Édition du
23 October 2017

France, Algérie, une visite après une autre

Salim METREF

La visite en Algérie du nouveau ministre français des affaires étrangères n’a rien d’exceptionnel. Elle s’inscrit en tous les cas dans le cadre des échanges réguliers que peuvent entretenir deux pays souverains à propos des sujets de l’heure.

Dirigeant désormais le Quai d’Orsay, après avoir été en charge du portefeuille de la défense, Jean-Yves Le Drian confère à cette visite et à ce titre un accent fortement imprégné des questions de sécurité régionale.

En plus de plaider pour le «caractère exceptionnel» de la relation franco-algérienne, cette visite participe également du souci bien français de «ménager», comme on dit de l’autre côté de la Méditerranée, la «susceptibilité» algérienne.

La messe est en tous les cas bien dite et contrairement à ses prédécesseurs qui ont fait d’Alger leur première visite officielle au Maghreb, le déplacement du ministre français des affaires étrangères traduit sans doute l’embarras de Paris d’expliciter un choix souverain et de rupture avec une option qui semblait s’inscrire dans la tradition. Le choix du nouveau locataire de l’Elysée de ne pas effectuer son premier déplacement dans notre pays n’aura bien entendu pas échappé aux observateurs et autres officiels algériens. Certains parmi  eux l’avaient qualifié de grand ami de l’Algérie lors de son séjour à Alger en tant que candidat-président notamment à la suite de ses déclarations relatives à la colonisation française de l’Algérie, propos par ailleurs vite recadrés dès son retour dans l’hexagone.

Ces déclarations ont sans doute fait oublier qu’entre la générosité voire la sincérité des propos du candidat et la réalité des actes de l’élu s’insinue toujours l’influence et le poids du lobbying et des réseaux d’influence.

Ce ballet diplomatique français au Maghreb, à double articulation et à double niveau, refroidira certainement l’ardeur de ceux qui sans interruption et avec fougue et passion nous servent régulièrement l’exceptionnalité d’un partenariat qui selon eux serait toujours différent de celui que pourrait entretenir l’Algérie avec d’autres pays.

Tout compte fait, cette visite constituera certainement une opportunité pour démanteler les mythes et démontrer encore une fois qu’entre les pays il n’y a désormais de place que pour les seuls intérêts, les siens bien entendu, que chacun se doit de préserver jalousement et que nous évitions, en ce qui nous concerne, de devenir en la matière les idiots du village monde.

Dotée d’une armée garante de sa sécurité dans un contexte régional fortement agité et dont la monté en puissance est incontestable, fidèle à sa doctrine de non-ingérence dans les pays d’autrui, l’Algérie qui plaide aussi pour un monde multipolaire face à un nouvel ordre du monde qui sème partout le chaos, la mort et la désolation, se doit sous le prisme de ses seuls intérêts nationaux, poursuivre la diversification de son économie pour s’extraire définitivement de la dépendance aux hydrocarbures, assurer sa sécurité alimentaire, mettre en place dès à présent le cadre de sa transition énergétique sans oublier d’articuler aussi les reformes  politiques nécessaires pour  s’ancrer définitivement dans le sillage des pays  émergents. Enfin ne pas oublier de poursuivre la diversification utile de ses échanges économiques et de son partenariat international.


Nombre de lectures : 1700
6 Commentaires sur cet article

LAISSER UN COMMENTAIRE

*

*

  • Nordine
    15 juin 2017 at 18 h 24 min - Reply

    le franc maçon ledrian du grand orient est aussi à l’aise à Alger qu’à paris, n’oubliez pas lors des séminaire, conférences et autres salon MILIPOL à Doha, il a toujours sollicité ses amis intimes de la défense national algérienne à y assisté.
    il y a aussi le fameu alain baeur lui aussi du grand orient, il est à Algerchez ses « amis » aussi à l’aise qu’à « la maison »
    il parait meme qu’il y aurait une loge qui trainerait du coté de Ben Aknoun ?????????




    0
  • Hamid Belaïd
    16 juin 2017 at 14 h 42 min - Reply

    Partage de missions : Macron au Maroc pour le partenariat économique et politique stratégique entre le France et le Maroc et Le Drian en Algérie pour parler terrorisme, fichiers S, sécurité au Sahel et guerre civile en Libye. Le pouvoir algérien est toujours excité et extasiée quand les puissances occidentales disent que l’armée algérienne et la police algérienne est très efficace contre le terrorisme et que son armée est très « professionnelle » dans ce domaine. Mais pour le partenariat économique, les investissements etc… etc.. tintin ! Il faut savoir qu’aucune puissance occidentale (ni pays arabo-islamique du Golfe) ne viendra soutenir notre pays en cas de difficultés économiques ou autres. Heureusement que nous avons la Russie et les Chinois (des pays communistes ou ex-communistes) qui sont à nos côtés. Ceci étant dit, il faut que nous algériens, on se mettent définitivement en tête que Macron , Le Drian et la France sont libres de défendre leurs intérêts ! Si pour l’intérêt de la France, Macron a dérogé à la pratique de la diplomatie française de choisir l’Algérie comme premier pays maghrébin à visiter après l’élection présidentiel pour nous envoyer Drian, c’est son choix stratégique ! Par contre, ce que devrait tout simplement faire l’Algérie c’est de défendre ses propres intérêts à son tour en appliquant une riposte diplomatique et une politique de partenariat économique adéquate avec la France en fonction du développement de la situation. Il faut qu’on arrête de jouer à la fiancée jalouse, déçue, touchée et éplorée à chaque fois que la France montre qu’elle a choisi « son » partenaire privilégié en l’occurrence le Maroc. Moi, j’en ai marre d’entendre certains algériens pleurés dès qu’il évoque la France ! Ya el khaoua , un peu de dignité irham babakoum, surtout quand il s’agit de parler de la France. PS : On espère simplement, nous en tant que citoyens, que le pouvoir et le gouvernement algérien seront en mesure de défendre correctement les intérêts du pays. C’est çà qu’on doit exiger d’eux et le point sur lequel on doit être vigilent en permanence. Pour le reste Macron, Drian et la France n’ont qu’à prendre leur responsabilité et ils sont libres de leurs choix politiques et géostratégiques pour défendre les intérêts de leur pays.




    7
    • Rais
      16 juin 2017 at 17 h 36 min - Reply

      Bravo Hamid Belaid !!!!!!!!!!!




      2
    • Salim METREF
      17 juin 2017 at 15 h 51 min - Reply

      @Monsieur BELAID

      Bonjour

      Votre réaction est sans doute sincère mais bien naïve. Personne n’est jaloux, ni déçu ni éploré comme vous le dites. Nous voulons que la relation algéro-française ne soit plus ambigüe ou qu’elle ne soit plus du tout. Personne ne s’émeut non plus que la primauté d’une visite soit donnée à un pays plutôt qu’à un autre. Au contraire. Et quand on connait l’importance accordée à l’image, il serait très facile d’expliciter ce choix mais ce n’est pas l’objet de notre propos. Mais nous ne pouvons pas ne pas nous intéresser à la politique étrangère de la France. Elle impacte souvent et contrarie toujours les efforts fournis pour que nos choix stratégiques et diplomatiques puissent se déployer dans cette région du nord de l’Afrique et bien au-delà encore ou nous avons vocation à exercer aussi notre influence en tant que puissance régionale en devenir. La dignité c’est aussi cela et laisser le champ libre à toute immixtion dans nos rapports avec notre voisinage serait aussi une erreur fatale.
      Enfin le texte ci-dessus est à situer dans le contexte d’un autre intitulé « la guerre des sables n’aura pas lieu » et dans lequel nous écrivions ceci :
      En 1963, alors que l’Algérie pansait encore ses blessures, sortait d’un éprouvant combat libérateur et faisait ses premiers pas titubants d’une jeune république indépendante en renaissance, le régime marocain osait une incursion militaire en Algérie et infligeait à notre peuple une nouvelle épreuve, vite contenue par des soldats algériens, après celle éprouvante imposée par la longue nuit coloniale.
      Ce tragique événement que nous rappelons ici avec douleur, malgré les meilleurs sentiments qui nous animent à l’égard du peuple frère marocain, nous le faisons pour dire que l’animosité du régime marocain, supposée se déployer à l’égard du régime algérien, est en réalité perçue et à juste titre par notre peuple comme une aversion maladive ancienne pour l’Algérie et ne saurait en aucun se justifier par un quelconque contexte géopolitique régional particulier qui impacterait les relations algéro-marocaines.
      Probablement inspiré par les conseils de stratèges politiques et militaires français et israéliens, le régime marocain ne cesse de solliciter les pires stratagèmes, et les ruses les plus farfelues, parfois les plus indignes aussi comme cet emblème algérien arraché au dessus d’une représentation officielle de notre pays au Maroc, pour mettre en œuvre de sombres scénarios portant atteinte à la réputation de l’Algérie et de ses symboles sur le plan international. Même notre patrimoine immatériel et culturel n’est pas épargné et subit lui aussi les assauts du régime marocain qui se les approprie illégitimement et honteusement voulant sans doute démontrer ainsi à la communauté internationale que nous sommes un peuple sans passé et sans mémoire.
      La coupe est à présent pleine et l’exaspération commence à se faire sentir même chez les franges les plus sereines de notre peuple, notamment celles acquises à l’idée que ce qui unit est plus grand que ce qui divise.
      Ces provocations récurrentes à l’égard de l’Algérie qui frisent parfois l’hystérie ne pourront hélas pas évacuer un contexte interne à ce royaume sans doute difficile et porteur de menaces d’instabilité potentielle. Mais qu’on se le dise, l’Algérie de 2017 n’est pas celle de 1963 et depuis beaucoup de choses ont changé.
      Et sans doute comme beaucoup de compatriotes, je rêvais de revisiter cet été ce Maroc qui nous est si proche et en même temps si lointain, revoir Fès et Tanger et oser pourquoi pas une incursion amicale à Marrakech. Je ne le ferai pas. Je n’irais pas non plus découvrir la Tunisie que je ne suis jamais allé visiter car là-bas aussi des propos inamicaux à l’égard de notre pays et de notre peuple sont parfois dits par des personnes mal intentionnées de surcroît en situation de responsabilité et qui ont la mémoire courte. Je n’irai nulle part. Je resterai en Algérie. Et cela, c’est mon choix !

      Lien : http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5244867




      2
      • Hamid Belaïd
        17 juin 2017 at 17 h 07 min - Reply

        Bonjour Monsieur Salim METREF

        j’espère que vous n’avez pas pris mon point de vue comme une critique contre vous ou contre votre point de vue ! Loin de moi cette idée. J’espère que mon post est clair à ce sujet si vous prenez le temps de le relire. Moi , je ne parlais pas de vous mais je parlais en général. En revanche quand vous me répondez pour me dire que « personne n’est jaloux, ni déçu, ni éploré » quand la Macron choisit la France comme première destination après son élection, là je crois que vous ne lisez pas trop les avis des internautes algériens qui s’expriment sur les réseaux sociaux et les forums ! Mais bon ceci étant , cela n’enlève en rien que je suis d’accord avec vous sur plusieurs points de votre article et même sur votre vision des choses en général.

        Salutations respectueuses




        3
  • Boumed
    17 juin 2017 at 10 h 39 min - Reply

    Moi j’aime bien la photo. La main française qui tient celle de l’Algérie; comme celle d’un enfant!




    3
  • Congrès du Changement Démocratique