Les Algériens de plus en plus nombreux à rejoindre l’Espagne au péril de leur vie

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Le Monde avec AFP
26 octobre 2021

Algerian migrant Ahmed poses in Almeria, southeast Spain, on October 14, 2021. – At least 309 migrants, 13 of them minors, have died in the western Mediterranean since the start of the year, figures from the International Organization for Migration (IOM) show. The number of Algerians arriving on the coast of southeastern Spain or the Balearic Isles has soared in recent months. A confidential document compiled by the Spanish authorities and seen by AFP shows 9,664 Algerians have illegally entered Spain since the start of the year, a figure 20 percent higher than last year. (Photo by JORGE GUERRERO / AFP)

« Selon Madrid, près de 10 000 migrants algériens sont arrivés clandestinement depuis le début de l’année. Parmi ces « harraga », de plus en plus de femmes et d’enfants. C’est une Méditerranée calme et lisse qu’une cinquantaine de bateaux fendent ce dimanche d’octobre, chargés de « harraga », ces Algériens de plus en plus nombreux à rejoindre l’Espagne au péril de leur vie pour fuir le désespoir.« Je préfère mourir en mer que rester en Algérie », lâche Khaled Dih.

Les yeux cernés et ses Nike mouillées et pleines de sable, il vient d’arriver sur une plage d’Almeria, dans le sud-est de l’Espagne, après une traversée nocturne de six heures et près de 200 km depuis Oran, dans le nord-ouest de l’Algérie. « Y a rien au bled, pas de travail », s’agace ce boxeur amateur, fan du groupe de rap français PNL, réajustant sa queue-de-cheval entre deux cigarettes.

Khaled a choisi le jour de ses 21 ans pour quitter l’Algérie comme des milliers de harraga (littéralement « les brûleurs »), ces migrants qui mettent souvent le feu à leurs documents d’identité – pour éviter d’être identifiés et renvoyés en Algérie – et qui « brûlent » la frontière, c’est-à-dire la franchissent clandestinement. Et dangereusement : au moins 309 migrants, dont treize enfants, ont perdu la vie en Méditerranée occidentale depuis le début de l’année, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).Sur le bateau, « ça traçait, boum, boum », décrit Khaled en agitant son corps pour imiter les secousses, avant de s’arrêter à cause des douleurs provoquées par celles-ci. « Tu ne pouvais rien faire », ni boire, ni manger, donc « je pensais à mes parents, à mes amis ». Assis devant la gare, il pique du nez après trois nuits blanches depuis son départ d’Annaba, sa ville d’origine (nord-est), jusqu’à Oran, à 900 km à l’ouest, où il a déboursé 4 500 euros pour traverser – une somme représentant de nombreux mois de salaire.

Khaled attend un bus pour Barcelone, d’où il tentera d’aller en France, comme l’immense majorité des harraga. « Je ne parle pas espagnol. J’ai de la famille et des amis en France, donc je ne peux pas rester ici tout seul. »

« Des bébés, des femmes enceintes, des handicapés »

Le nombre d’Algériens arrivant sur les côtes du sud-est de l’Espagne ou des îles Baléares a bondi ces derniers mois. Un document interne des autorités espagnoles consulté par l’AFP indique que 9 664 Algériens sont entrés clandestinement en Espagne depuis le début de l’année, soit 20 % de plus qu’il y a un an. Selon l’agence européenne Frontex, ils constituent la première nationalité à entrer clandestinement en Espagne, et la troisième en Europe. Côté algérien, 4 704 harraga sur le départ ont été interceptés en 2021, dont plus de la moitié en septembre, d’après le ministère de la défense.

Femmes et enfants sont de plus en plus nombreux à risquer leur vie pour traverser. C’est un « phénomène nouveau », avec « des femmes, des bébés, des femmes enceintes et des personnes handicapées », ce qui « nous renseigne sur le degré de désespoir » en Algérie, analyse Saïd Salhi, vice-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH). L’ONG Save The Children affirme avoir pris en charge plus de cent enfants arrivés en septembre sur les côtes d’Andalousie.De l’autre côté de la Méditerranée, l’angoisse est énorme pour les familles de harraga, témoigne Francisco José Clemente Martin. Cet Almérien de 24 ans, membre du Centre international pour l’identification de migrants disparus, informe quotidiennement les proches des migrants, allant parfois jusqu’à leur envoyer des photos de cadavres pour les identifier.

Des appels marqués « par des cris, des pleurs », raconte-t-il : « Beaucoup de mères finissent à l’hôpital à cause de la tension. »Harraga de 28 ans arrivé à Almeria il y a un an, Ahmed Bensafia, originaire de Tipaza (nord), n’avait pas informé sa famille de son départ « pour ne pas les inquiéter », confie-t-il, vêtu d’un maillot du Mouloudia Club d’Alger. Il juge ne pas avoir eu d’autre choix, car en Algérie « le salaire est tellement bas » qu’une « journée de travail ne te garantit même pas un repas le soir ». Même si, avec du recul, il conseille à ses compatriotes de « ne pas risquer leur vie » comme il l’a fait.

S’ils parviennent à échapper à la police espagnole, les migrants algériens ont encore une longue route semée de dangers jusqu’en France. Début octobre, trois d’entre eux sont morts percutés par un train près de Saint-Jean-de-Luz (sud-ouest) alors qu’ils s’étaient allongés sur les rails pour se reposer et échapper aux contrôles. Si bien que deux jours après avoir quitté Almeria, Khaled Dih n’a qu’un mot en passant la frontière française : « soulagé ». ( AFP )

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