La mémoire entêtée 

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Salim METREF

Passion ravivée, cordon ombilical, relation passionnelle, histoire commune. Que de qualitatifs inappropriés ! Seules les blessures et les meurtrissures sont ravivées. La relation entre l’Algérie et la France ne sera que ce que continuera de révéler l’avenir, une page sombre d’une monstrueuse épopée jalonnée de génocides et de crimes commis et auxquels aucun substitut ne pourra être trouvé. Pas même ces prétendus drames de ceux qui sont partis, certains  fuyant la folie meurtrière de l’OAS, d’autres leurs propres crimes où d’autres encore qui s’allièrent au colonialisme contre leurs propres frères de sang et qui ne purent pour beaucoup embarquer dans ces bateaux en partance vers des contrées où ils ne furent jamais les bienvenus.

Le rapport Stora est un non évènement. Juste probablement une volonté de faire encore parler de soi et d’essayer de reprendre pied en Algérie, aidé en cela par ceux qui osent ici nous parler encore de cordon ombilical. Mais de quoi parle-t-on au juste ? L’Algérie n’est pas née de la France tout comme la France de l’Algérie ! L’Algérie fut une aventure dont beaucoup ne voulurent pas vers une terre qui appartenait à d’autres. Les richesses y furent pillées, les femmes violées, les hommes  mutilés, bannis, conduits au bagne, expropriés et souvent liquidés. Les enfants qui furent victimes et témoins de tout cela constituèrent au final le vivier du nationalisme algérien renaissant.

Il est regrettable qu’un historien qui jouit pourtant d’une certaine estime et d’une certaine crédibilité de ce côté-ci de la Méditerranée se soit approprié les thèses de prédilection des historiens révisionnistes français et des revendications en la matière des ténors de l’extrême droite française et se soit ainsi enfermé dans les limites imposées par l’état profond français dont tout le monde connait non seulement la haine viscérale pour l’Algérie indépendante mais aussi l’agitation permanente devenue le leitmotiv comme faire diversion et parasiter la volonté des forces nationales algériennes de diversifier le partenariat international de ce pays et de scruter d’autres horizons.

Les juifs qui surent si habilement négocier, obtenir et profiter de leur statut de supériorité aux indigènes de ce pays grâce au décret Crémieux et qui quittèrent ce pays le firent souvent de leur propre gré où sous l’effet de leurs propres crimes comme ceux commis par ceux d’entre eux qui furent des membres actifs et des miliciens de ces fameux commandos Delta de l’OAS. Les autres, d’authentiques juifs algériens, prirent par contre fait et cause pour leurs frères de combat et s’allièrent à la cause algérienne. Maurice Audin fut l’un d’entre eux.

Soyons précis. La demande algérienne de repentance de la France officielle pour ses crimes commis en Algérie n’est justifiée que par les légitimes réparations matérielles et autres indemnisations qu’elle induira. Il ne s’agit pas d’espérer de jours meilleurs mais juste d’une relation d’égal à égal entre deux entités souveraines et distinctes comme pourrait l’être une relation avec une autre partie tierce. A cet effet, le recensement des genocides et crimes commis, des pillages effectués et la reparation des effets devastateurs des essais nucléaires conduits et ceux d’élaboration de substances chimiques qui continuent  d’amputer des personnes et de polluer des sols est le premier pas qu’il est nécessaire d’effectuer.

Le contentieux fondamental entre l’Algérie et la France a été réglé. Il a été signifié par l’indépendance de l’Algérie, elle-même actée par le combat liberateur du peuple algérien. L’Algérie se doit d’être aujourd’hui consciente de son envergure et du rôle majeur dans la region qui lui incombe du fait de sa puissance en devenir et de ses alliés traditionnels et historiques comme  la Russie, la Chine, l’Iran, la Corée du Nord, Cuba, l’Afrique du Sud  et bien d’autres encore sans omettre de citer ces  pays européens avec lesquels des partenariats bilatéraux pourront sans complexe être envisagés et construits.

L’implication récente de certaines monarchies du golfe dans des actes hostiles à l’Algérie nous renseigne aussi de la nécessité pour l’Algérie  de faire désormais le tri de ses  partenaires dans cette région du monde. L’Afrique, ce fabuleux continent auquel l’Algérie appartient et auquel elle a beaucoup donné, constitue désormais sa profondeur stratégique et ce côté vers lequel sa générosité et sa coopération se doivent d’être décuplées et déployées afin que jonction soit faite avec cet autre allié, l’Afrique du Sud, pour qu’enfin les richesses de l’Afrique bénéficient aux seuls africains et que ce continent soit mis à l’abri de ces puissances qui n’ont enfanté que misère et esclavage. Oui, l’ordre du monde est plus que jamais bousculé et qui peut dire quelles seront les puissances de demain et lesquelles ne le seront plus ?

De grâce que l’on ne nous prenne plus pour plus naïfs que nous sommes.  Ce rapport Stora dont on nous parle ces jours-ci ne nous concerne au final que très peu. Il s’imbrique plutôt dans le contexte politique franco-français, des affrontements politiques qui s’annoncent avec l’arrivée probable de l’extrême droite aux manettes de l’hexagone et des échéances électorales françaises qui viennent. Pour notre part, nous attendons impatiemment ce qu’écriront nos historiens et  experts afin que la réalité de ce que fut vraiment la longue nuit coloniale soit enfin portée à la connaissance de la conscience humaine.

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