«Seul le hirak peut sortir le pays de l’impasse, pas la répression»

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Raouf Farrah

🔴 Dans leur quête de liberté, de justice et de dignité, les peuples n’échouent pas. Ils avancent vers des lieux rêvés et peuvent se perdre, chemin faisant, dans les dédales de lieux méconnues avant retrouver leur chemin. Du sentier du désespoir à celui du (ré)-engagement, il n’y a qu’un pas : celui de la conviction….Élan populaire, soulèvement, révolution, cheminement révolutionnaire, quel qu’en soit l’épithète, le hirak a ouvert un champ de possibles pour le peuple algérien, peu envisageable avant février 2019.

Sur le plan politique, le hirak est une offre citoyenne et pacifique de changement radical de système politique. Il est un appel intelligent à la construction d’un État de droit démocratique qui rompt avec la longue histoire de confiscation du pouvoir au peuple et une volonté de rectifier les vicissitudes historiques de la période postcoloniale.

Même si nous n’avons pas le recul historique nécessaire pour l’analyser pleinement, on peut affirmer que le mouvement populaire a marqué durablement la société faisant notamment de la «silmya» le parangon de l’engagement citoyen. Les mobilisations populaires ont été également restauratrices d’une dignité retrouvée, d’une fierté de faire corps en tant que société, d’une filiation historique à assumer et d’un contre-récit national à écrire. Dans ces multiples chemins de gloire, le hirak nous rappelle à quel point les Algériennes et les Algériens avaient soif de se reconnaître, de retisser des liens entre générations, de retrouver leurs mémoires, leurs racines, leur langue, de faire société, malgré toutes les stratégies de division, et de reconstruire leur nation.

C’est peut-être cela qu’il faudra retenir de ce premier cycle du hirak…Malheureusement, en dépit de cette formidable énergie et ses retombées éventuelles sur le pays, « l’offre hirak » n’a pas été saisie par les tenants d’un système autoritaire qui refuse à la société toute autonomisation. Le hirak a été d’abord accueilli par la surprise, la méfiance, la peur, puis la menace du retour aux années de sang, le déni, le dénigrement et, finalement, la répression tous azimuts dont plus 300 détenus d’opinion et des milliers de citoyens poursuivis ou menacés en paient le prix. Cette répression brutale oblige le mouvement populaire à adopter une position de repli, mais elle ne renforce pas la légitimité de ceux qui la prônent.

La génération hirak aura son rythme propre, avec ses temps forts, ses moments faibles, ses hauts et ses bas. Les jeunes qui composent ses rangs devront trouver en eux les ressorts politiques, philosophiques et éthiques nécessaires pour donner de nouveaux visages au mouvement populaire. Le système autoritaire pouvoir, dont l’armée est au cœur de sa matrice, ne semble pas avoir la volonté, l’ingénierie politique et les ressources morales et intellectuelles pour ouvrir une nouvelle voie, celle qui consacre l’État de droit démocratique et les aspirations légitimes de liberté, de dignité et de justice des citoyens.

Et dès lors qu’il n’y a ni volonté de transformation profonde du système, ni véritable culture de dialogue entre l’État et la société, ni projet politique ni institutions efficaces, il ne reste au régime que la répression comme régulateur du politique. Pourtant, le pays fait face à des crises aux conséquences sociales, économiques et politiques lourdes. Leur résolution est urgente et exige de la légitimité, de la compétence et une transparence totale envers la population.

Plus que jamais, le pays donne l’impression d’être divisé en deux sentiers. D’un côté, une société jeune, plurielle, avec ses spécificités et ses contradictions, ses espoirs et ses douleurs qui désenchante vis-à-vis d’une révolution qu’elle a portée. De l’autre, un système autoritaire adoptant des pratiques répressives et paternalistes, un État affaibli aux moyens humains, politiques et financiers en déclin, et des réseaux informels et compradores qui gravitent autour de la gestion d’une rente. Or la situation générale du pays commande l’instauration d’un nouveau paradigme politique entre gouvernants et gouvernés, loin du rapport arbitraire qui ordonne les relations actuelles.

Soixante après l’Indépendance, l’Algérie doit sortir de cette impasse. Un véritable compromis politique est nécessaire, mais cela a un prix : celui de l’exercice de toutes les libertés, de l’acception de l’autonomisation de la société et de l’institutionnalisation d’une vie politique démocratique. Seul le hirak populaire peut guider l’Algérie vers un tel sentier.

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