Édition du
24 September 2017

Abdelkader BELOUED ! Une vie au service des autres…

Abdelkader BELOUED ! Pourquoi la simple évocation de ce nom provoque chez moi, comme chez tous ceux qui ont connu cet homme exceptionnel, une très vive émotion ?
Ce nom est étroitement lié à l’histoire de l’actuelle École Nationale Supérieure d’Agronomie (ENSA) ex Institut National d’Agronomie (INA) d’El-Harrach dans la banlieue d’Alger.
Cette Ecole fut créée en 1905 et a formé des milliers de cadres de l’agriculture dont des ingénieurs, aussi bien pendant la période coloniale qu’après l’indépendance de l’Algérie.
Et BELOUED fait désormais partie intégrante de l’histoire de cet établissement auquel il a consacré toute son énergie et toute sa vie.
Parce que la modestie de cet homme, ses compétences professionnelles en matière de reconnaissance des végétaux (systématique) et l’amour qu’il avait pour son pays et son travail sont hors du commun.
Ce simple témoignage d’un enseignant de l’Université de Bab Ezzouar, qui la connu, donne une idée sur ce que fut cet homme
« Abdelkader BELOUED a été recruté en tant qu’agent de salle d’herbier – chargé de nettoyer la salle des échantillons qui traînent par terre-, alors qu’il n’avait que 17 ans. Son sens inné de l’observation a fait de lui un botaniste averti. Il collabora avec le Professeur Dubuis qui ramenait des échantillons que BELOUED classait en familles avant de les incorporer dans l’herbier de l’INA. Et sans que Dubuis le sache, BELOUED triait le soir lui-même les plantes par groupes taxonomiques. Il avait compris de suite la notion de caractères morphologiques discriminants les divers groupes. Dubuis en arrivant un matin, trouvait les plantes bien classées et se demanda qui en est l’acteur. En signe de reconnaissance, M. BELOUED me montra un papier pelure jaune, écrit de la main de Dubuis, au préfet d’Alger lui vantant les mérites de ce « garçon de salle » exceptionnel. Pour ma part, je lui suis reconnaissant pour s’être déplacé avec moi jusqu’à El Kala pour m’aider à finaliser mon mémoire d’ingéniorat alors qu’il pleuvait des cordes pendant tout notre séjour. ».
Et des témoignages de ce genre foisonnent sur la toile.
Cet homme, a vécu une vie d’ascète, mais a laissé un très riche héritage : le plus riche herbier jamais constitué en Algérie, actuellement relativement bien conservé à l’ENSA d’El-harrach (Alger). Une partie de cet herbier a fait l’objet de la publication d’un unique ouvrage par l’OPU « Plantes médicinales d’Algérie » où on peut lire sur la page de couverture :
« La splendeur des campagnes algériennes a toujours enchanté Abdelkader BELOUED. Parcourant ce pays jardin en long et en large, pendant des dizaines d’années, ce poète botaniste, y consacrera de longes heures à observer, à récolter, à déterminer puis à classer des milliers de plantes.
Dès 1964, une de ses passions a été d’entretenir et de compléter l’herbier de l’Institut National Agronomique d’El-harrach (Alger) qu’il avait rejoint une dizaine d’années auparavant. Cette collection d’une importance et d’une richesse uniques restera comme un témoignage inestimable sur la flore algérienne. ».
Dans ses remerciements, Abdelkader BELOUED nota son amitié et sa reconnaissance à un ingénieur agronome, Cherif BENLEFKI « homme remarquable, toujours présent pour une aide efficace ». Et pour cause ! BENLEFKI, avec Lakhdar BOUTAHAR, autre agent « polyvalent » de l’INA sont les deux personnes qui n’ont jamais lâché Abdelkader BELOUED dans ses difficultés personnelles ou professionnelles qu’il a pu connaitre jusqu’à sa mort le 31 aout 2006 emporté par la maladie dans un Hôpital de Kouba.
Je me souviens des sorties de botanique avec Abdelkader BELOUED. Sa connaissance des végétaux est époustouflante. De très nombreux chercheurs européens faisaient appel à ses services pour la reconnaissance des plantes.
On ne compte plus ses services rendus à de très nombreux étudiants dans le cadre de la préparation de leurs mémoires de fin d’études, ni ceux offerts à la communauté des enseignants botanistes. BELOUED ne savait pas dire non. Mais rares sont les chercheurs qui l’ont cité dans leurs publications comme contributeur et non comme « ayant donné un coup de main ». Son nom se retrouvait surtout dans les remerciements. Je me souviens d’un professeur de botanique coopérant qui, lors des sorties sur le terrain, se cachait presque pour aller discrètement demandé à BELOUED le nom d’une plante qu’il n’arrivait pas à identifier.
Et pourtant Abdelkader BELOUED n’était qu’un « agent polyvalent » que le Professeur AZZOUT a fait évoluer en Technicien Supérieur après des années de service à l’INA.
Mais il y a un aspect peu connu dans sa vie : sa participation à la guerre de libération nationale et ses démêlées avec des bandes armées pendant la décennie noire.
Sous toutes réserves, on me raconta aussi que le jeune, BELOUED a été arrêté par la légion étrangère en transportant des tenues pour l’ALN. Présenté au général Bugeaud, il l’aurait sermonné et ordonné sa libération après avoir été convaincu par son argumentation.
Dans les années 90, il aurait également été arrêté par une bande armée qui l’aurait dépouillé de 6000 DA et déchiré sa veste. Présenté à un émir qui le connaissait bien, ce dernier aurait exigé sa libération immédiate par respect pour son parcours de patriote mais aussi de père de famille et de scientifique.
Mis à la retraite en décembre 1997, il a continué à offrir ses services comme vacataire peu de temps avant sa mort.
On est nombreux à vivre des départs à la retraite ou mêmes des décès de collègues de travail. On apprécie toujours les hommages émouvants rendus et mérités à ceux qui auront, de par leur engagement sans faille dans les missions qui leur ont été confiées.
Toute nation qui se respecte devrait honorer celles et ceux qui ont contribué à son essor et se sont sacrifiées pour elle. Pour tous les services rendus à l’ENSA, aux étudiants, aux enseignants et même à la nation, BELOUED mérite d’être honoré. Ne serait-ce qu’en baptisant un amphithéâtre ou une des nombreuses allées ou places de l’ENSA d’El-Harrach ou même du jardin d’Essai. Une décision qui ne coute rien pour les décideurs. Mais qui sera accueillie avec joie par sa famille, ceux qui l’ont connus, ses amis et par tout algérien fier de son pays.
C’est Augustin de Brueys qui disait que « Rien n’élève plus un homme que les talents : ils remplacent bien supérieurement en lui le défaut de la naissance ; ils le mettent même au-dessus des grands, en le rendant digne des hommages de ses semblables ». Rabi yehmou !


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UN COMMENTAIRE

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  • Alger la blanche
    21 juillet 2017 at 12 h 26 min - Reply

    Les autodidactes ont été les véritables murs de soutènement de l’administration algérienne naissante/ Les anciens s’en souviennent: Hommage à cette génération de battants et de combattants toujours disponible aussi bien pour la défense des intérets de la colléctivite que du commun des mortels Grace à votre sacrifice et abnégation notre pays a pu surmonter d’innombrables difficultés pour démarrer et s’intégrer dans le concert des nations Aujourd’hui l’Algérie est devenue un grand pays puissant forçant l’admiration et le respect de tous ses partenaires Gloire à nos martyrs, vive l’Algérie et son vaillant et admirable peuple




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