27 ans, l’intolérable durée cumulée derrière les barreaux des détenus d’opinion en Algérie.

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Hakim Allouche

Au 26 mai 2021, la durée de détention des activistes du mouvement des droits et des libertés (Hirak, Tagrawla) en Algérie atteint un seuil dévastateur de colère et de tristesse. C’est accablant ! On peut remarquer, par une coïncidence surprenante, que ce nombre évalué à 27 ans correspond identiquement à la durée d’emprisonnement marquant l’humanité entière, celle du Nelson Mandela le héros de la lutte contre l’apartheid, premier président noir de l’Afrique du Sud qui s’est éteint à l’âge de 95 ans à Johannesburg.

Au-delà du hasard, cette comparaison intuitive qui fait tilt s’explique sur le fait que la révolution hirakiste, par sa démarche pacifique admirable, s’inspire beaucoup dans les principes, des citations,…de ce symbole mythique de la non-violence ayant laissé une trace remarquable à l’échelle de la planète.

La cartographie du Hirak réalisée à base des données du CNLD arrêtées en date du 26 mai 2021 montre que la répression des forces de l’ordre, suivie systématiquement par l’instrumentalisation des décisions honteuses de justice, s’est bien étendue dans l’espace en étant malheureusement bien présente sur les quatre coins du territoire national, étalée sur 31 wilayas où on enregistre au total 174 détenus d’opinion.

On cite les deux définitions de la répression qui se complètent, qui sont conformes à l’étape actuelle de l’indignation populaire éditées dans l’article publié sur El Watan édition 24/05/21 de Louisa Dris-Aït Hamadouche, Professeure de sciences politiques, Alger 3.«L’oppression ou la persécution d’un individu ou d’un groupe pour des raisons politiques, afin de restreindre ou prévenir la possibilité qu’il puisse participer à la vie politique de la société» le groupe cible comprend tous ceux qui participent au Hirak. La répression, c’est aussi «le fait d’empêcher un soulèvement collectif par la contrainte ou la violence. Elle inclut généralement une répression policière et favorise la répression pénale».

Ces définitions classent l’Algérie désormais dans la catégorie des pays répressifs où il y a bien l’usage concomitant de la violence des forces de l’ordre et de la justice qui l’accompagne et la légalise. La cartographie le nombre cumulé des détenus Alger (70) et Sétif (23) montrent que ces deux wilayas détiennent plus de la moitié des nombre des détenu-e-s total à l’échelle nationale. En terme des plus grandes durées cumulées de détention, on retrouve l’ordre descendant: 1-Alger (2216 jours) ; 2-Mostaganem(1080 jours) et 3-Relizane (1008 jours).

En prenant en référence vendredi 116 (12/05/21), on remarque que les incarcérations progressent en intensité moyenne de 50 détenu-e-s par semaine. L’intensification laisserait prévoir approximativement le nombre total estimé à plus de 300 détenus, à enregistrer le dernier vendredi 121(11/06/21) avant l’échéance des élections législatives prévues (12/06/21) pour atteindre probablement une durée cumulée de détention de 44 ans. Ce qui laisse s’interroger avec beaucoup d’inquiétude: jusqu’où peut-on aller avec cette compagne de répression ascendante pour faire cesser les manifestations des vendredis? Dans un article publié par le professeur émérite de sociologie et politologue, Lahouari Addi sur sa page Facebook en date du 16 mai dernier, il répond en disant:<<…

Les forces de l’ordre sont efficaces à maintenir l’ordre public quand celui-ci est menacé par une minorité. Dès lors que la contestation provient d’une majorité, comme c’est le cas du Hirak, elles sont inefficaces parce que la contestation est d’ordre politique et la solution est politique et non sécuritaire. Pour faire cesser les manifestations des vendredis, il faudrait arrêter au minimum 20 000 personnes… >> En essayant de projeter au rythme actuel des emprisonnements, il faut presque une décennie pour parvenir à atteindre ce nombre posé comme hypothèse dans cette réflexion. En revanche, si le régime actuel souhaite, au plus tard fin juin en finir avec la mobilisation de la révolution pacifique du Peuple Algérien, pour passer au plus vite aux réformes économiques (dévaluation du DA, suppression des subventions des produits de consommation, …) en mettant le paquet de la répression afin de réaliser cet objectif quantitatif indiqué, il faut emprisonner 5000 personnes chaque semaine. C’est-à-dire multiplier par 10 le nombre de détenus actuels.

Si on prend à titre d’exemple vendredi 118 (21/05/21) pour atteindre cet objectif, on multiple pareillement par 10 (le nombre 60000 policiers mobilisés, mentionné par la presse la semaine dernière) pour trouver comme résultat 600000 agents des forces de l’ordre nécessaires à mobiliser chaque semaine. Ce qui est loin des moyens humains disponibles dont dispose le pouvoir. Cela va dans le sens de la confirmation de l’analyse de l’éminent professeur M. Lahouari Addi disant que cette nervosité et cette agressivité montrent que le régime cherche à intimider et à dissuader plus qu’à réprimer, car il n’a pas les moyens humains, idéologiques et politiques pour réprimer un mouvement d’une telle ampleur.

Il est important de noter que les menaces exercées par le pouvoir touchent aussi bien les militant-e-s activistes et leurs avocats que les partis, les organisations, le associations,… qu’on peut classer dans le camp d’opposition: RCD, PST, PT, UCP, MAK, RACHAD, RAJ… Enfin, que ce soit à l’étranger où la diaspora est bloquée pour l’absence des liaisons aériennes plus d’un an ou à l’intérieur avec le Peuple subissant de plein fouet tous les indicateurs alarmants de la crise multidimensionnelle (politique, sociale, économique, financière, sanitaire,.. ) rien ne semble arrêter la détermination et la résiliation de la contestation générale révélant l’ampleur de la rupture entre le pouvoirs publics et la population.

De ce fait, il y a plus de chance de voir, dans les jours à venir, naître avec espoir la convergence des forces vives de protestation pacifique issues de diverses idéologies mais qui ont le point commun du socle des valeurs démocratiques, tant recherchées, qui seront en quête du changement radical du système en place défaillant mettant de l’avant la citoyenneté, la légitimité et les fondements d’un État de droit. Il y a urgence de trouver cette solution politique, faire partir les décideurs actuels, de trouver un accord consensuel avec des propositions d’union nationale pour assurer la transition et faire face en priorité aux deux grandes crises : sanitaire et économique. Cela peut paraître une vue d’esprit mais on peut bien s’inspirer de l’un des enseignements de l’un des dirigeants historiques de la lutte contre le système politique institutionnel de ségrégation raciale, Nelson Mandela : << Cela semble toujours impossible, jusqu’à ce qu’on le fasse >>.

Cette synergie des luttes est vitale où le Peuple avec la richesse notamment de ses ressources humaines et diverses compétences valeureuse prendrait avec courage et responsabilité son destin en main pour aller jusqu’au bout de sa révolution pacifique en restant habité par un esprit constructif et surtout pas celui des représailles. Cela assura une victoire certaine et méritée de la révolution pacifique mettant la junte militaire en épreuve historique des plus complexes à gérer en la poussant inévitablement dans le désarroi et de plus en plus dans son dernier retranchement d’échec et d’humiliation.

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