UN CRI DE COLÈRE

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                Abdellah CHEBBAH                                     

Est-ce par hasard que je naisse un jour dans un très beau pays aux ressources et aux dimensions incommensurables, aux couleurs vives qui rappellent la liberté de vivre, aux contrastes de la nature qui font épouser la mer et le ciel, la terre et le soleil, le vert, le rouge et le blanc ?

Fallait-il que je naisse pour ne pas apprécier ces dualités, que je sois aveugle devant ces splendeurs, amorphe devant cette réalité, mué par ma passivité pour me réfugier dans une solitude pour éviter le non sens, m’enfermer pour ne plus rien dire, sourd pour continuer à vivre en ermite, reclus sur moi-même pour ignorer ma vie pour uniquement exister, m’interdire de rêver, perdre confiance en l’espoir, que mon destin soit falsifié par cet hasard, que je me remette en cause pour être né sur ce sol, m’exiler et abandonner pour réinventer mon destin?

Fallait-il que l’histoire de ce pays soit réduite au charlatanisme et au banditisme politique, que sa réelle histoire soit violée et falsifiée précocement, que la vérité s’estompe devant le mensonge, que mes parents meurent pour que je sois recolonisé par des vendus, que je renie mes ancêtres, que je m’absous devant l’injustice et me plies aux rumeurs et aux fourberies de l’inculte, me créer des ennemies pour m’isoler, me taire toute ma vie, accepter ce destin pour vivre dans l’incertitude et dans l’errance et accepter un sort imposé?

Fallait-il perdre la raison de vivre au détriment d’un paradis céleste inconnu et incertain, que je prie dieu tous les jours pour avoir des réponses à mes malheurs, que je vénère quelqu’un d’autre que dieu, m’absous à l’ignorance, à l’intolérance, à l’obscurantisme, à l’arbitraire, au non sens?

Pourquoi suis-je né dans une jungle et m’obligé à faire ce que font les fauves?

Avec le temps, les chemins à emprunter devenaient de plus en plus sinueux. Les divers choix  me laissaient hésitant et dubitatif.

On m’a confisqué mes droits et mes libertés pour vivre ma vie comme je le souhaitais. J’ai suivi un chemin que je n’ai pas choisi. Déjà enfant, ma vie avait été façonnée. J’ai été confronté à des situations relevants de la fiction, à un monde hasardeux, préhistorique, fait de mythes et de fausses croyances.

Pourquoi autant de contraintes et de supplices ont bouleversés mon parcours prédestiné? Je ne blâmerai personne, uniquement ceux qui ont fait de ce pays paradisiaque, un enfer.

Je ne veux pas de ce destin pour mes enfants, Je ne veux pas qu’ils vivent comme j’ai vécu, qu’ils soient atteint d’une surdité, d’un mutisme et d’un aveuglement imposés. Je veux qu’ils soient éduqués et instruits pour grandir et vivre avec honneur, fierté et dignité, qu’ils sachent d’où ils viennent et où ils vont, qu’ils soient responsables et autonomes, qu’ils décident pour eux-mêmes, qu’ils apprennent à aimer leur prochain et faire du bien, qu’ils s’ouvrent au monde, à la diversité, qu’ils sachent qu’ils ont des droits, des libertés, des devoirs et des responsabilités, qu’ils soient des citoyens et non des sujets, qu’ils vivent heureux parmi les leurs, qu’ils sachent que la réussite est possible, qu’ils bannissent l’ignorance et la pauvreté,  qu’ils écrivent leur histoire et celle de la nouvelle Algérie, qu’ils y tiennent à leur patrie en prenant bien soin d’elle.

Je veux que les martyrs sachent cela, que leurs petits-enfants ont réussi.

Voilà pourquoi un 22 février, l’Algérie toute entière s’est fixé rendez-vous dans la rue pour scander haut et fort leur mécontentement et leur refus d’être gouvernés par une horde de voyous et de bandits.

                                                    Vive l’Algérie libre et indépendante

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