Édition du
20 August 2017

Scandale à l’ENS-Kouba

DES ENSEIGNANTS TOUJOURS PAYÉS EN ALGÉRIE ALORS QU’ILS EXERCENT EN ARABIE SAOUDITE

Scandale à l’ENS-Kouba

 http://www.liberte-algerie.com

Siège de l’école normale supérieure de Kouba. ©D. R.

“Cette fuite de docteurs dotés d’expérience est organisée par l’administration même de l’ENS au profit des pays du Golfe, attractifs par leurs salaires élevés en dollars américains”, dénonce le professeur.

C’est un scandale qui ne manquera pas, sans doute, de faire jaser dans les chaumières.
À l’École normale supérieure (ENS) de Kouba, depuis quelques années, des enseignants, des professeurs de rang magistral des disciplines mathématiques et physique sont “envoyés” en Arabie saoudite grâce au “concours” de l’administration en continuant parallèlement à percevoir leur salaire en Algérie et sont “automatiquement” réintégrés dès leur retour quand ils ne sont pas carrément “promus”. Ce scandale, c’est un éminent professeur, dont la réputation dépasse les frontières, connu dans le milieu universitaire pour avoir publié plusieurs ouvrages mathématiques traduits dans plusieurs pays et respecté même par les plus hautes autorités du pays, qui vient de le faire éclater.
Dans un rapport-requête adressé au Premier ministre Abdelmalek Sellal, remis également au ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, dont nous détenons une copie, ce professeur soutient que “l’ENS a institué progressivement depuis 14 ans une désertion multiple et alternée de la majorité de son corps professoral de rang magistral des disciplines mathématiques et physique”. “Cette fuite de docteurs dotés d’expérience est organisée par l’administration même de l’ENS au profit des pays du Golfe attractifs par leurs salaires élevés en dollars américains”, écrit-il. “Pour ce faire, la direction délivre des mises en disponibilité renouvelées autorisant jusqu’à 10 ans d’absence, en utilisant parfois des mises en disponibilité-maison internes, couvertes par un directeur en poste depuis 2000, qu’on peut qualifier de complaisance-complice”, accuse le professeur.

Originaire d’Oued Souf, le directeur jouirait, comme il l’aurait clamé, du soutien d’un membre très influent au sein du FLN et originaire de la même région que lui. Amar Saâdani ? Possible. En guise de bonne foi de ses affirmations, cet éminent professeur lance un défi à l’ENS “d’inviter, par exemple, M. Djabali, le directeur de la postgraduation, parti depuis des années en Arabie saoudite, à se présenter pour prouver son existence physique dans l’établissement”. “Ce qui paraît impossible connaissant la rigueur humiliante de ce pays qui confisque les passeports des enseignants embauchés dès leur entrée pendant toute la durée des séjours professionnels accordés”, dit-il.

Non seulement après vérification auprès de l’inspection de la Fonction publique qu’“ils ne sont pas signalés”, mais ils sont réintégrés dès leur retour et “les années comptabilisées dans l’avancement professionnel de la carrière”. “La réintégration de l’ENS est automatique dès le retour. Plus encore, cette désertion, officiellement admise par l’établissement public, a, comme bonus tacite, la comptabilisation des années d’absence au Golfe dans l’avancement professionnel des carrières d’enseignants, illégalement absents du territoire national pour exercice dans un pays tiers où se déroule une part importante de la durée légale de carrière”, dénonce ce professeur qui évoque le cas d’un enseignant répondant au nom de Balayat, parti comme maître de conférence et promu, après sept ans passés au Golfe, au rang de professeur.

“Les procédures administratives ‘masquées’ sont légalisées par le directeur qui procède, si une désapprobation se manifeste, au ‘vote interne à main levée’ du conseil de l’école, en général aligné par intérêt sur les propositions de la direction.”

Recrutés principalement en Arabie saoudite, via un site internet, ces enseignants, dont une liste partielle est citée dans le document, créent un “vide” qui impacte le fonctionnement. “(…) Il y a eu des déperditions, inévitables, par des non-retours d’étudiants boursiers. Mais des déperditions de professeurs pour la moitié de la carrière sous l’initiative discrétionnaire de leur établissement sont une dérive inquiétante par l’embauche via internet devenue à l’ENS un fléau contagieux. Son flux crée nécessairement un vide dont l’impact sur le fonctionnement est déjà visible dans l’encadrement des recherches de thèses et mémoires du ressort de professeurs”, observe notre source, qui soutient que “cette désertion serait qualifiée ailleurs d’abandons de postes, suivie de radiations et de recrutements de remplacement”. Il invite, en conclusion, les “autorités compétentes à intervenir pour stopper cette hémorragie des compétences punie par la loi”.

Reste que son “invitation” adressée au Premier ministère depuis décembre dernier n’a pas connu de rebondissements, pour l’heure, en raison visiblement “d’un blocage” sur “instigation d’un responsable au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique” qui a fait… l’ENS, selon une source proche de ce professeur émérite. D’après un enseignant, les services de sécurité ont été avisés et une enquête est en cours. Nous n’avons pas pu joindre le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique.

Karim K.

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Documents CNES


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9 Commentaires sur cet article

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  • Mohammed
    23 mai 2017 at 23 h 32 min - Reply

    Ces professeurs sont partis ailleurs à l’étranger pas pour une « année sabbatique » ce qui peut être concevable mais pour plusieurs années..Le hic,c’est que notre prof. lanceur d’alerte,qui lui-même,dit avoir occupé le poste de président du conseil scientifique des mathématiques de l’ENS-Kouba pendant 10 ans,responsable « durant 10 ans au cabinet de la présidence de la république et au Haut Conseil de la Sécurité de la Présidence »,
    « Médaillé du Président Bouteflika » en tant « Personnalité Universitaire Nationale »..Etc…
    Même si le rôle de Conseil Scientifique n’est que consultatif et non décisionnel,on peut,toujours,se poser des questions,pourquoi attendre 10 ans?C’est long quand même 10 ans??Pour lancer des »Alertes Pareilles »!?Alors que l’alarme devrait être tirée plutôt!N’est-ce pas Mr le Professeur?
    Mais vous me direz tout est possible « fi bilad el adjaïb »!?




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  • Salah-Eddine SIDHOUM
    24 mai 2017 at 12 h 12 min - Reply

    Je partage le commentaire de notre frère Mohamed. Pourquoi attendre 14 ans (!!!!) pour dénoncer ces pratiques? Et pourquoi seulement ceux qui sont allés enseigner en Arabie saoudite? Il semblerait qu’il existe aussi des enseignants qui sont allés exercer dans d’autres pays arabes, en Europe et aux USA. Pourquoi ne pas les avoir cités?
    Sincèrement, cet article ou cette « alerte » plus que tardive sent l’arnaque ! Il est dommage que le CNES soit tombé dans ce piège de la désinformation pour ne pas dire de la manipulation.
    Je me méfie beaucoup de ceux qui crient au loup après avoir fréquenté assidûment les bergeries du régime.




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    • rachid dahmani
      25 mai 2017 at 9 h 52 min - Reply

      Bonjour Mr Sidhoum,

      Pourquoi attendre 14 ans? mais on connait tous les réponses à ces questions dans ce genre de scandale. Le monsieur qui dénonce a du profiter de l’affaire au début puis s’est vu retiré certains bénéfices, avantages et autres privilèges. Alors il dénonce. c’est tout simple. L’égoïsme, la malhonnêteté, la crapulerie de l’être humain surtout ici en Algérie n’est plus à démontrer. Je pourrais avancer sans risque de me tromper que la grande majorité dans notre pays est de cette espèce. Et qu’elle se présente croyante, civique, honnêtes, craignant dieu qu’elle prie tous les vendredis à la mosquée. Bonne journée à tous.




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      • Salah-Eddine SIDHOUM
        25 mai 2017 at 10 h 44 min - Reply

        Absolument cher Rachid. Nous sommes sur la même longueur d’ondes.




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  • ibnarabi
    25 mai 2017 at 8 h 41 min - Reply

    Il semblerait que ce brofesseur n’a rien de scientifique. Aucune publication dans son domaine. Comment est-il arrive a etre president du Conseil Scientifique?, Conseiller a la Presidence ? Eh oui, l’homme qu’il faut au koursi qu’il faut.
    Le journal Liberte aurait du enquete avant de publie un tel canular.




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  • Farid
    26 mai 2017 at 1 h 19 min - Reply

    Ils sont tous nuls incluant ceux qui enseignent à l’étranger ! au pays des aveugles les borgnes sont rois, le fait d’enseigner dans un college etranger n’a rien d’extraordinaire, y a des millions qui le font c’est ceux qui creent la difference qui sont dignes d’etre mentionnes , tous des khobzistes !




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  • Alilou
    26 mai 2017 at 3 h 23 min - Reply

    On a réduit le nombre de mangeur de tartes vue que la tarte à réduit de volume alors on crie au loup après avoir mangé avec eux…je ne sais pas qui a dit un jour: chaque homme a un prix ça dépend juste du nombre de décimales avant la virgule….

    Est ce que quelqu’un pourra me dire combien d’hommes intègres reste-t-il en Algérie ? Juste un pourcentage ????

    Des fois j’aimerai avoir un don puissant…imaginez ce que je ferai…rien…je suis un algerien




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  • Si Tchad
    30 mai 2017 at 14 h 43 min - Reply

    Pourquoi avoir attendu 14 ans avant de siffler pénaltie, se demande notre ami Salah-Eddine. Plusieurs hypotheses aussi plausibles les unes que les autres:

    Parce qu’il aurait explosé s’il avait attendu 15 ans. Réponse A.

    Parce qu’il faisait la chaine pendant 14 ans et que son tour est arrivé. Réponse B.

    Parce que pendant 14 ans son sifflet était bouché par du caviar. Réponse C.

    Parce que madakhalkoum, ce n’est pas votre affaire. Réponse D.




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  • Contrebalance
    25 juin 2017 at 15 h 31 min - Reply

    « Tout ce qui est exagéré… est insignificant », et j’ajouterais probablement largement faux. Tout cela ressemble fort à un règlement de compte en règle. Au fait le corbeau quel est son nom? Il cite des noms mais personne ne le cite nommément.




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