LOIS SCÉLÉRATES, PROCÈS INIQUES

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Khaled Satour

La condamnation prononcée aujourd’hui contre Ihsane El Kadi nous confirme que la justice algérienne n’est pas rendue dans les prétoires, si ce n’est par un simple simulacre qu’on prend la peine à chaque fois d’organiser.

La défense du journaliste avait fait preuve d’une transparence telle sur les données du procès qu’il était devenu clair que le dossier d’accusation était vide. Les articles 95 et 95 bis du code pénal n’auraient jamais trouvé à s’appliquer contre lui si les magistrats avaient dû accomplir leur tâche conformément à ce qu’on enseigne au sein de la centaine de facultés de droit qui ont poussé comme des champignons à travers les wilayates du pays. Et qui sont les autres hauts-lieux de simulacre où on fait apprendre par cœur aux étudiants les principes chimériques de l’État de droit.

Mais il y a une cohérence dans ce processus qui va de l’œuvre constituante scélérate commandée il y a trois ans à une clique de professeurs de droit aux salles d’audience dans lesquelles de soi-disant magistrats brisent les vies sans états d’âme, en passant par un parlement croupion qui a fait du code pénal un exutoire à la paranoïa du pouvoir.

Ihsane El Kadi a eu droit, à titre de prime personnalisée, à un réquisitoire préliminaire prononcé devant un peuple à l’inépuisable crédulité par le président de la République qui rendait en fait superflus tous ces faux-semblants. D’autant qu’il était amplifié par un chœur d’intellectuels organiques et de youtubeurs stipendiés qui instruisaient à charge, dans un style que n’auraient pas désavoué les spécialistes des Sections d’Action Psychologique françaises (SAS) de sinistre mémoire et leurs porte-voix de « Sawt el bilad ».

Mais cette affaire, médiatisée non sans arrière-pensées par la presse et les ONG du monde entier, ne doit pas faire oublier que des dizaines d’autres Algériens ont été condamnés aux quatre coins du pays à des peines cyniquement mesurées en années de dépérissement physique et psychologique, propres à les plonger dans le désespoir et les dissuader définitivement d’exprimer toute parole publique.

L’exemple de Rachid Nekkaz, dont l’opposition fantasque et quasi- donquichottesque a pourtant effarouché le pouvoir, est la meilleure illustration du résultat escompté. Bien qu’on ne puisse lui dénier un réel courage physique, il est si affligeant de le voir battre sa coulpe et réitérer sans fin ses remerciements à Abdelmadjid Tebboune pour lui avoir évité de mourir misérablement au fond de son cachot.

Elle ne doit pas non plus nous faire oublier que, depuis l’indépendance de l’Algérie, les tribunaux et les juges n’ont jamais été payés pour garantir une bonne administration de la justice : du procès des dirigeants de l’ORP jusqu’aux cours spéciales des années 1990, ils ont toujours été les instruments politiques de la répression d’État.

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