LEM ECHEML

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Lahouari Addi

C’est une expression de la culture traditionnelle invoquée lors de conflits qui déchirent des familles et éloignent les frères les uns des autres. Elle relève de la sagesse et appelle à surmonter les inimitiés entre membres d’une même fratrie. Le chef de famille, en général le père ou le grand-père, demande à chacun de mettre l’intérêt du groupe au-dessus des intérêts personnels qui sont garantis, à l’intérieur de l’espace domestique, par l’affection des uns pour les autres et non par le droit.

Aristote écrit qu’à l’intérieur de la famille, le droit n’opère pas, ou bien qu’il n’opère que lorsque la fracture est consommée et que l’union du groupe est brisée. Lem echeml est la stratégie sociale qui évite d’aller vers les tribunaux qui statuent sur les divisions non pas en vue de la réconciliation mais plutôt en vue de donner à chacun son droit.

Cette expression du patrimoine social a été utilisée par Abdelmadjid Tebboune et est révélatrice de l’intention de son auteur qui considère l’Algérie comme une famille élargie et non comme une société composée d’individus qui ont des intérêts divergents. C’est le refus obsessionnel du politique sous le prétexte que le politique divise. Mais la division et la conflictualité sont inhérentes à tout groupe, et c’est le refus (politique) de reconnaître les antagonismes politiques qui mène à la violence.

La société traditionnelle avait ses mécanismes de réconciliation dans l’esprit de lem echeml: les saints, les sages, les hommes de religion… Ces mécanismes ne sont plus opérants et la société moderne, sous d’autres cieux, les a remplacés par des institutions qui encadrent la conflictualité sociale et politique. La stratégie de lem echeml dans la modernité repose sur le consensus sur la façon dont est dirigé l’Etat et sur le moyen de désignation ceux qui le dirigent. Ce consensus existe en démocratie, à travers la liberté d’expression, l’autonomie de la justice et l’alternance électorale.

On ne dirige pas une nation comme on dirige une famille. Le père et le grand-père sont obéis par affection et par respect. Quant au président, il est obéi en raison de sa légitimité électorale. Abdelmadjid Tebboune dira qu’il a été élu et qu’il a la légitimité électorale, sauf que ce n’est pas l’opinion d’une majorité de citoyens. Il ne s’agit pas seulement d’être élu, il s’agit surtout d’être représentatif d’une majorité, même éphémère, de l’opinion.

La stratégie de lem echeml ne pourra porter ses fruits que si elle poursuit l’objectif de reconstruire le champ politique avec comme perspective le transfert à l’électorat de la souveraineté nationale, exercée depuis l’indépendance, par la hiérarchie militaire.

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