LES LIMITES IDÉOLOGIQUES DU MOUVEMENT NATIONAL ALGÉRIEN ET L’ÉCHEC DE LA CONSTRUCTION DE L’ÉTAT-NATION

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L’armée dans les rues d’Alger après la démission du président algérien Chadli Bendjedid le 13 janvier 1992 à Alger, Algérie. (Photo by Jean-Michel TURPIN/Gamma-Rapho via Getty Images)

Dans l’article précédent, intitulé « Algérie : l’échec de la construction de l’État-nation sous l’œil inquisiteur de l’histoire », les notions d’État, d’État-nation et finalement d’État-nation algérien ont été brièvement introduites. Il a été constaté que malgré les immenses sacrifices consentis par le peuple, la mise en place de l’assise de l’État-nation a lamentablement échoué.

L’étude historique et socio-politique de cette défaillance reste un sujet complexe mais surtout tabou en raison des multiples crises politiques que traverse la nation algérienne. Toutefois, dans ce qui suit, nous esquisserons certains éléments analytiques qui ont contribué à cette débâcle institutionnelle, dont les terribles conséquences continuent de peser sur le peuple algérien.

Fragmentation idéologique: Le mouvement national algérien était composé de différentes tendances idéologiques, notamment le nationalisme arabe, le berbérisme, le socialisme, l’islamisme et d’autres idéologies. Cette fragmentation a conduit à des divisions internes et à des conflits idéologiques, rendant difficile l’établissement d’une feuille de route unifiée pour la construction de l’État-nation algérien post-indépendance.

Rôle de la violence : La lutte pour la libération de l’Algérie a été marquée par une intense violence imposée par la France coloniale, y compris durant la guerre d’indépendance. Bien que cela ait abouti à une Algérie souveraine, la violence a indéniablement laissé des cicatrices profondes dans la société et a eu un impact sur la construction de l’État-nation. Il est à souligner dans ce contexte l’assassinat d’Abane Ramdane et l’épisode de la bleuite comme des faits saillants de l’inhumain dans cette période de l’histoire de l’Algérie. On peut penser que l’utilisation de la violence a engendré une culture politique autoritaire et a entravé le développement d’institutions démocratiques solides.

Héritage du colonialisme : Le legs du colonialisme français a également joué un rôle dans les défis de la construction de l’État-nation. Le colonialisme a laissé un héritage de divisions sociales, économiques et politiques en Algérie, qui a nécessité des efforts considérables pour les surmonter et forger une identité nationale unifiée.

Gestion économique et sociale : Après l’indépendance, le pays a rencontré des difficultés pour trouver un consensus afin de relever les importants défis en matière de gestion économique et sociale. Cette situation a été perçue comme un obstacle dans la construction de l’État-nation.

Question de l’identité et de la diversité : L’Algérie est une société diverse sur le plan culturel, ethnique et linguistique, avec une riche histoire précoloniale et une diversité de groupes sociaux. La construction de l’État-nation algérien a parfois été confrontée à la question de l’identité nationale et à la reconnaissance des différentes composantes de la société. Certains soutiennent que ces questions n’ont pas été suffisamment abordées, ce qui a entravé la construction d’un projet national inclusif.

Le putsch du groupe d’Oujda : Au-delà des éléments socio-politiques mentionnés précédemment, qui ont tous contribué, à des degrés différents, à cet échec institutionnel, il faut mettre en exergue un événement majeur qui a eu un impact central sur la construction de l’État-nation algérien : le putsch du groupe d’Oujda.

L’instabilité politique résultant de ce coup d’État sanglant (plus de 1500 combattants de l’A.L.N furent tués) à l’aube de l’indépendance a eu des répercussions séismiques sur la société algérienne, qui émergeait tout juste d’une guerre génocidaire. Cet événement a fondamentalement modifié la trajectoire doctrinale de l’Algérie indépendante, entraînant une réorientation de la politique algérienne, avec l’imposition d’une option socialiste et d’une approche centralisée, mais surtout d’une vision autoritaire sous la direction des putschistes. Cette réorientation a étouffé toute autre conception de la société, ce qui a eu des conséquences sur l’orientation et la réalisation de la construction de l’État-nation.

La prise de pouvoir par les D.A.F : L’interruption du processus électoral en Algérie en 1992, suite à la prise de pouvoir par des déserteurs de l’armée algérienne, concomitamment avec l’assassinat de Mohamed Boudiaf et les terribles massacres qui ont suivi, a été un tournant majeur dans l’histoire du pays, ayant des effets dévastateurs sur la construction de l’État-nation.

Ces événements ont été largement perçus comme des facteurs structurels ayant contribué à l’échec de la construction de l’État-nation. En effet, ce putsch a stoppé net la consolidation d’institutions démocratiques et a entravé l’établissement d’une gouvernance stable et légitime, dans laquelle la violence politique a été légitimée comme moyen face aux revendications citoyennes. Ces événements ont également soulevé des questions sur la gestion du pluralisme politique et de la diversité idéologique dans la construction de l’identité nationale.

L’arrêt du processus électoral en 1992 a créé une période de turbulence politique, marquée par des violences internes et des conflits. Les massacres qui ont suivi ont provoqué une profonde division sociale et politique, compromettant la confiance des citoyens envers l’État et sapant les bases de la construction d’un État-nation solide et inclusif.

De plus, ces événements ont mis en évidence les défis auxquels l’Algérie était confrontée en matière de gestion du pluralisme politique et de la diversité idéologique. La nécessité de trouver des mécanismes inclusifs pour la participation politique de tous les citoyens, indépendamment de leurs affiliations politiques et idéologiques, est devenue cruciale pour la consolidation de l’État-nation.

Ces facteurs furent décisifs et insurmontables dans l’échec de la transition de l’autorité issue de la lutte pour l’indépendance et des revendications historiques vers une légitimité basée sur des élections libres et équitables, la représentativité politique et la participation citoyenne. Les tenants du pouvoir ne purent répondre aux attentes de la population en matière de démocratie et de gouvernance transparente.

Il est indéniable que le peuple algérien continue d’exprimer des inquiétudes légitimes concernant la représentativité politique, la transparence des institutions étatiques et sur la viabilité de ses dirigeants politiques. Cette condition n’a fait qu’exaspérer une méfiance féroce envers les structures gouvernementales et générer un sentiment d’exclusion parmi la population.

La résolution de cette situation qui persiste délibérément ne pourra être atteinte que si l’avenir de l’Algérie est entre les mains d’authentiques Algériens et Algériennes. Ceux et celles qui auront la lourde responsabilité de façonner la nation algérienne devront s’inspirer de l’esprit d’abnégation de nos martyrs, de l’éthique de nos Ulémas et de l’action citoyenne des membres du nationaliste GPRA.

Cela signifie que des dirigeants véritablement engagés dans l’intérêt du peuple algérien, conscients de l’importance de l’héritage historique et des sacrifices consentis, doivent être au cœur du processus de construction nationale. Ils doivent agir avec intégrité, dévouement et responsabilité envers la population, en plaçant les intérêts du pays au-dessus de tout.

Les Ulémas, en tant que gardiens de l’éthique et des valeurs morales, peuvent jouer un rôle essentiel en encourageant des pratiques politiques basées sur la justice, l’équité et le respect des droits de l’homme. Leurs enseignements et leur sagesse peuvent servir de guide dans la recherche de solutions aux défis complexes auxquels l’Algérie est confrontée.

Enfin, l’action citoyenne et l’engagement de tous les membres de la société algérienne sont cruciaux pour construire une nation forte et prospère. La participation active des citoyens, en exprimant leurs préoccupations et en contribuant aux débats, est essentielle pour façonner l’avenir du pays. Cela implique de promouvoir la participation citoyenne à tous les niveaux de gouvernance, de renforcer la transparence des institutions et d’encourager des mécanismes démocratiques inclusifs.

Il est essentiel que la société algérienne et ses dirigeants intègres se réapproprient l’avenir de l’État-nation, en s’inspirant des leçons de l’histoire, en construisant sur les valeurs de justice, d’équité et de respect des droits de l’homme, et en plaçant les intérêts du peuple algérien au cœur de toutes les décisions et actions.

Khaled Boulaziz

2 Commentaires

  1. Le premier putch est celui dérigé contre le GPRA (Feu Ben Kheda) ou même les Feus Ferhat Abbas, Aït Ahmed et Chabani qui ont été de la partie.

    Le putch des DAF de 1992 a pu être avalisé grâce à une autre figure de l’Histoire Feu BOUDIAF ?!! qui a signé la déportation de milliers d’Algerien vers les camps de concentration du sud et qui s’est dit prêt à envoyer d’autres pour le bien l’Algerie (des ouleds Fransa et DAF )?!!

    Oui La violence, l’envi de vengeance et les polarisations de toute sorte sont l’une des raisons de l’echec d’état nation?

  2. La lutte de libération nationale était dirigée par la petite bourgeoisie. Voilà le principal obstacle à l’édification d’une Algérie démocratique et unie. La petite bourgeoisie a voulu remplacer les colonialistes et elle a réussi. Elle a pris le pouvoir pour transformer l’Algérie en une néo-colonie non indépendante afin d’empêcher l’indépendance complète.

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