Alerte Algérie : le prisonnier d’opinion Mohamed Azouz Benhalima est en danger

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BY AW · PUBLISHED JUIN 27, 2022 · UPDATED JUIN 27, 2022

Algeria-Watch, 27 juin 2022

Depuis sa scandaleuse expulsion d’Espagne le 24 mars 2022, Mohamed Azouz Benhalima subit tortures, brimades et humiliations de la part de ses geôliers. Le dernier abus à son encontre est emblématique des pires régimes policiers : Mohamed Benhalima a été contraint de faire des aveux face aux caméras de la télévision publique. Cette mise en scène indigne restera dans les annales déjà fournies des atteintes au droit et à la morale de la part du régime d’Alger.

Youtubeur très suivi en Algérie et par la diaspora, Mohamed Benhalima a révélé plusieurs scandales touchant à la junte militaire algérienne impliquant des hauts gradés de l’armée. Son militantisme pacifique lui a valu d’être sous le coup d’un mandat d’arrêt international lancé par le régime algérien pour « adhésion à un groupe terroriste ciblant la sécurité de l’État et l’unité nationale, financement d’un groupe terroriste ciblant la sécurité de l’État et blanchiment d’argent dans le cadre d’une bande criminelle ». Il a d’ailleurs été condamné à mort par contumace par un tribunal militaire qui l’a déclaré coupable d’espionnage et de désertion, alors qu’il était encore demandeur d’asile en Espagne.

Dès son arrivée en Algérie, Benhalima a été déjà obligé de lire, sous une trop évidente contrainte, un texte préparé par le DRS, la police politique, devant les caméras de la télévision publique. D’abord conduit au sinistre commissariat de Cavaignac (Alger), il est ensuite rapidement transféré au Service central de lutte contre le crime organisé de Saoula (Alger). Dans ce centre de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), il est torturé, déshabillé et subit des attouchements sexuels. C’est dans ces locaux qu’il sera filmé à son insu pour produire les premiers aveux.

Par la suite, vers le 8 avril, il sera transféré à la prison d’El-Harrach avant de disparaître le 28 avril 2022. Pendant une dizaine de jours, ses proches et ses avocats n’ont aucune nouvelle de lui ; son lieu de détention est tenu secret. Il n’est pas impossible que Mohamed Benhalima ait séjourné dans un des multiples centres de tortures de la police secrète du régime.

Détenu à la prison militaire de Blida le 8 mai 2022, il y est placé en isolement et n’a droit depuis lors jusqu’à ce jour qu’à dix minutes quotidiennes de sortie. Toutes les visites qui lui sont accordées se font sous haute surveillance en présence d’au moins deux soldats. Le 19 juin 2022, lors de son procès devant la cour de Koléa, il déclare avoir été torturé et n’avoir reçu aucune visite médicale alors qu’il en avait fait la demande au juge d’instruction.

Lors d’une énième séance d’aveux télévisuels (filmée le 9 juin et diffusée les 19 et 23 juin), les caméras de propagande qui ne filment pas le corps de Mohamed Benhalima intégralement couvert ne peuvent pourtant dissimuler la frayeur qui se lit sur le visage d’un homme brisé, qui avoue tout ce qu’on lui demande. On peut observer le tremblement de ses mains, marquées par des blessures difficiles à identifier.

Mohamed Benhalima n’est nullement un terroriste, c’est un citoyen algérien qui a fui son pays comme des milliers d’autres. Comme tant d’autres, il a rejoint le Hirak et soutenu ses revendications démocratiques. Mohamed Benhalima a dénoncé ce qu’il a vu lorsqu’il était soldat et a refusé de vivre sous la dictature. Honteusement livré par le gouvernement espagnol, cet activiste pacifique est en danger de mort du fait des mauvais traitements et de la torture morale et physique qu’il endure dans sa geôle.

Comme elle l’avait fait en mars 2022 pour dénoncer le risque d’expulsion de Mohamed Azouz Benhalima de l’Espagne vers l’Algérie, Algeria-Watch prend l’opinion internationale à témoin et appelle à la libération immédiate et inconditionnelle de ce détenu d’opinion.

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