Édition du
28 March 2017

Le dessous des élections algériennes.

En Algérie, les élections sont loin d’être une opportunité de changer le mode de gouvernance et d’aller vers la démocratie. Elles expriment par la force des choses, la négation des choix du peuple. En effet, une élection est perçue comme un moyen de gagner en virginité, un vernis en vue de rehausser l’image de la scène politique avec la venue de nouveaux visages, tout en gardant la façon de faire et de ne rien changer au mode de gestion. Par ailleurs, un bon nombre de personnes se demande : pourquoi les citoyens fuient davantage l’espace et l’expression publique ? On oublie seulement que les politiques et le plus souvent du temps trahissent leurs engagements au lendemain des élections. Et la course à la mangeoire fait rage au sein même des structures qui plaident pour l’alternance, la pluralité et de la bonne gouvernance.

Vraisemblablement, la majorité des dirigeants oublient que le peuple possède une mémoire, un vécu et un jugement populaire.
Au stade de la crise algérienne, il est inconcevable qu’une élection puisse a priori, remettre du mouvement dans le statut-quo. Un statut-quo aggravé par la corruption et le désarroi que vivent le pays et ses institutions. Désormais, l’élection est loin de constitue un moment de dialogue, de débat, d’échange et de construction entre les algériennes et les algériens. Elle ne sera sans doute pas une chance d’aborder avec lucidité et pertinence les futurs défis et choix qui attendent le pays.

Dans ce contexte, la compagne électorale n’est qu’un habillage, un mécanisme pour tenter de tromper l’opinion nationale et de l’engouffrer dans un jeu malsain où le résultat est connu d’avance. Dès lors, que les acteurs profiteront de la campagne pour rééquilibrer la lutte de clans et réajuster le positionnement des groupes d’influences, l’utilité de participer à une échéance électorale devient vaine, elle se résume alors à légitimer les teneurs du régime.

Toutefois, les élections en Algérie ne changeront rien au quotidien des citoyens, pis encore, elles peuvent constituer un coup de plus à l’espérance et à l’engagement citoyen, et efforceront davantage le peuple dans l’indifférence totale, la passivité et l’amnistie. Aujourd’hui, aller vers une élection où le score est joué d’avance ne réglera pas le problème du pays et ne redonnera pas espoir au peuple. Aborder une élection sans pour autant faire le bilan de la précédente ni une évaluation sérieuse pour en tirer les enseignements afin de maîtriser une éventuelle participation peut-être considérée comme une erreur stratégique.

L’alternative n’est surement pas dans les agendas électoraux du régime actuel. Et croire à la bonne foi des décideurs d’amorcer la crise algérienne relève d’une naïveté intellectuelle ou d’un consentement négocié dont l’essor n’est pas au profit de la démocratie. Il est absurde de croire que ceux qui ont conduit le pays à la destruction, voir à sa perte, et cela depuis des décennies, par une gestion désastreuse des biens publics, peuvent apporter la solution et régler les maux profonds et multifaces qui rongent la société Algérienne.

Cependant, seule une mobilisation effective, responsable, rassembleuse et durable des énergies est capable d’engager le pays sur la voie de la construction et d’enclencher une phase de transition. Les énergies compétentes et engagées ont la responsabilité de préparer les conditions d’un saut qualitatif, notamment en matière de production intellectuelle en vue d’élever le niveau de la société en lui offrant les outils de compréhension, de réflexion et de construction. L’élite devra éclairer la société et partager avec elle le savoir-faire et le savoir-être qu’elle a acquit au fil des enseignements antérieurs. En effet, l’élite a pour mission de répandre l’intelligence collective, d’épauler le processus de conscientisation, de redonner espoir, détermination, dignité, estime et confiance de soi aux citoyens.

Visiblement, il est temps et même urgent de rompre avec les pensées et les pratiques archaïques ainsi qu’avec les outils de lutte inadéquats et inappropriés du siècle dernier. Enfin, il est nécessaire de booster l’initiative citoyenne, d’encourager le génie humain pour développer et valoriser la création, l’imagination et l’innovation des jeunes générations. Des nouvelles façons de faire, de concevoir la chose publique doivent accompagner le processus de démocratisation du pays et de ses institutions. De ce fait, de nouveaux outils et de nouvelles pratiques, démarches, stratégies et méthodologies s’imposent à la volonté d’aller sereinement vers un avenir vivable, viable, équitable et durable. L’objectif étant, de garantir la paix, la stabilité, le progrès et la participation des générations futures à la construction de leur destin.

Moh Yacoub. Le 19/02/2017.

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  • Universitaire45000
    14 mars 2017 at 16 h 32 min - Reply

    A mon avis, il faut lancer ce mot d’ordre des dissidents tchèques des années 68. Dans tous les grands moments de l’existence ou de la non-existence d’une nation, les écrivains mènent le combat.
    D’où, avec qui et vers quoi ? Et Ivan Svitak de répondre :
    « De la dictature totalitaire vers une société ouverte, vers la liquidation du monopole du pouvoir et vers le contrôle effectif des élites au pouvoir par une presse libre et par l’opinion publique. Loin de la direction bureaucratique de la société et de la culture. Vers l’affirmation des droits fondamentaux de l’homme et du citoyen au moins tels qu’ils existaient dans l’Algérie (la Tchécoslovaquie) bourgeoise et démocratique. Avec le mouvement ouvrier sans ses hommes de l’appareil, avec des classes moyennes sans leur cohorte de collabos toujours possibles, et avec les intellectuels en tête. Les intellectuels de ce pays ont à revendiquer la direction d’une société ouverte vers la démocratie et vers l’humanisme si la restitution d’une revue littéraire à ses rédacteurs doit être autre chose qu’une page de plus dans la comédie irrationnelle de la dialectique de l’arbitraire et du pouvoir ».

    Pierre Philippe. Tchécoslovaquie. « Petite planète. Editions du Seuil, 1966, p.167.




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