Édition du
24 June 2017

LETTRE À MES AMIS VIRTUELS QUI INSULTENT LES VOTANTS

 Libre Algérie

Par Abdelmoumene KHELIL

J’ai voté.

Le 4 mai 2017, comme des millions d’autres algériens, j’ai voté, je n’ai pas volé, je n’ai pas «bouffé ». Sur la toile, cet acte est décrit par certains comme de la traitrise, un acte de « collabo », une complicité ou un signe de soumission, de naïveté ou d’idiotie. Installés derrière leurs claviers, ils en ont distribué des insultes, des quolibets.

Les plus indulgents – dois-je les remercier ? – disent de nous les affreux votants que nous sommes de pauvres victimes égarées. Cette vague de jugements populistes de la part de ceux qui dans les réseaux sociaux se sont faits les « porte-paroles» des abstentionnistes est malsaine et elle m’interpelle à plus d’un titre.

Mon vote, est un droit, un acte citoyen. Une expression réfléchie et responsable qui n’avait besoin de l’aval de« la bonne conscience ».  Il ne nécessite pas d’avoir à être justifié auprès des «vainqueurs» présumés qui nous insultent sur la toile. C’est un vote personnel, fondée sur une conviction et qui est passé par le filtre de l’analyse, de la critique. Il ne m’est jamais venu à l’esprit d’invectiver ceux qui ont fait un choix différend du mien.

L’abstention – la vôtre – est un droit absolu, c’est un acte citoyen, c’est une expression réfléchie et responsable. Je ne cherche pas à entrer dans le détail pour savoir si c’est vraiment le cas, je le considère comme tel. C’est une abstention porteuse d’un message et cela mérite qu’on en discute sereinement sans faire dans la surenchère, ni dans les invectives qui n’apportent rien. Débattons donc de l’essentiel.

Prendre la mesure de l’impasse

Pour moi, l’essentiel est de prendre la mesure de l’impasse dans laquelle le système nous a tous enfermé (Etat, Pays, Société) et chercher les voies et les « voix » du salut. Je crois qu’il y a une majorité d’Algériens qui partage la même vision sur un régime animé par le seul souci de la survie de ses clans et qui reste sourd aux messages envoyés aussi bien par la « minorité » participationniste que par la «majorité » abstentionniste.

Il est clair que pour ce régime, sa clientèle est le peuple, la rente est sa patrie, la violence est sa politique. C’est un régime qui a montré par le passé récent qu’il peut aller loin dans l’usage de la violence et de la corruption des esprits. Il reste, par excès de confiance ou d’inconscience, sourd à nos peines et à nos colères et encore plus imperméable à nos propositions de solutions. Mis en quarantaine de mille et une manière, il fait le sourd et fait le choix du statuquo, synonyme de régression et de péril.

Au lieu de s’insulter, posons-nous la question : que faire face à cette posture ? Attendre  en faisant le pari d’une abstention de plus de 90% dans cinq ans. Si ce cas de figure se réalise, pouvons-nous croire que le pouvoir (apparent et l’Etat profond), dans un geste de fairplay inattendu, s’avouera vaincu et remettra la clé d’Alger au vainqueur ?

Poussons plus loin les choses : si tel sera le cas : qui sera le vainqueur à qui ce régime remettre les clés du pays ? Le peuple ? C’est quoi en fait s’il n’a pas d’expressions politiques ? La Kabylie, le Sud pétrolier, la cité ou la ruralité.  Les abstentionnistes qui ont la carte d’électeur, ou ceux qui ne sont même pas portés sur les listes ? Qui les incarnera ? Celui qui a le plus grand nombre de fans sur Facebook ? La chaine télé qui aura retourné la première sa veste ?

Ce ne sont là que quelques questions qui reflètent la complexité de la situation, et l’énormité de la tâche qui reste à accomplir. Cela ne viendra pas simplement de l’agitation sur les réseaux, l’engagement politique est nécessaire. Or, nous vivons, à tous les niveaux et dans tous les secteurs, un grave reflux de l’engagement politique.

De la nécessité de l’engagement politique 

L’hypothèse d’une «remise des clés » n’est pas praticable sans la construction au jour le jour et avec patience de l’alternative politique fondée sur une action collective. L’action politique collective a été la plus grande des vertus du mouvement national, fondateur de la nation algérienne. Ce travail politique a conduit à la révolution et à la renaissance de l’Algérie.

Ce ne sont pas des grands mots, mais un référentiel authentique, un fil conducteur de notre histoire, et celles des autres nations. Nous vivons à l’ère du développement des réseaux sociaux et cela nous incite à avoir une réflexion sur le sens que nous donnons à l’engagement en faveur du changement.

Engagement collectif ou individuel, politique ou poétique, caritatif ou entrepreneurial, sportif ou culturel, ils se valent tous et ils se complètent. Le déséquilibre se produit lorsqu’on croit que le talent individuel peut suppléer au déficit de l’action collective. Ou dans l’illusion de croire que la somme des commentaires individuels sur les réseaux sociaux constituent une action collective.

Ou croire que l’expression virtuelle, si confortable, de nos pathos, de nos écœurements et de nos indignations peuvent remplacer nos engagements citoyens dans le réel. Il faut que l’on prenne pleinement conscience que l’entreprise de dépolitisation menée par le pouvoir ne vise pas nos consciences. Non, le pouvoir nous laisse le choix de penser ce que l’on veut, les gens du régime savent que « Echa3b Fakbekri » (الشعب فاق بكري ) .

Ce qu’ils ciblent, en y mettant la violence qu’il faut et la corruption si nécessaire, c’est notre capacité à transformer nos rejets en actes collectifs réels à travers les moyens de la politique : Partis, Associations, Ligue de Droits de l’Homme, syndicats, presse…

Sur les réseaux sociaux, les pétitions lancées par des militants associatifs en faveur des droits des citoyens sont dix fois plus likées que signées ! Nous vivons une crise du militantisme et l’activisme de réseau ne peut le masquer. Les conflits au sein des partis et les associations, s’ils ne sont pas directement provoqués par le régime, sont nourris, encouragés et amplifiés dans le but de stériliser ces moyens et entraver leur développement.

Doit-on renoncer à ces outils et à ces instruments pour épargner « à la bonne conscience » un spectacle déplorable ? Je ne veux pas croire que ceux qui sont dans Facebook et expriment une opinion puissent croire que cela est une «action» et que cela apportera le changement.

Je pense que, plus que jamais,  face au constat, déjà fait, de la déliquescence du régime, du pourrissement qui affecte les structures mêmes de l’Etat, nous avons besoin d’aller vers des actions collectives. Utiliser les moyens de la politique (partis, associations…), les renforces, discuter, former, débattre, dialoguer sont des urgences.

Nous sommes dans une vraie impasse. Comment en sortir est un débat éminemment politique. C’est une question «concrète» et non pas une question théorique qu’on arbitre dans la sphère virtuelle.

Le constat de faillite du système est fait depuis longtemps. Je souhaite qu’on sorte de l’invective facile pour aller résolument vers les questions politiques fondamentales : que pouvons-nous faire, que voulons-nous faire, comment le faire ? A la base, il y aura toujours l’acte premier : l’engagement dans un dessein collectif.


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9 Commentaires sur cet article

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  • said
    10 mai 2017 at 12 h 07 min - Reply

    Tout ce bla bla n’ est que de la poudre de perlinpin pour noyer son poisson, ces elucubrations resument parfaitement la nature machiavelique de beaucoup d’opportunistes. ces envolées lyriques auraient bien leur place dans un etat de droit sauf que nous vivons sous un regime totaliaire et illegitime .Tout ce qui en decoule est naturellement terni, corrompu est par consequent illegal. – « Un peuple qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs, des voleurs et des traîtres n’est pas victime, il est complice ».george orwell




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  • fatma
    10 mai 2017 at 17 h 22 min - Reply

    Finalement dans ce long réquisitoire contre les abstentionnistes, que j’ai eu du mal à lire jusqu’au bout, vous ne nous dites pas du tout pourquoi fallait-il aller voter, vous ne donnez aucun argument sur les vertus ou les avantages du vote dans les pays despotiques arabes et les républiques bananières. Apparemment vous ne savez pas ce que vous voulez, vous dites la chose et son contraire, entre nous c’est votre droit comme celui d’aller voter, mais de grâce ne donnez pas de leçons de patriotisme à vos concitoyens, ils sont majeurs et maintes et maintes fois vaccinés, ils savent par conséquent ce qu’ils font.
    Soyez cohérent avec vous-même, d’un coté vous dites : « Il ne m’est jamais venu à l’esprit d’invectiver ceux qui ont fait un choix différend du mien » mais, vous ne vous gênez pas de qualifier les appels au boycotte de vague populiste malsaine sic. Puis un peu plus loin vous décidez d’attribuer un satisfecit aux abstentionnistes en décrétant que : « L’abstention est un droit absolu, c’est un acte citoyen, c’est une expression réfléchie et responsable. C’est une abstention porteuse d’un message et cela mérite qu’on en discute sereinement…. » Que voulez vous au juste ?
    Personnellement, je n’ai jamais pensé que tous ceux qui sont allés votés sont des traîtres, des « collabos » ou des idiots et je ne me permettrai jamais de porter un jugement sur le choix de mes concitoyens, par contre traiter tous ces politiciens véreux (sans exclusives) de racaille et de déchet de l’humanité ça oui je le pense profondément et j’en suis convaincue depuis longtemps déjà. Alors monsieur, dites moi pourquoi aller voter, pour qui et dans quel but ?
    Par ailleurs, qu’une vielle dame ou qu’un vieux monsieur aillent exercer leur droit de vote en toute bonne foi, je comprends c’est tout à fait légitime et normal, mais que vous par exemple, qui traitez du moins dans votre texte en long et en large ce régime de tous les noms d’oiseaux, vous paraissiez scandalisé par vos concitoyens abstentionnistes ça je ne le comprends pas je trouve cela osé et c’est dégouttant, d’autant plus que vous affirmez vous-même que ce régime « reste, par excès de confiance ou d’inconscience, sourd à nos peines et à nos colères et encore plus imperméable à nos propositions de solutions. Mis en quarantaine de mille et une manière, il fait le sourd et fait le choix du statu-quo, synonyme de régression et de péril.»
    Vous nous proposez quoi en fait, devant ce que vous appelez « La déliquescence du régime du pourrissement qui affecte les structures mêmes de l’Etat » ? Vous voulez qu’on aille vers des actions collectives, comme par exemple se structurer dans des partis pourris (tous), qui ont montré leurs limites depuis belles lurettes et qui ont vendu leur âme pour le quota de places dans l’Assemblée des « béni-oui-oui ». C’est cela que vous voulez ? Sachez dans ce cas que vous êtes pires que ceux que vous critiquez, eux au moins ils agissent à visage découvert, la trahison ils l’ont faite et réussie en 1962 et ils l’assument depuis sans aucune gène, comme quoi dans toute leur ignominie il y a au moins de la cohérence.




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  • Dria
    10 mai 2017 at 20 h 02 min - Reply

    @ si KHELIL EL MOUMEN
    Yaw maintenant que vous avez voter en bon citoyen, vous avez changer quoi à la donne…
    que pouvez vous faire ??? rassemblez tous ces qui ont voter comme vous et créer le parti de sauvegarde du systèmes , ou les défenseurs du carnaval ou …les ghallaba hallaba ou…
    le ridicule ne tue pas en Algérie si ….

    au moins si on avait tous boycotter ( la majorité a bien boycotter et je parie que plus de 80% l’on fait) donc par cette article , vous vouler donnez un semblant de virginité à ce vote mascarade , pour que les plus dupes se disent en fin de compte il ya des algériens qui ont voté , oui même s’il y a des algériens qui ont voté il n’ont jamais dépassé les 20 ù et ca se comprend logiquement ce sont les membres et de familles et des amis des députés qui attendent en retour ascenseur après l’élection de leurs poulains verreux

    monsieur KHELIL s’il ne s’agit pas d’un pseudo, je vois très bien les dessin d’un tel discours , pensez vous que les algériens sont dupe à ce point

    vous avez bien fait de voter dans tous les cas ca finira par sauter ce joiur la chich matsotich




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  • said
    11 mai 2017 at 14 h 45 min - Reply

    Monsieur Khellil s ‘est trompé de pays , peut etre meme de planéte




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  • settaohl@hotmail.com
    12 mai 2017 at 10 h 33 min - Reply

    espece de rentier.




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  • Mouloud
    30 mai 2017 at 8 h 48 min - Reply

    Il ya trop de juges et pas assez de gens qui veuelnt debattre et accepter l’avis de l’autre. A ceux qui se demandent ce qu’a apporte comme changeemnt le fait de voter. ca fait des decennies que nous ne votons pas et le statu quo est la . Je respecte la decision de ceux qui ont vote.




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    • said
      31 mai 2017 at 10 h 00 min - Reply

      ? ? ? ? ?




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    • said
      31 mai 2017 at 10 h 04 min - Reply

      @ Mouloud WECH? ? ? il y a egalement beaucoup d’internautes « philosophes » qui usent de leur clavier pour ne rien dire comme, monsieur .




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  • Alilou
    9 juin 2017 at 1 h 44 min - Reply

    @Y a si Abdelmoumene

    1-votre vote n’à rien changé au schminblik
    2-votre plaidoyer ou réquisitoire c’est un coup d’épée dans l’eau
    3-vous avez usé de votre droit de citoyen dans un pays où il n’à de droit que le nom et de citoyen que l’ombre

    Alors cher Monsieur Abdelmoumene en votre âme et conscience ce droit de citoyen que vous brandissent a-t’il fait avancer votre cause ????

    Le représentant pour lequel vous avez voté a-t-il été élu ? si oui va-t-il changer que que chose à la situation ? Ou bien il va sortir sa cuilleré pour essayer de manger de la tarte si les requins vont le laisser s’approcher de la tarte ????

    Vois savez ce que je vous dis repectueusement est cela:z’m’en li rah khir meli rah djaye. Sa ha f’tourkoum….adha ne El maghréb




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