur d’une nouvelle constitution issue d’une Assemblée constituante librement élue par le peuple.

LES VICTIMES D’OCTOBRE 1988 SONT DES MARTYRS DE LA LIBERTE. NE LES OUBLIONS PAS !

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