Algérie/France. B2 NAMOUS. Du politiquement «correct » au gazage post-indépendance.

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Suite à l’article de notre compatriote Abbes Hamadène concernant la base secrète d’Oued Namous où les français avaient poursuivi leur programme expérimental d’armes chimiques après l’indépendance, nous avons reçu un nouvel article concernant cette base secrète et ses méfaits, de notre compatriote, Mr Si Ahmed, expert des Nations Unies pour les changements climatiques et que nous tenons à remercier pour ces précieuses clarifications.
Salah-Eddine SIDHOUM.

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« Le 23 octobre 1997, le Nouvel Observateur fait une révélation fracassante jamais démentie, ni du côté de l’Etat français, ni du côté du pouvoir algérien. Cette révélation porte sur la présence dans le plus grand secret d’une base militaire française dans le Sahara algérien qui portait le nom de « B2 Namous » nous rappelle Abbes Hamadene sur le Quotidien d’Algérie du 20/12/2020.. Cette « Révélation » relative à la base secrète de l’armée française qui avait été opérationnelle jusqu’en 1984 et fermée en 1986 ou plutôt devrais-je dire abandonnée, m’interpelle à plus d’un titre.

D’abord, il faut préciser que  les révélations du » Nouvel Obs » relèvent d’une affabulation pour la simple et bonne raison qu’en tant que chef de bureau au Secrétariat d’Etat aux forêts et au reboisement (créée en 1981 et en charge de la protection de l’environnement) j’avais dépêché trois missions techniques à Oued Namous  au début  des années 80 suite à des décès mystérieux aux abords de cette base, de camélidés et d’ovins atteints d’une sorte de folie qui les faisait courir jusqu’à en perdre le souffle.

Suite à ces missions et après plusieurs échantillonnages qui ont révélé la présence d’agents hautement toxiques dont certains entraient dans la composition du fameux « gaz moutarde » et utilisé comme gaz de combat par l’armée française (certains affirmaient qu’il avait même été utilisé pendant notre guerre d’indépendance), on a également découvert  des tonnes de matériel y compris des véhicules militaires, de grosses quantités de bidons renfermant différents produits chimiques dont certains toxiques et du carburant diesel et essence. Tout ceci était enfoui sous le sable et abandonné aux aléas du temps.  Sans surprise, l’écoulement de ces substances chimiques a pollué les puits environnants ou s’abreuvaient les braves bêtes contaminées.

Un rapport détaillé et circonstancié avait été adressé, en 1984 du temps de la présidence de Chadli avec un exposé documenté (photos, films et relevés d’analyses) et qui avait été présenté à un conseiller scientifique à la présidence en présence d’officiers des services de sécurité rattachés à la présidence.

Ce rapport démontrait, à l’époque, et sans équivoque qu’il y’ avait bel et bien une contamination des sols et des puits environnants prouvant ainsi la responsabilité toute entière de l’armée française pour négligences graves et le silence inexpliqué des autorités algériennes (même s’il nous avait été affirmé qu’aucune inspection des lieux n’était autorisée par l’armée française). Ce rapport, classé « secret défense » nous a été retiré et par conséquent nous n’étions plus en mesure d’assurer un quelconque suivi. La seule décision qui avait été prise à l’époque, selon mes souvenirs, c’est la fermeture, par les services de la wilaya de Bechar de l’époque, de deux (02) puits qui avaient révélé des niveaux élevés de contamination, causant ainsi de grosses contraintes aux propriétaires de bétail. En compensation, et pendant une certaine période, des camions citernes avaient été acheminés sur place tout en sachant qu’il ne s’agissait que d’un palliatif d’urgence. Par ailleurs, il était attendu que les éleveurs soient dédommagés par l’armée française pour les pertes subies. J’ignore ce qu’il est advenu de cette proposition…

Aujourd’hui, le discours populiste des décideurs ( qui se sont accommodés de la présence d’une base militaire française effectuant des essais d’armes chimiques et bactériologiques avec des effets dangereux pour les humains et sur l’environnement pour une période indéterminée après l’indépendance)  prétendument anti-impérialistes et hostile à l’ancien colonisateur , continuera-t-il à anesthésier le Peuple ?, A entendre un certain général Benyelles dire qu’il ignorait l’existence de cette base porte est tout sauf vraisemblable. Idem pour l’ancien président français François Hollande qui avait parlé d’une « décontamination » et qui n’est qu’une simple vue de l’esprit. Car il s’agit d’une opération longue et coûteuse qui consiste à un nettoyage des sols sur une superficie non négligeable, et sur une profondeur de plus de 300 à 400 mètres pour atteindre la nappe existante et procéder à une minutieuse neutralisation de toutes les substances chimiques ayant percolé jusqu’à cette profondeur.

A ma connaissance cette opération n’a jamais eu lieu. Plus grave, il n’avait pas été procédé à l’enlèvement immédiat de substances chimiques et matériels enfouis. Je ne sais si cette une quelconque opération d’enlèvement a eu lieu par la suite.

 En tout état de cause, il s’agit pour moi d’une négligence criminelle grave qui n’a peut-être pas révélé tous ses secrets, tout comme d’autres scandales de contaminations chimiques et autres atteintes graves à notre environnement et à la santé des populations qui ne manqueront pas, j’en suis convaincu, de remonter un jour à la surface…

S.M.Si Ahmed

Expert des Nations Unies pour les changements climatiques et à la protection de la couche d’ozone et ancien sous-directeur des études de l’environnement en Algérie.

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