Édition du
6 December 2016

Algérie, la crise est-elle derrière nous ?

2016Salim METREF

La question mérite d’être posée.   La situation de crise permanente et multidimensionnelle, politique, économique, sociale, culturelle puis sécuritaire,  vécue par l’Algérie depuis des décennies a  permis à la société de développer ses propres ressorts d‘amortissement face à la variation des conjonctures  qui permettront sans doute d’éviter le choc frontal avec le nouveau contexte post chute du prix du pétrole. Et aurions-nous peut-être et sans le savoir développer notre propre système immunitaire qui  nous a protégés de cet ouragan mortel qui a soufflé sur de nombreux pays et d‘éviter une nouvelle difficile épreuve après en avoir vécu tant d’autres ?

Entre l’état de non-droit et l’état de droit, beaucoup de pays ont déjà choisi.  L’Italie, le Brésil et d’autres pays encore ont vécu d’amères expériences. Et sans un sursaut qui fût salutaire, des territoires entiers  sous-administrés du fait de l’absence de l’état et du droit auraient laissé s’installer l’insidieux désordre qui caractérise aujourd’hui de nombreux pays. L’état ne doit jamais se délester non seulement de ses missions régaliennes mais aussi de ses fonctions régulatrices. Et en ces temps d’implosion d’états et de pays tout entiers, encouragée il est vrai par cette nouvelle force prédatrice et destructive que constitue l’oligarchie mondialiste et ses articulations financière, politique, militaire et médiatique, le principe de prudence doit être adopté.

En Algérie, ceux qui invoquent l’état civil savent certainement que ce vocable n’est pas le plus approprié.  Mais dire autre chose serait un exercice difficile. En tous les cas cette expression serait, selon eux, conjoncturellement la plus opportune.  Et comment dire état de droit sans reconnaitre implicitement que l’on vit peut-être encore où que l’on a jusque là toujours vécu dans l’état de non-droit. Non pas parce que nous vivions sous le régime des baïonnettes bien que notre peuple ait eu malheureusement à subir, bien après celui du colonialisme français, l’autoritarisme postindépendance le plus incompréhensible mais aussi le plus répressif mais tout simplement parce que tout ne fonctionne pas comme il devrait l’être.

Mais cette expression pourrait prêter aussi à confusion. Oublie-t-on ainsi par exemple que l’on parle aussi de puissances militaires à propos des grandes nations développées et non moins grandes démocraties occidentales ? Il s’agit en réalité d’évacuer des mémoires et du vécu la terrifiante expression  de dictature militaire qui a également son pendant civil qui est l’état policier. Il est nécessaire de concilier l’impératif de l’état de droit, l’obligation de l’émergence d’une économie forte et la construction d’une armée puissante. De disposer aussi  d’un renseignement extrêmement performant qui constitue aujourd’hui et même dans les plus grandes démocraties dans le monde ce bras intelligent qui veille et qui anticipe les situations de crise. Alors ce qu’il faut bannir ce ne sont pas les institutions mais l’usage que l’on en fait et le dévoiement malheureux de leurs missions.

Et s’agissant de l’Algérie, le défi  serait-il désormais d’apprendre à mieux gérer le désordre pour lui donner du sens et l’amener à produire de la richesse en l’insérant dans l’organisation dans son sens le plus noble que de faire face à une véritable situation de déliquescence intentionnelle. Certains indicateurs de développement émanant d’organismes connus pour leur crédibilité laissent entrevoir qu’une fenêtre de tir existe et qu’il s’agit encore une fois de lever les verrous politiques qui empêchent la dynamique de croissance économique, impulsée par l’initiative et l’intelligence, de s’installer dans la durée. Car sous l’incurie générale bouillonne l’intelligence qui ne demande qu’à surgir bien que bridée, il est vrai, par les pesanteurs du statu quo, de la bureaucratie et de la résistance au changement.

La naissance de l’Algérie nouvelle est en train de se faire au forceps et cela est une réalité indiscutable. La chute du prix du pétrole et ses conséquences en termes de contraction des ressources financières ne serait-elle pas finalement qu’une opportunité pour précipiter les ruptures, accélérer le changement et libérer les initiatives ? Si chacun veut organiser le changement à sa manière et surtout à son profit, les luttes sociales et les rapports de force politiques apporteront comme c’est souvent le cas dans de nombreux pays les ajustements nécessaires.

Et les contingences internationales et la multiplication des zones d’instabilité et de conflit dans le monde donneront aussi à réfléchir et feront certainement converger les efforts vers l’essentiel. Permettre à l’Algérie d’éviter le choc frontal avec un contexte économique extrêmement difficile qui vient. Il s’agit là d’une véritable course contre la montre. Le temps des compétences est désormais arrivé. Le capital humain dont dispose l’Algérie aussi bien au niveau des membres de sa diaspora qu’à l’intérieur de ses frontières est fabuleux, les idées contrairement ce que l’on pourrait croire foisonnent de toutes parts et compter sur le génie de ce peuple n’est ni un mythe, ni une légende.

La véritable crise est derrière nous. L’effort convergent de tous est de mettre en place les modes de gestion qui permettront en un temps très court de rattraper d’immenses retards occasionnés non seulement par une mauvaise gouvernance mais aussi par de nombreux facteurs endogènes aujourd’hui dépassés.

Les algériens ont fait la paix avec eux-mêmes. Et la retenue manifestée par de larges franges de la société à l’égard de phénomènes de turbulence sociale et politique qui se sont produits ces dernières années dans de nombreux pays permettent  de penser que la maturité est désormais acquise. L’aventure n’est plus dans l’air du temps et le changement ne devra plus, espérons-le, se conjuguer avec un processus induisant de nouveau un cycle de manifestations, de violence et de  répression.

La nécessité d’une seconde république, d’une renaissance où d’un sursaut salvateur, c’est selon,  est désormais sur toutes les lèvres. Opposition et même personnel politique en situation de conduite des affaires du pays dont de nombreux représentants le concèdent et le disent sous couvert de l’anonymat.

Crise politique aigue qui livrera bientôt sa signification et les fruits de sa décantation, opposition pragmatique dans toute sa diversité y compris celle ayant eu à souffrir de nombreux dénis et consciente qu’il ne faut surtout pas jeter le bébé avec l’eau du bain, consensus autour de la nécessité de la séparation des pouvoirs comme cela se fait dans les grandes puissances démocratiques et nécessité d’une économie réelle sont quelques unes des caractéristiques de notre situation actuelle.

La crise a ses paliers et de nombreux ont  été déjà franchis. Nous avons la naïveté de croire que l’essentiel est derrière nous car l’expérience permet toujours à un pays surtout dans les épreuves les plus tragiques de développer l’apprentissage. La nouvelle constitution dont tout le monde parle et qu’on ne voit pas encore doit être une réponse crédible aux enjeux de l’heure et devra nous permettre de panser définitivement nos blessures et de nous projeter vers l’avenir. Le diagnostic de notre situation actuelle a été établi et formalisé dans tous ses aspects. L’intelligence doit se mettre désormais au service de la construction d’une économie forte dans un état de droit qui induiront l’espoir. Les dénis et les injustices du passé et peut-être aussi du présent sont toujours lourds à porter mais la force du pardon s’impose toujours au futur lorsque l’espérance est construite.

 


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5 Commentaires sur cet article

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  • AMAR
    23 décembre 2015 at 20 h 58 min - Reply

    LA CRISE derriere nous? L AVONS NOUS UN JOUR COMBATU CETTE CRISE? PEUT ETRE OUI MAIS EN L ABSENCE D UNE FEUILLE DE ROUTE CLAIRE NETTE ET SURTOUT CONSENSUELLE ON N EN A PAS LIMPRESSION DU TOUT! il a suffit que les cours du petrole s ecroulent pour voir tous nos dirigeants qui se bombaient le torse la veille conjuguer l austerite a tous les temps! L ESPOIT EST VRAIMENT PERMIS MAIS PAS A PARTIR D UNE CONSTITUTION DONT LES PREMIERS SOUCIS SONT CEUX DE LA SUCCESSION….L ESPOIR VIENDRA PEUT ETRE DE ROUIBA! deja les syndicats montent au creneau exgent que l on fasse bon usage des subventions que leur societe recoit! c est de bonne augure! deja en declarant que les auteurs de la faillites ne peuvent pas gerer la prosperite…ils ciblent juste et vrais…..pourvu que ca fasse boule de neige….c est de la que viendra surement l espoir………..

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  • Dria
    24 décembre 2015 at 3 h 35 min - Reply

    @salim Metref

    Si « derrière nous » équivaut à 2016 et plus. Alors Oui la crise est bien derniére nous et on va ressentir les effets dans quelques jours …

    Pour la constitution ceux qui l’ont transgressé et arrangé pour leur servir, ne peuvent que la tripoter une nouvelle fois même s’ils veulent bien faire. Une constitution qui n’émane pas du peuple et de la volonté populaire est vouée à disparaître un jour ou l’autre, une constitution aussi belle sur le papier soit elle et qui ne garantit pas la justice du simple citoyen, ne sera qu’un fronton pour faire valoir un état, une législation, des institutions dont seul les peuples connaissent la vrai valeur…

    Personnellement si la date de ce référendum est maintenu et imposé par l’ équipe du gouvernement actuelle… C’est l’occasion d’en faire une journée national de protestation pacifique pour un changement réel et la rupture effective avec le régne de la médiocrité ..

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  • k Seddiki
    24 décembre 2015 at 14 h 08 min - Reply

    Hélas, cher Mr Metref,je crains qu’elle ne soit devant nous, très proche,adoubée à une dislocation du peuple algérien ! L’Algérie,à Dieu ne Plaise,va renter de plein pied dans des problèmes immenses,alors que tout,absolument-tout-peuple,sols et sous-sols-devaient lui permettre un autre destin,un autre itinéraire !!

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  • Amar
    24 décembre 2015 at 15 h 09 min - Reply

    MOI JE DIS QUE LES DEPUTES DE LA MAJORITE A L APN ET AU SENAT QUI ONT VOTE CETTE LOI 2016 endosse toute la responsabilites des echecs que generera cette lfc! OUI IL FAUT REVENIR AUX FONDAMENTAUX DE L ECONOMIE…OUI IL FAUT METTRE UN TERME AU GASPILLAGE ET A LA SOUS ACTIVITES..MAIS POUR LE FAIRE IL FAUT ETRE CREDIBLE!!! il faut convaincre!!! liberer et recapitaliser les EPE EN FAILLITES OUI C EST LE VOEUX DE TOUT LE MONDE! mais pas en se partageant le gateau entre les fratries dirigeantes!!! Nous avons une opportunite extraordinaires de le faire A CONDITION DE LE FAIRE AVEC DES SPECIALISTES ET PAR DES SPECIALISTES!
    1-etablir des business-plan ambitieux pour chaque epe
    2-emettre des obligations a moyens et long termes stimulantes pour recapitaliser Ces EPE RENOUVELLER LEURS PROCESS ET LEURS EQUIPEMENTS ET DEVELOPPER LEURS MARCHES
    3-emettre des actions pour toutes les epe privatisables par cette LFC EN MEME TEMPS ET LES VENDRE DANS TOUTES LES BANQUES PUBLIQUES ET PRIVEES
    4-developper et intensifier la formation en management strategique et vulgariser les modes de gestion des portefeuilles initier les jeunes cadres aux techniques de loobing des detendeurs minoritaires
    5-favoriser par une loi cadre la creation et le developpement de cooperatives de gestion des titres et portefeuilles de ces epe
    -ANIMER EN METTANT LES MOYENS HUMAINS ET MATERIEL QU IL FAUT LA BOURSE ET TOUT LE MARCHE FINANCIER……..
    AINSI ON PEUT FORMER UNE GENERATION QUI N AVALERA PLUS LES COULEUVRES NI CELLES DE L UGTA NI CELLES DES OLLIGARCHIES DE TOUTES SORTES…………..

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  • Bencheikh
    24 décembre 2015 at 22 h 26 min - Reply

    Milton Friedman taught his followers: « There is enormous inertia — a tyranny of the status quo — in private and especially governmental arrangements. Only a crisis — actual or perceived — produces real change. When that crisis occurs, the actions that are taken depend on the ideas that are lying around. »
    Unfortunately, a winner-take-all-economy has resulted in weakening of the country’s democratic institutions. Algeria’s plutocrats have been changing the system according to their needs and « separating themselves… from the common course of Algerian life. »

    « The spending bill is just the latest triumph in the plutocratic management of politics that has accelerated since last few weeks, the bill is actually a bonanza for those who pour money into the futur electoral process.

    It seems that certain people, a sort of « Secret State » inside the Regime are manipulating the people, civil servants and policymakers just like political puppeteers of the popular British television series « Secret State » based on the political drama « A Very British Coup, » .

    « Without healthy democratic politics serving a moral order, all these are imperiled by the ferocious appetites of private power and greed, »
    « find a place for yourself, at whatever level, wherever you are, in the struggle for democracy. »

    Moyers warning

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